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La France sommée de donner un visa au porte-parole des interprètes afghans

Manifestation d interprètes afghans de l'armée française durant la guerre contre les talibans, avec Adib Khodadad / © IP3 PRESS / MAXPPP
Manifestation d interprètes afghans de l'armée française durant la guerre contre les talibans, avec Adib Khodadad / © IP3 PRESS / MAXPPP

La cour administrative d'appel de Nantes a sommé le ministère de l'Intérieur de délivrer un visa d'entrée en France à l'interprète afghan Adib Khodadad, l'une des figures médiatiques des auxiliaires de l'armée française depuis son départ d'Afghanistan.

Par SG /GF (PressPepper)

Ce traducteur avait précisément servi en 2011 au sein du groupement tactique interarmées français, dans la vallée de la Kapisa, qui était alors "l'une des vallées les plus dangereuses" du pays, avait souligné à l'audience son avocate.

Il s'était fait connaître dans les médias en aidant les personnels civils de recrutement local (PCRL) comme lui à monter un collectif, dans le cadre de leur processus de "relocalisation" dans l'Hexagone après le départ des militaires français.

Pour son cas personnel, Adib Khodadad avait sollicité en août 2015 un visa d'entrée de long séjour en France, mais s'était heurté à un refus des autorités consulaires à Kaboul. Le tribunal administratif de Nantes lui avait donné raison en en mai 2018, mais l'administration avait fait appel de la décision : elle estimait qu'il pouvait "trouver refuge à Kaboul".

"Aucun risque" pour l'Etat


L'Etat mettait aussi en avant le fait qu'Adib Khodadad n'avait servi "que cinq mois" auprès de l'armée, qu'il n'avait "pas accompagné" les forces françaises lors de leurs patrouilles dans des villages et qu'il n'avait été "exposé à aucun risque".

"Son véritable rôle consistait à participer à la logistique et à la vie courante du camp, en étant l'intermédiaire entre le major et les fournisseurs du camp", minimisait le ministère de l'Intérieur, qui n'était ni présent ni représenté à l'audience du 29 mai. "Il a en outre choisi de démissionner pour suivre ses études, près de cinq ans avant le refus de visa contesté."

"Les interprètes comme lui sont considérés comme des traîtres et des espions par les talibans", avait répliqué à l'audience son avocate. "Sa famille a encore fait l'objet en mars dernier d'une attaque ciblée. Lui et son épouse déménagent constamment, leurs enfants sont régulièrement changés d'école, ils vivent dans un stress permanent."

Il a témoigné sous son vrai nom


"Nonobstant la brièveté de l'engagement de M. Khodadad, la lettre de recommandation qu'il verse [aux débats] met en évidence des états de service particulièrement élogieux", relève pour sa part la cour administrative d'appel de Nantes.

"M. Khodadad (...) a joué un rôle important dans la représentation collective des traducteurs afghans souhaitant bénéficier du processus de relocalisation (...), a témoigné dans les médias sous son vrai nom et s'est affiché sur les réseaux sociaux", souligne-t-elle dans son arrêt, en date du 18 juin dernier.

"Compte tenu de la dégradation de la situation sécuritaire en Afghanistan observée à la date de la décision contestée [et] du rôle qu'il a exercé (...), M. Khodadad doit être regardé comme exposé à des risques réels (...) en lien avec son engagement", conclut-elle. Le visa devra être délivré avec une pénalité de 200 € par jour de retard, précise-t-elle. L'Etat français devra également verser 1.500 € à l'interprète afghan pour ses frais de justice.

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