Agressions sexuelles dans un restaurant. "On devait changer de soutien-gorge entre chaque service" témoigne une victime

Un restaurateur de Châteaubourg en Ille-et-Vilaine va comparaître devant le tribunal correctionnel le 2 décembre. Il est soupçonné d'agressions sexuelles et harcèlement sexuel sur des apprenties qui travaillaient dans le restaurant. Une des victimes témoigne.

L'enquête a permis d'identifier six victimes âgées de 16-17 ans
L'enquête a permis d'identifier six victimes âgées de 16-17 ans © Valérie Chopin/France Télévisions
"Ca a commencé avec des tâches ménagères dans les toilettes que je n'avais pas à faire. Il me disait 'mets toi à quatre pattes et nettoie'. Et puis, un jour, alors que j'étais en train de débarrasser la vaisselle dans la cuisine, il est passé derrière moi et m'a touché les fesses". Angèle (le prénom a été modifié) fait le récit de ses premières semaines d'apprentissage dans ce restaurant de Châteaubourg en Ille-et-Vilaine. On est en 2018. Elle a 17 ans et prépare un bac pro.


"Attouchements à répétition"


Cette jeune fille est l'une des victimes identifiées par l'enquête qui a abouti à la mise en garde à vue, le 6 octobre, du restaurateur aujourd'hui soupçonné "d'agressions sexuelles et harcèlement sexuel par personne ayant autorité". "Les investigations ont permis d'identifier six victimes âgées de 16-17 ans, souligne le procureur de la République de Rennes, Philippe Astruc. L'homme a reconnu les faits qui s'étendent de janvier 2014 au 28 août 2019".

Face à ce qu'elle qualifie "d'attouchements à répétition", Angèle alerte la patronne du restaurant, "qui est aussi la femme du restaurateur" précise-t-elle. "Vu que c'était elle ma référente, je pensais qu'elle m'aiderait, dit-elle. Ca a été mieux trois ou quatre jours et puis, ça a recommencé. Dès qu'elle s'absentait, il en profitait".
L'apprentie serveuse se confie à sa mère. Une rencontre avec le patron du restaurant a lieu. "Et la semaine suivante, indique Angèle, il a changé mes horaires de travail. Je me suis retrouvée à travailler de 4 h du matin à 17 h. Ma mère a décidé de mettre fin au contrat d'apprentissage".


Une caméra cachée dans le vestiaire


Ce qu'elle ne sait pas au moment des faits dont elle est victime, c'est qu'une caméra filme également les adolescentes dans le vestiaire lorsqu'elles se changent. "J'ai appris tout cela quand les enquêteurs m'ont contactée, relate Angèle. Ils m'ont dit qu'ils avaient trouvé des images de moi nue au domicile du patron du restaurant"

Dans ma tête, tout s'est mis en ordre. J'ai compris pourquoi il voulait que l'on se change dans une pièce particulière, pourquoi il voulait que l'on change de soutien-gorge entre chaque service.

Angèle

La jeune fille découvre les vidéos et photos quand elle se rend à la gendarmerie pour être entendue. "Il y a avait des dossiers où c'était écrit 'photos A jambes', 'photos A fesses', 'photos A soutien-gorge'. Je suis tombée de haut"

Parmi les chefs d'inculpations dont le restaurateur devra répondre devant le tribunal correctionnel le 2 décembre, figure aussi "atteintes à l'intimité de la vie privée par fixation, enregistrement ou transmission de l'image d'une personne présentant un caractère sexuel".
Dans l'attente du procès, l'homme a été remis en liberté sous contrôle judiciaire "contrairement à la demande du ministère public ayant sollicité son placement en détention provisoire" indique le procureur de Rennes. 
 

"Honte et mal être"


Angèle, qui a 19 ans aujourd'hui, sera présente à l'audience. "J'ai vécu et vis encore des moments difficiles, assure-t-elle. Refaire confiance à un patron, c'est pas possible. Je n'ai pas travaillé depuis. Je n'ai pas eu mon bac pro alors que travailler dans la restauration, c'était mon choix professionnel. J'ai le dégoût de la restauration et pourtant, j'adorais cela".

Elle dit "être sur ses gardes tout le temps" face à une présence masculine, éprouve "de la honte et un mal être". "J'ai longtemps fait des cauchemars. Ca s'était un peu calmé. Mais depuis que j'ai vu les vidéos et les photos de moi nue, les cauchemars sont revenus"
 
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