[ENTRETIEN] Municipales à Rennes : l'artiste Frank Darcel se lance en campagne

Frank Darcel présente sa candidature aux élections municipales de Rennes, avec à sa droite Caroline Ollivro et à sa gauche Françoise Choquet, ses soutiens / © FTV - B. Van Wassenhove
Frank Darcel présente sa candidature aux élections municipales de Rennes, avec à sa droite Caroline Ollivro et à sa gauche Françoise Choquet, ses soutiens / © FTV - B. Van Wassenhove

Le chanteur et écrivain Frank Darcel se lance dans la bataille des municipales à Rennes. Leader du groupe Républik et membre du groupe Marquis de Sade, l'artiste est aussi un régionaliste, européiste convaincu et engagé depuis une quinzaine d'années en politique. Il entend agiter la campagne.

Par T.P. avec G.L.M.


Pourquoi un artiste comme vous va t-il dans son engagement jusqu'à se présenter aux municipales ?


"Dans les différents métiers que j'ai exercé, je n'ai pas été qu'artiste, je me suis rendu compte que la politique faite par les autres avait un impact sur moi et mon activité. Et donc, à un moment, il faut s'engager, car sinon on perd le contrôle sur beaucoup de données qui sont dans notre vie. Dès la 6e, je briguais des postes de chef de classe."


Et quand votre engagement pour la Bretagne est-il apparu comme une évidence?


"C'est curieusement lorsque je vivais au Portugal, là ou la Bretagne me manquait beaucoup, que j'ai commencé à creuser l'histoire de la Bretagne. De plus, si on regarde les pays limitrophes de la France (Italie, Espagne, Belgique, Allemagne, Suisse), on se rend compte qu'ils sont sur un système fédéral et que dans tous ces pays-là, les régions européennes ont pu conserver non seulement leur identité et leur histoire, mais en plus ont des leviers économiques bien plus puissant que la Bretagne, amputée qui plus est, de la Loire-Atlantique. Il faut donc que la France sorte de ce modèle centralisé pour aller dans un modèle fédéral."


Et pourquoi l'engagement pour Rennes?


"Rennes, j'y vis, j'y suis arrivé en 1975. Je suis originaire du centre Bretagne. Et, à mon sens, la ville de Rennes ne peut se développer que si la Bretagne est forte, et de plus dans un pays fédéraliste... Les gens qui font de la politique ici, n'ont en réalité aucune marge de manoeuvre. Le budget de la région Bretagne est ridicule comparé à celui d'une région européenne normale. C'est donc toute une classe politique qui a accepté de faire de la figuration et qui a accepté que Paris domine, que Paris prélève l'argent et rende ce qui les intéresse. Par exemple, pour le budget de la culture au niveau de l'État, il est dépensé à 84% dans la région parisienne et à 1% seulement en Bretagne. On ne peut pas continuer à mendier des dotations de l'État alors que l'on a des ressources ici et qu'on devrait gérer une partie de notre fiscalité comme le fait la Bavière ou la Flandre... Et pour que Rennes reste la capitale administrative de la Bretagne même réunifiée, c'est lors des élections municipales que l'on va être le plus écouté".


Vous avez plutôt le coeur à gauche ou à droite?


"Sur tous les sujets sociétaux, je me considère plutôt progressiste, les termes gauche - droite, cela me passe à côté. J'étais pour le mariage gay. À Breizh Europa, le mouvement auquel je participe, on est sur une aide en fin de vie qui se calque sur ce qui existe de plus progressiste en Europe comme en Belgique, entre autres. Je suis aussi pour la libéralisation du cannabis. Après, économiquement, je me qualifierai de social-libéral. Je crois encore à l'économie de marché.


Et pourquoi mener une liste et ne pas en rejoindre une autre, libérale ?


"J'ai rencontré du monde. Il y a eu des discussions intéressantes. Mais je crois qu'il faut une vrai remise à plat du système et personne ne l'abordait. Or, j'avais envie d'en parler, car je crois que c'est nécessaire. La République en ce moment, elle a des problèmes dans pas mal de domaines qui manquent cruellement d'argent. Y a des choses à dire. Je suis breton, européen et républicain mais pas un provincial. Nous sommes une liste qui refuse le provincialisme à Rennes parce qu'on devrait pouvoir être un centre de décisions."


Qu'est-ce qui ne va pas à Rennes ?


"Y a un énorme problème de transport. C'est surréaliste que le métro ne sorte pas de la rocade. Ce qui me touche, moi artiste, c'est la qualité des salles de spectacle, le manque de locaux de répétitions. Il y en a mais comparaut à Nantes ou à Brest, on ne fait pas le poids. On est loin du compte par rapport à des projets dans la ville. Il y a une sorte de laisser aller dans la ville...


Que reprochez-vous à l'équipe socialiste de la mairie ?


Pour moi, l'équipe en place actuellement à la tête de la ville n'est pas à l'écoute des Rennais et ne tient pas compte de ce que les gens disent. Maintenant, il y a le gadget du budget participatif ... Pour moi, c'est de la pseudo-démocratie directe. Il faut reprendre l'écoute des gens et en tenir compte. Il faut aussi limiter le nombre de mandats municipaux dans le temps et au bout de deux mandats, il faut qu'ils retournent dans la vie active. On ne devrait pas pouvoir faire carrière dans la politique.
 

Et LREM, le MODEM, Europe écologie ?


"Aucun de ces partis ne remet en cause le paradigme de fonctionnement, de rapport de force entre la province et Paris. À partir de là, si je suis le seul à le dénoncer, autant y aller... On est dans de la politique spectacle qui ne bouge pas et sans résultats probants par exemple pour l'écologie à Rennes.
Il faut réagir. Il faut que nos élus soient capables de nous défendre contre cette espèce de racket parisien qui maintenant se voit.
"
 

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