Festival Migrant’Scène : porter la parole des migrants et des sans-papiers

La 4ème édition rennaise du festival Migrant’Scène se déroule jusqu’au 28 novembre. Initié par la Cimade, ce rendez-vous est destiné à sensibiliser le grand public au sort des migrants et des sans-papiers en s’appuyant  sur les témoignages des bénévoles de l’association.

"Je voulais être utile tout en ayant les personnes face à moi", raconte Catherine, une jeune femme brune, aux grands yeux marrons et à la voix douce. "C’est pour cela que je suis devenue bénévole à la Cimade".

Bénévole et témoin

Toutes les semaines quant elle le peut, Catherine se déplace jusqu’au Centre de Rétention Administrative (CRA) de Rennes. Elle fait partie de la vingtaine de bénévoles qui rend régulièrement visite aux personnes placées en rétention. Des sans-papiers qui peuvent rester enfermés jusqu’à 45 jours en attendant d’être, au mieux, relâchés, au pire expulsés. Cette année, le CRA de Rennes a déjà accueilli 860 personnes. Un chiffre en hausse de 20% par rapport à 2013. En 2014, c’était la même chose. Le CRA de Rennes est ouvert depuis 2007. Il peut accueillir 56 personnes en même temps : 46 hommes, 6 femmes et 4 places réservées pour des familles.

C’est en mai 2014, que Catherine a fait la connaissance d’Ali, un jeune afghan de 24 ans, en situation irrégulière. Ali avait fui son pays en 2007 pour se réfugier en France. Sans-papier, il vivait à Caen ou il travaillait dans une petite entreprise de couture pour 5 euros de l’heure. Jusqu’à ce jour de mai 2014 ou il a été interpellé dans la rue et faute de papiers, conduit directement au centre de rétention de Rennes. Sans même avoir le droit de récupérer ses affaires.

De la rétention à l’expulsion

"Les premières rencontres ont été difficiles", confie Catherine, "puis au fil des semaines, il s’est livré, il m’a raconté sa vie, ses espoirs, ses rêves. On croyait qu’il allait être libéré. Son employeuse avait même promis de l’embaucher définitivement. Mais après 43 jours de rétention, alors même qu’on devait se revoir, il a été placé dans un avion, direction Kaboul. Un pays qu’il ne connaissait plus, ou sa famille, réfugiée au Pakistan, ne vivait plus. Ali était couvert  de tatouages et pour cela, il risquait la peine de mort là-bas. Mais malgré les menaces, il a été reconduit à la frontière". Depuis, Catherine n’a plus eu aucune nouvelle. "J’ai mis six mois avant de retourner au centre de rétention. Je me demandais pourquoi moi j’avais un appart, un boulot, une vie heureuse et pourquoi lui n’y avait pas droit. Juste parce qu’il n’était pas né au bon endroit".

Comprendre et informer

Catherine a écrit au jour le jour ses visites au centre de rétention, ses rencontres avec Ali. Des notes qu’elle a enregistrées tout comme Enrico l’a fait pour Farouk, Adrien et Aurélie pour Sami et Hédou.  Des « capsules » sonores que la Cimade recueille au fil des ans et qui permettent aujourd’hui de porter la parole des sans-papiers à l’extérieur, qui leur donne une existence.
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Outre l’écoute de ces documents sonores, le festival Migrant’scène propose aussi des rencontres, des débats, des concerts, des animations et une exposition photo signée Julien Saison. Sur la « jungle » de Calais à l’heure ou l’accueil des migrants n’a jamais autant fait polémique partout en Europe. Un programme à retrouver sur le site du festival Migrant’Scène qui se déroule à Rennes et partout en France jusqu’au 28 novembre.
Saint-Jacques de la Lande (35) puis Rennes (35) Intervenants : Catherine Rué, bénévole CIMADE Rennes - Maud Steuperaert responsable régionale Cimade / Reportage : I. Rettig - T. Bréhier

 

La Cimade - Service œcuménique d’entraide (Comité inter mouvements auprès des évacué), qui a été créée dans sa forme actuelle en 1984 est une association qui a pour but de manifester une solidarité active avec ceux qui souffrent, qui sont opprimés et exploités et d’assurer leur défense, quelles que soient leur nationalité, leur origine ou leur position politique ou religieuse. En particulier, elle a pour objet de combattre le racisme, veiller scrupuleusement au respect des droits et de la dignité des personnes, quelle que soit leur situation. La Cimade rassemble des personnes d’horizons nationaux, confessionnels, philosohiques et politiques divers, engagées dans ce service ». C’est l’une des 5 associations autorisées à intervenir dans les centres de rétention administrative.

Les capsules sonores réalisées l’an passé grâce aux témoignages des bénévoles de Nantes sont actuellement exposées au Musée de l’Histoire de l’Immigration à Paris dans le cadre de l’exposition « Frontières » qui se tient jusqu’en juin 2016.