Grève à France 3 Bretagne : pourquoi les salariés redoutent la suppression de la redevance

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Écrit par La rédaction

Une partie du personnel de France 3 Bretagne est en grève ce mardi 28 juin. Les salariés craignent le projet de suppression de la redevance audiovisuelle voulu par Emmanuel Macron. Certains salariés défilent à Paris aux côtés des autres personnels des médias publics. Rappel de ce qu'est la Contribution à l'audiovisuel public (CAP), alias la redevance.

Ce mardi 28 juin, les journaux télévisés du 12/13 et du 19/20 ainsi que les programmes de France 3 Bretagne sur la TV mais également les articles sur le site internet ne seront pas diffusés en raison d'un mouvement de grève suivi par 52 % du personnel.

Un mouvement initié par les syndicats CGT, CFDT, FO, SNJ, SUD, UNSA, CGC et CFTC qui appellent les salariés de France Télévisions et de Radio France à faire grève et à manifester à Paris ce mardi en raison des incertitudes qui pèsent sur l'avenir de l'audiovisuel public si la suppression de la redevance TV devait être décidée comme le souhaite le chef de l'Etat.

C'est lors d'une visite à Poissy en mars 2022 qu'Emmanuel Macron avait fait cette annonce de campagne électorale pour revaloriser le pouvoir d'achat : "On supprimera les impôts qui restent, la redevance en fait partie". Une intention toujours bien présente depuis sa réélection à la présidence de la République.

Ce mardi 21 juin sur France Inter, Rima Abdul Malak, ministre de la Culture a précisé : "On a annoncé et garanti une visibilité pluriannuelle" pour le financement de l'audiovisuel public.

La redevance est un moyen de financement, adossée à une taxe d'habitation qui n'existe plus, à des télévisions dans des foyers où il y en a de moins en moins. Donc, il fallait trouver un nouveau mode de financement : tout va se débattre au Parlement.

Rima Abdul Malak,

Ministre de la Culture sur France Inter

La redevance, un financement pérenne

Des propos qui inquiètent syndicats et salariés des médias publics : France Télévisions, Arte, Radio France, INA, TV5 Monde et France 24. Comme l'exécutif souhaite remplacer dès 2022 la contribution à l'audiovisuel public par un budget courant sur plusieurs années, une partie des personnels craint qu'il n'y ait plus de visibilité à long terme sur les budgets et une baisse des moyens de l'audiovisuel public.

Dans un tract intersyndical, les salariés demandent un "financement pérenne" avec "une ressource affectée."

Nous défendons un service public de l’audiovisuel fort. A cette fin, il est indispensable qu’il bénéficie d’un financement adéquat (à la hauteur des enjeux actuels), dynamique et progressif (pour lui permettre de faire face aux défis de demain) et pérenne avec une ressource affectée, seule à même de lui permettre de remplir ses missions de service public : informer, éduquer et distraire au service de toutes et tous les citoyen·nes.

Intersyndicale CGT, CFDT, FO, SNJ, SUD, UNSA, et CFTC de France Télévisions

Interrogé avant le départ du cortège parisien des grévistes depuis Montparnasse jusqu'à l'Assemblée nationale, Jean-Hervé Guilcher, secrétaire général adjoint de la CGT France Télévisions et journaliste à France 3 Bretagne, met en avant les garanties inhérentes à la redevance.

Ce que l'on redoute, c'est une baisse et une fragilisation de notre financement. Et la redevance, toute imparfaite qu'elle est, est un financement affecté, fléché pour le seul audiovisuel public et donc on ne peut pas le détourner de sa destination (...) cela reste une enveloppe financière sur laquelle le politique ne peut pas agir.

Jean-Hervé Guilcher,

Secrétaire général adjoint CGT France Télévisions et journaliste France 3 Bretagne

Le syndicaliste reproche aussi "l'approche démagogique" d'Emmanuel Macron : "Il a dit que c'était pour rendre du pouvoir d'achat aux Français. Et après que tout le monde se soit inquiété, il a été répondu qu'il ne fallait pas s'inquiéter car cela serait compensé dans le budget de l'Etat. Donc, ça ne rend pas de pouvoir d'achat aux Français car ils seront obligés de le payer au travers de leurs impôts." Et d'ajouter "le risque que l'on court, c'est que le budget de l'audiovisuel public soit remis en cause tous les ans avec une pression accrue sur les dirigeants de l'audiovisuel public".

Pour autant, selon lui, la redevance doit être réformée car "son mode de perception est obsolète car assis sur la possession d'un téléviseur. Or les gens ont de moins en moins de TV et aujourd'hui l'assiette de la redevance est en diminution. Elle a baissé de 100 millions d'euros ces dernières années. Ce que l'on souhaite comme réforme, c'est que l'on adopte un système universel comme en Allemagne, c'est-à-dire que l'on considère que tous les Français peuvent avoir accès aux contenus de l'audiovisuel public par tous les moyens (internet entre autres) et qu'à ce titre-là, ils soient assujettis au paiement d'une redevance".

A quoi sert la redevance ?

Depuis 2009, la contribution à l'audiovisuel public (CAP) est payable par toute personne qui est imposée à la taxe d'habitation et qui détient un téléviseur (ou un dispositif assimilé à un téléviseur).

Son montant est déterminé par le Parlement et s'élève actuellement à 138 euros en France métropolitaine. 138 euros par an, c'est en fait 0,37 centime par jour et 11,50 euros par mois par poste de télévision dans un foyer. 

Pour information, en Allemagne, la redevance coûte 220 euros par an.

La redevance audiovisuelle permet actuellement de financer les chaînes de télévision et de radio du secteur public. C'est l'une des principales ressources de ce secteur :

► France Télévisions (les chaînes France 2, France 3, France 4, France 5, et les chaînes publiques d’outre-mer)
► Arte France (la chaîne Arte)
► Radio France (les stations France Inter, France Info, France Culture, France Musique et France Bleu)
► France Médias Monde (Radio France internationale - RFI, les chaînes France 24 et TV5 Monde)
► L’Institut national de l’audiovisuel (INA), chargé de la conservation des archives audiovisuelles.