"Maman n’est plus là". Comment se construire au plus jeune âge après la mort d'une mère ? Deux sœurs témoignent

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Marie rejoint sa sœur Kiki en Bretagne pour les grandes vacances. ©FTV

Elles étaient toutes petites quand leur maman a pris la décision de partir. Sous le poids de cette tragédie familiale, Marie et Christiane, deux sœurs, se sont accrochées comme des huitres à un rocher, pour devenir les femmes qu'elles sont aujourd'hui. Dans le film de Mathilde Aplincourt " L'été des sœurs tempête " elles témoignent du lien qui les unis depuis la petite enfance. Ce lien qui comble l'absence maternelle.

Marie rejoint sa sœur Christiane en Bretagne pour les grandes vacances. En road trip, de Belle-île-en-Mer à Erquy, sur les traces de leur enfance, elles se racontent encore une fois l'histoire. 

De natures très différentes, presque opposées, elles s'aiment à la vie, à la mort. Dans la chaleur de l'été, elles s'unissent, s'interrogent, comparent leur parcours et questionnent ainsi le lien qui les unis si fortement.

 

La porte de la maison ouverte sur le néant

Elles étaient toutes petites quand le drame s'est produit. Au petit matin, leur père annonce à Marie, l'aînée de la fratrie, que "la porte de la maison est ouverte, mais maman n'est pas là".

Marie raconte qu'"Il est allé ensuite frapper chez la tante à côté. Tout le monde a cherché après elle. J’avais peur. Comme un mauvais présage, c'est sur la côte de mer qu'ils ont commencé les recherches ".

Ils ont vu quelque chose flotter sur la mer. C'était elle. Elle était partie se noyer, laissant ses quatre enfants derrière elle. Elle avait 27 ans.

Marie

Brutalité du deuil, force de construction

Le passage des petites filles à celui de mère, puis celui de femmes qu'elles sont devenues, s'est donc fait sans accompagnement, sans main tendue pour les accompagner dans leurs premières années de vie.

L'amour monotone, mais sécurisant pour l'une, la passion impulsive pour l'autre, chacune, avec ses propres moyens, retrace son parcours, qui résulte du deuil prématuré.  

Elles savent que seule la brutalité de ce deuil, aura été, malgré elles, leur force de construction.  

Complicité

Dans la chaleur de l'été, elles se taquinent, s'amusent et rient beaucoup. Comme deux petites filles trop brutalement poussées à grandir, elles retrouvent les moments de plaisir et de légèreté, le temps des baignades, dans une grande complicité. 

Indépendance et fragilité

Ce que les deux femmes ont en commun, c'est une indépendance forte, mais très fragile, parce qu'indissociable du traumatisme qu'elles ont vécu. 

Marie, surnommée "Marie Tracassante" se rappelle la petite fille qu'elle était. " Je me faisais du souci pour tout le monde, c’était mon caractère. Mais je me souviens de papa qui mettait la radio et moi, je chantais, j’étais gaie aussi" dit-elle avec métaphore, émue. 

Elle se rappelle aussi qu'elle vivait "comme une sauvageonne, car personne ne me disait rien. J'ai le sentiment d'avoir été libre". Une liberté qui a manqué à leur mère. 

Trop de soucis au quotidien, de travail et pas de soutien. Maman était esseulée. Elle pleurait beaucoup.

Marie

À l'opposé, Christiane, elle, vit intensément et mange la vie à pleines dents. Mais elle reconnaît avoir toujours été en recherche "de quelqu'un à aimer et de quelqu'un qui m'aime".

Après deux mariages, l'amour tient toujours une grande place dans sa vie. Sa sœur, plus réservée, l'envie de vivre si intensément. Cette insouciance lui manque. Le poids du drame a très tôt pesé sur ses épaules.

Je n'appartiens à personne et personne ne m'appartient. Mais j'aime les copains, échanger et avoir un peu de tendresse de temps en temps.

Christiane

Fusion

Quand le deuil arrive trop tôt, le souvenir du bonheur est tronqué. Des souvenirs de sa mère, contrairement à sa sœur, Christiane n'en a aucun. Quelques photos lui ont permis de s'en faire une représentation, mais c'est l'absence de relation fille mère qui prédomine. Alors naturellement, c'est avec sa sœur que la fusion naît. 

Les deux sœurs s'accrochent l'une à l'autre. Cette intimité qui les unit évoque des allers-retours de petite fille traumatisée à femme adulte.

Ma sœur, c'est ma confidente, c'est ma mère. C'est tout pour moi.

Christiane

La vie ne sera jamais comme elle aurait dû être, si maman avait été là. Personnellement, je n'ai aucun repère.

Christiane

Deux sœurs, deux chemins de vie, un deuil

À l'âge où survient le drame, les deux petites filles, de quelques années d'écart, n'ont pas eu la même construction de vie. Le vide laissé par le départ de leur mère, n'aura pu et ne pourra être comblé. Seul ce lien tissé entre elle, tire un fil conducteur dans leur vie. 

Libres, indépendantes, mais sentimentales et fragiles, les "sœurs tempête" s'aiment à la vie, à la mort.

"L'été des sœurs tempête", un film de Mathilde Aplincourt à voir sur France 3 Bretagne, le jeudi 30 mai à 23h05 et sur france.tv dès à présent. 

 

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