Rennes. La mort, ça se discute. Viendrez-vous aux “Cafés mortels” ?

© IP3 PRESS/MAXPPP
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À la vie, à la mort. Pas toujours facile de l'évoquer cette mort, lors de la perte d'un proche ou juste de raconter l'angoisse, les frissons qu'elle génère. À Rennes, un collectif propose des "Cafés mortels" et ouvrira bientôt une coopérative funéraire.

Par Emilie Colin

"C'est bien ici le café mortel ?". Isabelle Georges sourit en racontant l'hésitation de certains participants, depuis qu'elle a instauré avec son collectif "Les Effervescents" les Cafés mortels à Rennes. "Quand les gens arrivent, ils sont un peu tête baissée, ils se demandent un peu si ce n'est pas une secte. Mais ils sortent toujours avec le sourire." 

Depuis avril dernier, une fois par mois, le Café mortel créé un espace d'information et de dialogue, autour de la mort, toujours dans un lieu convivial : un bar, un théâtre... "Les gens ont besoin d'en parler, on manque de lieux d'expression. Il y a toujours plein de questions, plein de croyances sur ce que l'on peut faire ou non." 

Trois ont déjà été organisés. L'un a permis la projection du documentaire "Le domaine" décrivant la réalité d'une entreprise des pompes funèbres. Un autre a été dédié à l'histoire des cimetières, avec l'intervention d'une paysagiste spécialisée. En mai, c'est un conteur qui s'est lancé, avec des histoires sur la mort évidemment. 

Après une pause estivale, les cafés mortels vont revenir, "sûrement en octobre" confie Isabelle. L'humusation ou l'idée de transformer le corps du défunt en compost, la thanatopraxie ou encore la question des prévoyances obsèques figurent parmi les thématiques annoncées

En 2015, j'ai été confronté au décès d'un proche et j'ai dû organiser les funérailles. C'était la première fois. Ça a été le choc. Je trouvais tout décalé, hors du temps. Le fait de me rendre dans un magasin aussi m'avait choqué. Je n'y avais jamais pensé. Je me suis dit 'ce n'est pas ça dont j'ai besoin'. (Isabelle)


Une coopérative funéraire


Le café mortel s'inscrit dans l'ambition de la coopérative funéraire, voulue par Isabelle sa fondatrice et une quinzaine d'autres personnes. Le modèle, inspiré de ce qui existe déjà au Québec arrive doucement en France. Une existe à Nantes, la seule en France pour l'instant en attendant l'ouverture de celle de Rennes en octobre prochain. Les locaux se trouveront dans le quartier de la Bellangerais. D'autres devraient aussi voir le jour à Bordeaux, Angers, Dijon, Strasbourg...

Une coopérative funéraire c'est quoi ? Une entreprise de pompes funèbres, qui organise des obsèques  et qui appartient à ses membres. "L'objectif, c'est surtout de se recentrer sur les besoins des familles, de ne pas en faire que quelque chose d'uniquement lucratif."  Isabelle précise "on n'est pas dans du low cost, mais on propose une alternative. On va travailler avec ceux qui sont déjà dans le secteur."  Elle-même a dû se former au funéraire, une obligation en France lorsque l'on décide de s'investir dans le domaine.
 

La mort dans tous ses états


À écouter sur Nouvelles Écoutes : la série "Mortel" proposée par Taous Merakchi vous embarque pour 16 épisodes autour du deuil. La jeune femme s'empare d'abord du sien après la perte de son père, pour mieux appréhender celui des autres. La loi, les rites, les émotions ainsi que nos peurs y sont décryptés, dans la joie et dans la sensibilité. 

De son côté, France Culture aborde l'esthétique dans la décomposition du corps, ou comment trouver de la beauté dans ce qui est toujours considéré comme dégoûtant.

Le documentaire "Et je choisis de vivre" aborde lui un sujet tabou, la mort d'un enfant. On y suit Amande, une jeune femme du Diois. Après le décès de son fils Gaspar, elle peine à se reconstruire. Elle décide alors d'entamer une marche initiatique, de partir à la rencontre de ceux qui ont vécu la même situation. 

A lire : "Réenchanter la mort" par Youki Vattier et Marie Belorgey et "Au bonheur des morts" de Vinciane Despret.

En ligne, la web-série "La mort vous va si bien"
 

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