Rennes : un trafic international d'ivoire et de cornes de rhinocéros devant la justice

Neuf prévenus chinois, vietnamien et irlandais sont jugés à partir de lundi à Rennes pour un vaste réseau de trafic d'ivoire et de cornes de rhinocéros. Parmi eux, des membres des "Rathkeale Rovers", un groupe criminel issu de la communauté irlandaise des gens du voyage.

"Dans ce dossier, la France apparaît comme l'un des pays majeurs de transit d'ivoire d'éléphant et de cornes de rhinocéros à destination des marchés européens et asiatiques", souligne Maître Jean-Christophe Tymoczko, avocat de l'association Robin des Bois, qui s'est portée partie civile.
 

Un groupe de trafiquants spécialisés dans le vol et trafic de cornes de rhinocéros

L'affaire débute par un simple contrôle douanier dans la nuit du 10 au 11 septembre 2015 sur la RN10 dans la Vienne. A bord du véhicule, les douaniers de Poitiers découvrent quatre défenses d'éléphant d'Afrique de 42,6 kg et 32.800 euros en espèces. Les passagers, qui se disent brocanteurs, se révèlent être des membres d'un groupe de délinquance itinérante connu sous le nom de "Rathkeale Rovers" (les vagabonds de Rathkeale), du nom du village irlandais où ils sont basés.
Les membres de ce groupe, implantés dans toute l'Europe, sont régulièrement poursuivis pour vols et trafic de cornes de rhinocéros, qu'ils dissimulent derrière des activités de goudronnage ou de rénovation de toitures. En 2010, l'opération "Oakleaf" lancée par l'agence Europol avait conduit à l'arrestation de 31 membres du groupe, responsables du vol de 95 cornes de rhinocéros.

À partir des premières arrestations de 2015, les douaniers français vont eux mettre au jour deux réseaux de trafic international d'ivoire brut et de corne de rhinocéros, tous deux en relation avec les "Rathkeale Rovers". 

"Les infractions ne sont pas contestables. La matérialité des faits suffit à entraîner la condamnation", reconnaît Me Philippe Péjoine, qui défend deux des quatre Irlandais mis en cause. "Mais ce ne sont que des intermédiaires, ce n'est pas eux qui font le trafic", affirme-t-il. 

Une première filière franco-vietnamienne était organisée autour d'un chef d'entreprise de 51 ans, spécialisé dans l'exportation d'antiquités et de parfums vers l'Asie, selon les enquêteurs. 
Les enquêteurs ont dénombré 62 défenses ayant transité par son entreprise entre novembre 2015 et avril 2016. Placé sept mois en détention provisoire, il est sous contrôle judiciaire depuis décembre 2016. "C'est un amateur", assure son avocat Me Martin Mechin. "Il achète un certain nombre de défenses et pense le faire de manière légale. Mais il conteste complètement en avoir exporté".


100.000 euros le kilo de corne de rhinocéros

Le second réseau est une filière franco-chinoise évoluant notamment autour d'un patron de restaurant chinois à Creil (Oise), d'un guide touristique Quing Jia et du "docteur Yang" Daosheng. Ce dernier "est un collectionneur d'ivoire", assure son avocat Me William Pineau, qui conteste toute participation à un trafic.

Durant leurs investigations, les douaniers ont pourtant découvert plusieurs ateliers de transformation de cornes et de défenses, un fait totalement inédit sur le territoire français, d'après un expert. Les cornes de rhinocéros étaient transformées en poudre, copeaux, billes ou pointes pour être exportées et vendues plus facilement en Chine.

Le patron de restaurant a ainsi reconnu pendant l'instruction avoir transformé des cornes de rhinocéros en poudre ou billes en vue de leur exportation vers l'Asie, où elle sont parfois considérées comme un puissant aphrodisiaque ou un remède contre le cancer.  

Selon l'association Robin des Bois, le prix de la corne de rhinocéros s'est envolé jusqu'à 100.000 euros le kilo au détail en Asie ces dernières années. Une corne de près de 15 kilos a été saisie durant l'enquête, ainsi qu'une quarantaine de défenses d'éléphant.

Le rhinocéros noir d'Afrique et l'éléphant de forêt d'Afrique sont en danger critique d'extinction, selon la liste rouge des espèces menacées de l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). Le procès devant la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Rennes doit se terminer le 8 septembre.

Les prévenus encourent une peine de 10 ans d’emprisonnement ainsi qu’une lourde peine d’amende.

 

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