Piratage, chantage, arnaque... Sur Snapchat, les jeunes sont des proies vulnérables. Comment se protéger ?

Snapchat est l'une des plateformes de réseaux sociaux les plus populaires chez les adolescents et les jeunes adultes. Un public de plus en plus piégé par des pirates du web qui prennent le contrôle de leur compte. Ces hackers demandent ensuite une rançon à leur victime.

Sur Snapchat, application de messagerie privée au contenu éphémère, les jeunes deviennent la cible de piratage et de chantage.
Sur Snapchat, application de messagerie privée au contenu éphémère, les jeunes deviennent la cible de piratage et de chantage. © Leon Tanguy / MaxPPP

“Je suis en stress, je n’arrive même plus à aller au travail”. Ce jeudi 6 mai, Camille* discute comme d'habitude avec sa cousine sur Snapchat. Après quelques messages, sa cousine lui demande de lui envoyer son mot de passe, elle s'exécute. Depuis, la jeune rennaise de 22 ans s'est fait pirater son compte et un inconnu lui fait du chantage. “Il a publié une dizaine de photos de moi, dont certaines sont très intimes”, s’attriste Camille. “Il me dit qu’il n’arrêtera que si je lui donne 200 euros.”

Camille assure que de nombreuses autres jeunes femmes, dont la petite sœur d’une amie âgée de 17 ans, se seraient également fait pirater en cliquant sur un lien et auraient vu leurs photos partagées. Un cas de cyber-violence, ou de violence numérique, loin d’être isolé.

"Avec le numérique, on peut vraiment traumatiser les gens"

L’association e-Enfance, qui agit pour que les enfants et les jeunes puissent profiter d’Internet en toute sécurité, constate que l'escroquerie est particulièrement développé sur le réseau social Snapchat. "Les personnes malveillantes qui veulent escroquer les jeunes vont sur cette plateforme, car ils sont identifiés comme des proies assez vulnérables", explique la directrice générale Justine Atlante. "La vocation derrière cette escroquerie est de gagner de l’argent, pas de faire mal à la personne. Et pourtant, on voit qu'avec le numérique on peut vraiment traumatiser les gens."

Ce n'est pas Camille* qui dira le contraire. La jeune femme avoue avoir eu des pensées sombres. "J'ai tellement honte", répète-t-elle à plusieurs reprises. "Tout me passe par la tête, j'ai même eu des envies suicidaires alors que je n'en avais jamais eues..."

Justine Atlante de l’association e-Enfance rappelle qu'elle travaille avec la plupart des plateformes de réseaux sociaux, dont Snapchat, et peut en quelques heures, faire supprimer des photos pour éviter qu'elles ne circulent. Et insiste : "Les lieux des réseaux sociaux et des messageries privées sont à risque. Ce ne sont pas forcément des lieux où il faut avoir confiance." Elle rappelle que si des photos dénudées de mineurs sont diffusées, il s’agit de contenus pédopornographiques. Une infraction punie de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende.

Camille*, de son côté, est majeure. Elle assure avoir porté plainte au commissariat. Si le fait de pousser la porte de la gendarmerie est compliquée quand des photos intimes ont été partagées, "il est important de le faire", insiste l'adjudant Benoît Croguennec, référent sûreté de la gendarmerie d'Ille-et-Vilaine. Peu de procédures aboutissent à des suites judiciaires, mais le signalement de ces infractions permettent à la gendarmerie d'avoir des comparaisons d'identification. "Dans la majorité des cas, les investigations qui sont menées nous amènent vers des individus présents sur le continent africain", précise ce spécialiste de la prévention technique de la malveillance.

Ils se font appelés "brouteur", c'est-à-dire un arnaqueur qui opère sur Internet, et attend que la victime approche.

Adjudant Benoît Croguennec, référent sûreté de la gendarmerie d'Ille-et-Vilaine

Si elles sont difficiles à quantifier, ces infractions sont “relativement courantes”, poursuit l’adjudant. “En général, ils demandent de virer l'argent sur des cartes prépayées sans compte bancaire (PSC). Il faut rester très vigilant.”

Que faire en cas de piratage et de chantage en ligne ?

L'association e-Enfance et la gendarmerie d'Ille-et-Vilaine donnent plusieurs conseils pour prévenir ce genre de situations :

La peine encourue pour du piratage de compte est de 2 ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. De plus, publier la photo ou la vidéo sans l’accord de la personne est sanctionné d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.

*Le prénom a été modifié à la demande de l'intéressée.

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