Trois enseignants bretons créent Ridisi, un outil pour faciliter l'apprentissage de la lecture

Ils sont enseignants en CP et directeur d'école à Saint-Jacques-de-la-Lande, à côté de Rennes, et ils ont créé un nouvel outil pour l'apprentissage de la lecture. Ridisi est un traitement de texte incluant de petits pictogrammes au-dessus des lettres pour aider les enfants à déchiffrer. Un outil, dont ils ont constaté l'efficacité auprès de leurs élèves.

C'est au retour du confinement en 2020, que Nicolas Le Doussal et Pierre-Marie Le Guilcher, enseignants en CP à l’école élémentaire publique Suzanne Lacore de Saint-Jacques-de-la-Lande, remarquent des difficultés d'apprentissage accrues chez leurs élèves. "Un constat unanime. L'écart entre les enfants n'a fait que s'accentuer. Les meilleurs ont pu progresser en restant chez eux, alors que les plus faibles ont pâti de l'interruption de la classe", se souvient Frédéric Grasbon, le directeur de l'école.

Et puis côté enseignants, ces activités de lecture sont très chronophages à préparer, témoigne le directeur. Et dans leurs pratiques pédagogiques, avant même la crise sanitaire et les confinements, ces professeurs des écoles ressentaient un manque d'outils adaptés et modernes. 
L'outil numérique a donc été imaginé à la fois pour faciliter le travail du corps enseignant et pour apporter une aide spécifique aux enfants, en fonction de leurs besoins. Très artisanal au départ, l'outil a connu beaucoup de progrès depuis.

Un traitement de texte individualisé en fonction des besoins de chacun

Ce nouveau traitement de texte, Ridisi, permet jusqu'à 32 profils différents sur un même texte, pour une aide réellement individualisée pour chaque élève. C'est-à-dire, qu'il comprend des fonctionnalités assez classiques, de la couleur ou des caractères gras afin de faire ressortir les lettres, les syllabes, les mots, les lignes. "Une façon d'oraliser un texte écrit" selon l'enseignant. Mais l'innovation majeure, c'est l'insertion de pictogrammes au-dessus des lettres, avec de petites images pour des mots connus des enfants.

Pour un mot comme "Bonjour", explique ainsi Frédéric Grasbon, on aura une balle au-dessus du B, un ongle pour le "ON", une jupe pour le J, l'ours pour le "OU" et enfin un roi pour le R. "Un peu comme un rébus avec les lettres d'attaque", poursuit-il. "Il s'agit vraiment d'un outil de décodage !"

Un outil efficace

Les résultats ne se font pas attendre. Très vite, les enfants deviennent plus autonomes face aux textes. Pour lire, mais aussi pour comprendre et accroître la rapidité de lecture, relate le directeur. Un outil très motivant pour les enfants qui réalisent leur progrès, au fur et à mesure que l'aide se restreint.  Avec Ridisi, à la fin du CP, tous les élèves ont atteint l'objectif attendu, à savoir lire 50 mots en une minute. Mais un tiers d'entre eux sont même bien au-delà, ils arrivent à lire 100 mots à la minute, ce qui est l'objectif pour un élève de CE2.

Développement de Ridisi

Aujourd'hui, les trois enseignants, avec l'aide de leurs familles, ont réussi à développer cet outil sur leurs fonds propres, avec l'aide de deux sociétés, dans leur entourage, Foreverbije à Paris pour la programmation et Entre Autre à Montpellier, pour le design et l'ergonomie.

Ce nouveau logiciel de traitement de texte, Ridisi est donc sorti en ligne le 25 août dernier. Depuis, il a reçu une subvention de l’Éducation Nationale par le biais de la fondation Edu-Up, le fond d'aide aux idées innovantes. Et puis le recteur d'Académie a rendu visite à l'équipe dans l'école et enfin Brigitte Macron, en charge du plan illettrisme en France, a répondu de façon enthousiaste au courrier des créateurs. 

"Nous avons, se réjouit Frédéric Grasbon, mis en place un plan de recherche avec le laboratoire dynamique du langage de l'Université Lumière Lyon 2, en lien avec le CNRS, pour tester et évaluer le logiciel."

De nouvelles perspectives

La première version est une réussite. Mais les enseignants bretons n'ont pas l'intention de s'arrêter en si bon chemin. Ils planchent déjà sur une deuxième version, pour développer notamment les aides auprès des élèves dyslexiques, en utilisant la couleur pour différencier les syllabes, le surlignage des lignes, la mise en évidence des espaces, ou de la ponctuation.

L'application peut également être adaptée pour les enfants allophones, d'origine étrangère, avec des grilles reprenant les sons de la langue de l'élève. Parce qu'ils savent l'importance de la lecture, à la base de tout dans les apprentissages des enfants et des plus grands, l'aventure se poursuit pour ces trois passionnés.