Les commerces ouverts les dimanches en juin pour réparer les dégâts de la Covid-19

Les préfectures bretonnes autorisent les commerces à ouvrir les dimanches de juin. La décision réjouit les responsables des magasins qui ont accumulé les pertes à cause de la crise sanitaire, mais elle inquiète les syndicats.

Un magasin fermé dans le centre commercial Grand Quartier (Saint-Grégoire) déserté de ses clients
Un magasin fermé dans le centre commercial Grand Quartier (Saint-Grégoire) déserté de ses clients © V. Chopin - FTV

Les chiffres sont encore difficiles à connaître, mais ils ne seront forcément pas bons. En 2020, les deux confinements de mars-avril et novembre-décembre avaient entrainé une baisse du chiffre d’affaires de 18 % pour le commerce spécialisé, avec des pertes importantes notamment dans les secteurs de la chaussure (- 27%), de la bijouterie (– 23 %), e l’habillement et de la parfumerie ( -22%).

Les couvre-feux, reconfinement de cette année et les mesures sanitaires qui limitent le nombre de clients présents simultanément ne permettent pas aux boutiques de faire le plein, 2021 connaîtra sans doute les mêmes conséquences.

Alors pour limiter et compenser les pertes, les préfectures d’Ille-et-Vilaine et du Morbihan autorisent les magasins à ouvrir les dimanches 6, 13, 20 et 27 juin.

 

Une bonne nouvelle pour clients et commerçants

Laurence Taillandier, présidente du Carré rennais se réjouit. "Après des mois de fermeture, ça va faire du bien." Elle a été obligée de constater que les dimanches ouverts en mai n'ont pas eu un grand succès: "les commerçants n'avaient pas eu le temps de s'organiser et le dimanche de la Fête des mères, personne n'a envie d'être dans les magasins" explique t'elle. " Si on veut qu'il y ait du monde, il faut que tout soit ouvert, les boutiques, mais aussi, les bars, les restaurants, que les gens puissent aller manger une crèpe entre deux achats. Il faut que les rues soient animées "

Une journée "rues vivantes" à Rennes est prévue le 26 juin. Les commerçants y organiseront une grande braderie. Ils avaient demndé que le premier dimanche apès les soldes soit ouvert. Ce n'est pour l'instant pas le cas. 

Moins d'enthousiasme pour les salariés

Car du côté des salariés, cette ouverture dominicale n'est pas forcément une bonne nouvelle. Bien sûr, "les commerces employant du personnel devront respecter les droits de leurs salariés tels que définis par les articles L. 3132-25-3 et L.3132-25-4 du code du travail, précisent les préfectures, qu’il s’agisse des contreparties devant leur être accordées, de l’organisation du repos hebdomadaire par roulement ou du respect du principe de volontariat écrit en application duquel un salarié qui refuse de travailler le dimanche ne peut pas faire l’objet d’une mesure discriminatoire dans l’exécution de son contrat de travail."

Mais la CFDT s’inquiète, "l’exception ne doit pas devenir la règle". "En six mois", compte Christophe Rondel, secrétaire général de la CFDT des Côtes d'Armor, "cela va faire douze dimanches ouverts. Il ne faut pas que cela devienne la norme, que les gens s'habituent à cela, car ça a des incidences sur la vie des salariées, ça crée des problèmes pour les gardes d'enfants, les transports" ajoute t'il.

La CFDT souligne que seuls les grands magasins peuvent tirer bénéfice de ces ouvertures dominicales, les petites boutiques qui n’ont qu’un gérant et un ( ou pas du tout ) de salarié n’ont pas les moyens d’ouvrir leurs portes le dimanche et le syndicat l'affirme : "le travail du dimanche ne doit pas être banalisé, ni généralisé. Il ne sera pas le remède miracle aux pertes de chiffres d’affaires des commerces. La loi permet déjà l’ouverture dominicale des commerces, la crise sanitaire ne doit pas laisser la porte ouverte à une dérégulation du temps et de l’organisation du travail. Les ouvertures dominicales doivent être appréciées en fonction des habitudes de consommation des territoires, grâce au dialogue social entre les acteurs économiques." 

Enfin, Christophe Rondel s'étonne. "Les 20 et 27 juin, il y a des élections. Ouvrir les magasins, c'est empêcher les salariés qui travaillent d'aller voter et inciter les électeurs à aller faire du shopping au lieu de leur devoir électoral. "

 

Au printemps, le Ministre de l’économie a annoncé des aides pour le secteur de la mode (habillement, chaussures, maroquinerie, sport) dont la saisonnalité génère des difficultés pour écouler les stocks. Toutes les entreprises du secteur qui ont bénéficié du Fonds de solidarité vont pouvoir en bénéficier. Une enveloppe de 200 millions d’euros a été débloquée, elle devrait concerner 35 000 boutiques en France. Chacune peut donc espérer toucher 6 000 euros.

Mais la crise sanitaire intervient dans une économie d'un secteur déjà fragile : selon les chiffres de la CCI Bretagne, en 2020, la région comptait 4739 commerces "non essentiels", selon l’expression maintenant consacrée, de vètements et de chaussures. Les boutiques employaient 9 716 personnes. En 5 ans, 6,8% des magasins et 12,1 % des salariés ont disparu.

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