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Centre-Bretagne : 1000 volontaires et deux ans d'étude pour prévenir les maladies cardiovasculaires

Des dépistages gratuits sont organisés sur tout le Pays du Centre Ouest Bretagne afin de trouver 1000 volontaires pour participer au projet SPICES. / © B Le Borgne / France Télévisions
Des dépistages gratuits sont organisés sur tout le Pays du Centre Ouest Bretagne afin de trouver 1000 volontaires pour participer au projet SPICES. / © B Le Borgne / France Télévisions

Les maladies cardiovasculaires, comme l’infarctus ou l’accident vasculaire cérébral, sont la première cause de mortalité dans le monde et la deuxième en Centre Bretagne. Ce territoire fait l'objet d'une étude. L’objectif est de réduire les facteurs en changeant les comportements.
 

Par Bleuenn Le Borgne


"On sait tous que fumer ça tue, on sait tous que quand on mange mal, on peut aussi faire des AVC, on sait tous que quand on ne fait pas de sport, on dégrade sa santé. Et pourtant, on est tous dans notre routine et on accumule tous des comportements plus ou moins à risque par rapport à notre potentiel génétique ", relate le Docteur Delphine Le Goff. Ce médecin généraliste co-pilote l’étude SPICES (Scaling-up Packages of Interventions for Cardiovascular disease prevention in selected sites in Europe and Sub-Saharan Africa/ Mise en place d’interventions pragmatiques pour la prévention des maladies cardiovasculaires) menée pendant deux ans dans le Centre Bretagne. L’objectif est de trouver des solutions, sans médicament, pour réduire les facteurs de maladies cardiovasculaires et améliorer la santé de la population. Cela passe par des changements dans les modes de vie et les comportements : modifier son alimentation, faire du sport, réduire le tabac, diminuer le stress…


1000 volontaires recherchés

Les médecins en charge de ce projet cherchent 1000 volontaires résidant dans le Pays Centre Ouest Bretagne. Le territoire est particulièrement touché par les risques cardiovasculaires. La mortalité liée à ces maladies est supérieure à la moyenne nationale. "On pense que c’est lié à l’âge ", explique le docteur Le Goff. "Mais il y a aussi probablement des facteurs génétiques qui font que les populations sont plus vulnérables". Pour l’instant 650 personnes environ ont accepté de participer à l’étude. Les volontaires doivent être majeurs, résider en Centre Bretagne et présenter un risque modéré de maladies cardio-vasculaires.

L’expérimentation comporte deux phases. La première vise à trouver des participants. Des dépistages gratuits sont donc proposés sur tout le Pays Centre-Ouest Bretagne, notamment à l’hôpital de Carhaix. Il s’agit d’un questionnaire d’une dizaine de minutes qui porte sur l’hygiène de de vie et les habitudes alimentaires. Les tours de taille et de bassin des personnes interrogées sont aussi mesurés. Si le résultat de l’entretien indique un risque cardiovasculaire élevé, les personnes sont orientées vers un médecin et ne peuvent pas participer au programme SPICES. Si le risque est présent mais modéré, les personnes volontaires sont invitées à participer à la deuxième phase de l’étude.

C’est le cas de Evelyne Chambry : "Je voulais savoir exactement si mon rythme de vie, mon sommeil, mon alimentation correspondaient à ma santé. Par le questionnaire, j’ai eu la réponse et ce n’était franchement pas bon", confie-t-elle.

"Je ne bois pas d’alcool, je ne fume pas, j’ai un métier physique, j’ai été étonnée de faire partie des sujets à risque cardiovasculaire modéré. Je me suis dit qu’il fallait que je me prenne en charge".

Gilbert Larvor, volontaire également, est prêt lui aussi à changer ses habitudes : "On m’a demandé si je mangeais de la viande midi et soir. J’ai bien compris qu’il faudrait réduire les quantités de viande".


Un suivi sur deux ans

Comme les autres participants à l’étude, ils se sont engagés à être suivis pendant deux ans. Mais ils ne savent pas encore exactement de quelle manière. Les médecins gardent secret les détails de cette seconde phase de l’expérimentation : "Ce que je peux vous dire c’est qu’on va leur proposer un accompagnement individualisé où il y aura au minimum quatre rencontres avec un membre de l’équipe de recherche, c'est-à-dire tous les six mois environ", dévoile le docteur Le Goff. "On va leur demander d’identifier chez eux les comportements sains, ceux qui le sont moins, et ceux qu’il faudrait changer. L’idée est que le gens se posent la question de ce qu’ils voudraient améliorer pour leur santé et de les accompagner dans cette amélioration", poursuit-elle.

Cela peut être arrêter de fumer, faire du sport… L’idée ne paraît pas révolutionnaire pourtant l’étude "cherche la bascule entre « ce que je sais et ce que je fais » ", explique le médecin. "Pour cela il faut des accompagnements particuliers. On sait que ça marche à petite échelle pour l’instant. Mais on n’a pas réussi à démontrer que ces techniques peuvent être efficaces sur une grande population et peuvent améliorer la santé d’une meilleure façon que les médicaments", détaille-t-elle.


La tristesse et le stress

Au-delà des facteurs connus, comme le tabac ou une mauvaise alimentation, le questionnaire a mis en évidence d’autres éléments qui pourraient être pris en compte dans le déclenchement des maladies cardiovasculaires comme la dépression et le stress. "C’est une vraie surprise", nous dit Delphine Le Goff. "Environ à 24% des personnes interrogées nous disent qu’elles sont excessivement stressées".

C’est pourquoi le lien et l’accompagnement seront au cœur de l’étude. "Nous croyons que le lien permet de changer", explique le médecin généraliste. "Les gens ne seront pas seuls, ils vont s’épauler les uns et les autres pour pouvoir progresser. On va faire intervenir des internes de médecine générale qui vont les accompagner et qui devront produire un sujet de recherche ".  En tout, une cinquantaine d’internes du CHRU de Brest-Carhaix collaborent à ce projet.

Les citoyens du Pays Centre Ouest Bretagne qui le souhaitent peuvent aussi se porter volontaires pour accompagner les participants à l’étude. Ils seront formés par l’équipe de recherche et s’engageront pour une centaine d’heures jusqu’en 2021. Il restent des places, que ce soit pour participer ou accompagner. 
 
Reportage France 3 Bretagne de Catherine Aubaile. Intervenants : Evelyne Chambry et Gilbert Larvor : participants au projet SPICES. Delphine Le Goff : médecin généraliste.

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