Lizio, Le repère du poète-ferrailleur, artisan-rêveur, bricoleur-émerveilleur

L'univers onirique du poète ferrailleur à Lizio / © N. Rossignol - France 3 Bretagne
L'univers onirique du poète ferrailleur à Lizio / © N. Rossignol - France 3 Bretagne

Une vie multiple, des rêves plein la tête, l'envie de les partager avec les autres, le ferrailleur Robert Coudray a bâti son drôle de monde à Lizio. 

 

Par Nathalie Rossignol


Un regard bleu acier qui vous transperce, au milieu d’un visage buriné, qui a connu toutes sortes de tempêtes et après une franche poignée de main, une consigne, "ici on se dit Tu". Robert Coudray est ainsi, direct, sans détour, à l’opposé d’une vie riche de virages et de rebondissements. Des études de cinéma à Paris, un métier de tailleur de pierres, une décennie de carnavalier à Nantes et une multitude d’aventures, prof de techno, crêpier, apiculteur, cidriculteur avant de devenir artiste à temps plein.
 
Robert Coudray dans son atelier / © N. Rossignol - France 3 Bretagne
Robert Coudray dans son atelier / © N. Rossignol - France 3 Bretagne

Depuis 30 ans, ce "diplômé des Hautes Etudes Buissonnières de bricoleur-poète" comme il se définit, est tout dévoué à redonner vie à des objets abandonnés dans les déchèteries, rejetés par une société trop gâtée. De ces roues de vélo, ces pichets métalliques, ces boîtes de sardines rouillées, ces corps de mannequins désarticulés, entassés dans son atelier, il réalise des sculptures, des automates, des instants de magie à animer. 

Faire de la sculpture, c’est un chemin personnel initiatique, c’est vraiment un chemin de vie, on fait jamais les choses par hasard. C’est à la fois de la récup,  c’est un peu nous même. C’est un peu nos imperfections, nos grincements qui sont là-dedans précise Robert Coudray.

Dans les divers hangars, il y en a plus de soixante-dix qui retrouvent vie, dès que l’interrupteur est actionné. Un musée bien vivant. Et à chaque création que l’on croirait sortie tout droit d’un film de Tim Burton, correspond une réflexion, un texte… une mise en perspective indissociable du processus de création. Comme ce texte sur ces avionneurs un peu fous à qui l’on doit beaucoup. "La sculpture elle-même, c’est une chose, mais ce qui m’intéresse derrière la sculpture, c’est le côté farfelu de ces aviateurs qui font des avions qui vont voler au XIXème siècle. Et qui vont pas y arriver. Et ça me passionne ces gens qui vont au bout de leur rêve, qui vont se casser la gueule, mais qui vont y aller quand même. Aujourd’hui s'il y a des avions, des fusées, c’est grâce à ces mecs-là."


Attirer les curieux à Lizio, un défi


Cet univers onirique, Robert Coudray souhaitait le partager mais au début des années 90, pas facile d’attirer les curieux à Lizio, dans ce petit hameau morbihanais éloigné du bourg, à quelques centaines de mètres de là où il a vu le jour en 1954.

Il se lance donc dans la construction d’une espèce de tour, un peu farfelue, comme un phare pour attirer les rêveurs comme lui. C’était en 2010. Neuf ans après, de nouvelles constructions sont venues lui tenir compagnie et 40 000 visiteurs se sont pressés l’an passé sur le site. Le ferrailleur est devenu bâtisseur ! A terme, il  imagine 22 tours qui seraient reliées entre elles, comme une sorte de cathédrale avec des jardins, des fontaines. Au milieu de cet univers circulent déjà des poules, des oies tout un monde en minuscule qui semble rendre hommage à cet arrière arrière-grand-père, tailleur de pierre, venu travailler à la cathédrale de Josselin au milieu du XIXème siècle.

Là aussi tout est fait de recup et de poésie. Tout est de guingois, coloré, comme sorti des plus beaux contes illustrés, un monde à hauteur d’enfant. "Je ne le fais pas pour les enfants, je le fais pour les adultes qui ont perdu leur cœur d’enfant. C’est vraiment pour éveiller cette âme, cette spontanéité, cet ébahissement, ce côté 'vivons l’instant'"

Ce décor va d’ailleurs servir pour le prochain long métrage du poète ferrailleur désormais réalisateur. Son premier film "Je demande pas la lune, juste quelques étoiles" entièrement autoproduit sans subvention, a attiré depuis 2013 dans les salles bretonnes plus de 50 000 spectateurs. Le prochain devrait sortir en 2021. "Heureux les fêlés", un hommage aux audacieux, aux aventuriers qui ne se laissent pas décourager par leurs échecs.

"Je ne m’approprie pas un chemin, je le cueille au fur à mesure des élans de la vie en moi qui me poussent, la vie avec un grand V, j’essaie de lui rester fidèle" conclut Robert Coudray, l’homme qui rêve de venir bousculer votre vie, pour que comme lui, vous la viviez réellement pleinement.


 

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus