Capucine Trochet a dessiné un sourire sur l’Atlantique à bord de Tara Tari

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Écrit par Sophie Bourhis

L’histoire de Capucine Trochet, c’est l’histoire d’une jeune femme qui a la tête remplie de projets et d’aventures. Et puis un jour, tout s’effondre, son corps ne répond plus. C’est le chaos dans sa vie mais sa rencontre avec Tara Tari va lui redonner des étoiles dans les yeux.

Capucine Trochet est une fille qui aime la montagne. Très jeune, elle part découvrir le monde, souvent en solitaire. A 23 ans, elle traverse à pied du nord au sud le Chili dans la Cordillère des Andes. Et puis une fois arrivée tout en bas en Patagonie, elle décide d’apprendre à naviguer pour aller vers l’Antarctique.

Un nouveau challenge s’offre à elle : se lancer dans la course au large. Elle n’a jamais navigué et doit tout apprendre de la navigation au bricolage à bord. Elle s’installe à Lorient, achète un bateau, Pilgrim un voilier de course de 6,50 m avec lequel elle se lance dans le projet de la  Mini-Transat, une traversée de l’atlantique en solitaire, juste pour l’aventure pas pour la compétition.

 Et puis tout s’effondre. Capucine va mal, son corps ne répond plus. Elle souffre du syndrome d’Ehlers-Danlos, également appelé la maladie de la douleur. Sa vie devient un chaos, bloquée durant de longs mois à l’hôpital, son rêve de grand large s’éloigne.  

Tara Tari

 Corentin de Chatelperron est ingénieur, il est au Bangladesh et se passionne  le jute. Il a l’idée d’utiliser cette fibre naturelle dans la construction navale, comme on l’a déjà fait avec le lin ou le chanvre.  Il se lance alors dans la construction d’un petit bateau de 9m. En trois mois Tara Tari bateau à l’origine dédié à la pêche au Bangladesh voit le jour.

Composé de 40% de toile de jute, 60% de fibre de verre, et des matériaux de récupération, ce prototype est fait de bric et de broc et ne ressemble à aucun autre bateau. Il est fin et très bas sur l’eau. Pour prouver sa résistance, en 2010, Corentin de Chatelperron se lance dans une aventure maritime entre le Bangladesh et la France qui va durer 6 mois.

La rencontre  

 C’est au Salon Nautique de Paris que Capucine Trochet a donné rendez-vous à Corentin de Chatelperron afin d’écrire un article sur lui. Ils ne se connaissent pas vraiment, ont juste échangé quelques mails. En faisant la connaissance de Corentin, Capucine découvre Tara Tari « Tara Tari est là devant moi. Je le vois et je souris.  Qu’il est beau avec ses voiles orange et sa forme en banane »  

 Corentin doit repartir au Bangladesh et ne sais que faire de son petit bateau. Capucine lui propose de le récupérer. Elle sait que c’est le seul bateau, par sa configuration, qui va lui permettre de naviguer en solitaire, son rêve du large redevient alors possible. Le bateau est physique mais pas puissant, c’est parfait. Sa forme en banane semble dessiner un sourire

 Durant trois mois, Capucine remet en état Tara Tari et se remet également en état. Elle parle de « thérapie de groupe ». Ils se réparent ensemble.  

J’allais mal et je l’ai rencontré. Nous étions à l’arrêt, bloqués à quai tous les deux et nous nous sommes aidés.

Capucine Trochet

  

Le pari un peu fou

 Capucine veut permettre à Tara Tari de continuer sa route et de traverser l’océan, elle va  la faire « sa Mini ». Ce nouveau défi, elle l’aborde avec un état d’esprit différent. Avec Tara Tari, Capucine ne va pas partir pour fuir mais « faire équipe avec son problème de santé »

 Tara Tari est différent alors elle va naviguer autrement. Tout défi est toujours dans le but de la performance  mais pour Capucine, "la performance n’a plus de sens. Je n’y vois plus qu’un luxe, une distraction, un plaisir d’accomplissement éphémère" 

 Avec Tara Tari, elle va naviguer dans la simplicité et la sobriété joyeuse « dans un esprit de découverte, d’émerveillement et de douceur ». A bord, il y aura peu de chose, on enlève beaucoup pour revenir à l’essentiel. « Délestée de l’inutile, je vogue en paix »  

Bravant les avis contraires, Capucine et Tara Tari vont affronter la Méditerranée en hiver, puis l’Atlantique, jusqu’aux côtes des Antilles, sans électronique à bord et sans moteur. Ils vont essuyer de nombreuses tempêtes et déjouer les pièges tendus tout au long du voyage, en solitaire et parfois accompagnée. Ce périple un peu fou, elle le raconte dans un livre « Tara Tari, mes ailes, ma liberté ».

C’est tout simplement, et avec une désarmante modestie, que Capucine raconte à  Marine une  aventure qui pour elle n’est jamais  vraiment terminée.

Pour voir le replay :

Trois questions à Capucine Trochet.  

Naviguer sur Tara Tari c’est l’éloge de la simplicité ?

C’est une philosophie de navigation particulière basée sur la simplicité et la sobriété joyeuses. Avoir moins de superflu, moins de choses qui nous embrouillent la tête, ça permet de se sentir mieux, d’être bien et d’être disponible à tout ce qui nous entoure.

C’est la même chose à terre ?

A terre, j’ai un peu cette philosophie de vie mais en mer à bord de Tara Tari c’est un peu plus extrême. A terre je vis entourée d’autres personnes et je ne peux pas imposer tout cet extrême là mais tout est question d’équilibre et de trouver un juste milieu pour que je puisse me sentir bien tout en étant en cohérence avec ce que je pense : ce qui est en trop n’a pas à être là.

Qu’est-ce que tu vas chercher en mer ?

On me demande souvent si on trouve les réponses qu’on cherchait en mer, moi je pense qu’on ne trouve pas de réponses mais de meilleures questions. Je pense qu’il ne faut pas chercher à mettre trop de mots sur tout ça mais surtout le vivre et le ressentir.  

Propos recueillis par Lorène Bienvenu. Les films de Traverse