Irène Frain : Lorient, ma colonne vertébrale

Irène Frain / © Guy Gios - MaxPPP
Irène Frain / © Guy Gios - MaxPPP

C’est en 1950 qu’Irène Frain voit le jour dans une famille modeste de Lorient. Une ville qui a ainsi été fondatrice de son œuvre d’écrivain.
 

Par Nathalie Rossignol

Lorient, une ville qui a marquée profondément son enfance, elle conserve intact les souvenirs de ses rêveries d’alors, de ses envies d’ailleurs et de sa découverte de l’Orient.

C’est d’abord à Larmor Plage qu’Irène Frain nous conduit pour ce drôle de pèlerinage sur les traces de son enfance.

C’est là qu’elle venait en famille à la plage. Des échappées balnéaires d’autant plus chères à son cœur qu’elles étaient rares.

C’était les plages les plus proches, à portée de bourses pour mes parents. C’est là où mon père plus jeune avait connu ses premiers plaisirs balnéaires.


« Je retrouve ici l'enfance, le sable un peu grumeleux, les rêveries dans les vagues, j’étais ce bateau qui part au loin, je cherchais aussi des histoires dans les coquillages, j'en ramassais beaucoup pour faire des colliers. C'était un monde facilement enchanté, car les plaisirs sont rares dans les milieux populaires, on n'était pas du tout blasé. »
 


Des rêveries qui portaient aussi la petite Irène à porter son regard vers le large, vers ce petit ilot de cailloux qui affleure au large.  « Pour moi l'extrême, c'était cette petite ile dans la rade, une île que je ne peux revoir sans émotion parce que je me disais, un jour j'irai à la nage dans l'ile, c'était un rêve ultime, c'était l'ailleurs avec un grand A. »
 

 
Après les baignades, il y a avait le rituel des cornets de glace à la vanille devant l’Eglise Notre Dame de Larmor. « Cette église, c’était la patronne des marins de la rade de Lorient, mais pour moi quand j'entends Larmor, je sens tout croustiller dans ma bouche ». Des plaisirs gustatifs qui la replongent aussi au cœur du quartier dans lequel elle vivait avec sa famille nombreuse, ses 3 sœurs et son frère.

Le jeudi, en procession, tous partaient derrière sa mère, vers les grandes tables dressées par l’épicière qui devenait crêpière pour l’occasion. Un moment de convivialité pour le quartier, que désapprouvait le père de famille, inquiet des éventuels commérages. Dans la mémoire d’Irène Frain restent ces galettes sèches et ces crêpes de froment qu’elle adorait, recouverte d’une lichée de beurre…

Et au-delà du quartier familier, plus loin, il y avait un coin de Lorient interdit au public. L'enclos du port. C’était un site militaire où à la fin des années 50, des marins armés étaient en faction. Un jour, de façon inattendue, la mère d’Irène l’y conduit pour visiter une exposition, dédiée au passé de ce site.
 

Au XVIIème et XVIIIème siècle, se dressaient là les bâtiments de la Compagnie des Indes. « Indes » un mot qui dans la bouche de sa mère et à son oreille d’enfant devient somptueux, violet et doré en même temps… « Il m’en est résulté ce tropisme indien » en conclut Irène Frain.  Plus tard, le jeune professeur, agrégée de Lettres en fera l’une de ces destinations de prédilection et naturellement un lieu d’inspiration de nombreux de ses romans.
© N.R.
© N.R.

De ces quelques souvenirs brossés de son enfance lorientaise sourd ainsi ce désir de voyage, de découverte, de recherche de l’ailleurs mais en même temps son attachement viscéral à la cette ville. « Ce sont mes fondations, c'est ici que sont mes premières émotions mes premiers rêves et un écrivain toute sa vie, son aliment, ce sont ses émotions premières, ses rêves d'enfance et c'est une colonne vertébrale pour moi ».

Le dernier roman d’Irène Frain, sorti en septembre, « Je te suivrai en Sibérie » est publié aux éditions Paulsen
 

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