Riantec (Morbihan) : pas de note au collège, ça change quoi ?

Publié le Mis à jour le
Écrit par Adélaïde Castier

A Riantec (Morbihan), les élèves de deux classes de 6e du collège de Kerdurand n’ont plus de note. Ils sont évalués par un système de compétences acquises ou en cours d’acquisition. Mise en place depuis 2014, l'expérimentation fédère les enfants comme les enseignants.

Chaque vendredi après-midi, la classe de 6eA du collège de Kerdurand à Riantec (Morbihan) suit un cours de mathématique associé à un cours d’anglais. C’est l’une des nouveautés depuis la rentrée 2016 : le travail en interdisciplinarité.

Les deux enseignantes travaillent conjointement pour apprendre à Théo, Clara, Angélique et les autres élèves les systèmes de mesure anglo-saxons. Par petits groupes, ils préparent leur exposé et viennent ensuite le présenter.

Ils sont ensuite évalués par un système d’appréciation prenant en compte l’investissement, le soin ou encore l’expression orale. Des « TBM » (très bonne maîtrise), MS (maîtrise satisfaisante), MF (maîtrise fragile) ou MI (maîtrise insuffisante) remplacent le système de notation classique : le 20 sur 20 ou la terrible tête à Toto sont oubliés. Et cela dans toutes les matières.

A la fin du 1er trimestre, aucune note n’est apparue sur les bulletins de la 6eA.

Sortir de la spirale de l’échec

Martine Blosse, professeur de mathématiques, est à l’origine de cette expérimentation à Riantec. Elle-même l’avoue : enfant, les notes l’ont toujours effrayée.

Depuis qu’elle exerce le métier d’enseignante, elle s’interroge sur l’effet de la note sur l’élève surtout quand il est en difficulté. Découragement, stress, échec…la liste est longue. Pour sortir de cette spirale, elle a donc proposé ce projet : travailler sur les compétences de l’élève pour être au plus près de son profil et ne plus limiter son travail uniquement à l’attribution d’une note.

Soutenue par le principal du collège, elle emmène dans l’aventure une quinzaine d’enseignants tous volontaires.

Des élèves mieux dans leurs basket​s

En 2014 et en 2015, seule une classe de 6e a pu bénéficier du processus. Depuis la rentrée 2016, c’est désormais deux classes de 6e qui ont rangé au placard les notes. L’enthousiasme des enseignants est sans retenue : « Il y a moins de stress. Les élèves s’entraident, ne se tirent pas dans les pattes. Ils peuvent plus facilement aller à leur rythme ».

Avis plus contrastés au niveau des collégiens. Les bons élèves regrettent de ne pas pouvoir rentrer à la maison avec un 17 ou 18 sur 20. « Un TBM, c’est pas pareil, on sait pas vraiment ce que l’on vaut" nous confient Théo et Dennis.

Les élèves plus en difficulté se disent plutôt satisfaits et surtout à l’aise dans leur apprentissage. L’infirmière de l’établissement a d’ailleurs pu remarquer les bienfaits de l’expérimentation sur les élèves de ces deux classes, beaucoup plus apaisés.

Les inégalités à l’école importantes en France

Dans d’autres établissements en Bretagne, des expérimentations similaires ont été lancés. Et cela pour tenter d’inverser la tendance des inégalités à l’école. En la matière, la France fait plutôt figure de mauvais élève.

Une donnée qui apparaît dans l’enquête PISA 2015 (programme international pour le suivi des acquis élèves), une étude destinée à identifier les compétences des élèves dans les pays aux économies et systèmes d’éducation les plus performants.

Suite à la dernière enquête qui porte uniquement, précisons le, sur des questions mathématiques, la France accède à la 26e place sur 72 pays testés. Un milieu de tableau qui ne demande plus qu’a évoluer dans le bons sens, on peut l’espérer…