Rennes : des faucheurs volontaires forcent les portes du Conseil régional pour contester les importations de soja

Pour interpeller les élus bretons et revendiquer une agriculture plus respectueuse de l'environnement et du climat, des militants anti-OGM ont forcé les portes de l’Hôtel de Courcy. L'action a suscité des réactions vives des élus politiques. La Région va porter plainte.

Selon les Faucheurs Volontaires, les importations de soja OGM ont encore augmenté de 12 % au port de Brest en 2019
Selon les Faucheurs Volontaires, les importations de soja OGM ont encore augmenté de 12 % au port de Brest en 2019 © Thierry Bouilly :France 3 Bretagne
Ce vendredi vers 10 h 30, la session plénière du Conseil régional qui vient de commencer est soudainement interrompue par une tentative d'intrusion d'une quinzaine de militants anti-OGM. Ces faucheurs volontaires sont aussitôt bloqués par des élus de tous bords politiques. Dans la bousculade et les invectives, certains élus sont malmenés voire choqués.
   

"Des importations croissantes de soja OGM"


Un débat sur la biodiversité devait avoir lieu toute la matinée mais les anti-OGM n'avaient pas l'intention de le laisser se dérouler sereinement comme en témoigne leur communiqué de presse tombé peu avant l'action:

Nous, Faucheurs Volontaires, sommes déterminés à poursuivre et à revendiquer nos actions en utilisant la désobéissance civile et la non-violence.

Les Faucheurs Volontaires

Dans ce communiqué, les militants dénoncent tout d'abord des importations croissantes de soja OGM : " ces monocultures d’OGM-pesticides issues
d’Amérique du sud sont une catastrophe environnementale : c’est la principale cause de déforestation en Amazonie et une pollution durable des sols ; c’est aussi une catastrophe sanitaire et sociale : habitants à proximité des champs victimes des pesticides, expulsion des paysans et accaparement des terres par les firmes agrobusiness ".

Selon eux, plus de 80% des élevages bretons (bovins, poulets, porcs) sont dépendants de ces importations de soja OGM-pesticides à destination de l’alimentation animale et en bout de chaîne à l’alimentation humaine.

Ce que veulent ces militants, favorables à un changement de modèle agricole, c'est une plus grande transparence des politiques d’orientation agricole du Conseil régional.

Lors de leur intrusion mouvementée, certains militants portaient des masques représentant Olivier Allain, le vice-président à la Région en charge de l’Agriculture, avec la mention " Wanted ".

Ce dernier s'est dit outré Avouez que ce sont de drôles de méthodes que de forcer la porte avec de la violence, c’est franchement scandaleux ".

 

Il faut qu’ils reviennent à la raison.

Olivier Allain, vice-président chargé de l’agriculture et de l’agroalimentaire


Il souligne que la Région Bretagne est active en matière d’agroécologie et  qu’un budget de 263 millions d’euros y est alloué (le budget initial décidé en 2015 était de 180 millions d’euros et a depuis, été augmenté de 83 millions). Ce montant finance des contrats avec des agriculteurs qui s’engagent pendant cinq ans à respecter un cahier des charges, c'est-à-dire à produire moins de maïs et à utiliser moins de pesticides.

Le vice-président ajoute que les éleveurs de bovins s’engagent aussi à augmenter les surfaces en herbe pour diminuer le recours au soja, et pour être plus autonomes en protéines, ils produisent des légumineuses. L’objectif étant de réduire les consommations de carbone pour agir tant au niveau environnemental que climatique.

Interrogé sur la nécessité de renouer le dialogue avec les manifestants, Olivier Allain tranche : « Il faut qu’ils reviennent à la raison, après ce genre de coup de Jarnac. » L’élu rappelle que son téléphone et son courriel sont publics et prétend qu’il n’a reçu ni courrier ni demande d’entretien avant cette action des Faucheurs Volontaires.


Parole contre parole


C'est ce que les militants anti-OGM contestent: pour eux il n'y a pas de dialogue possible, on ne leur répond pas et ils ne sont pas reçus. Ils visent particulièrement Olivier Allain, " qui communique dans les média pour parler de conversion de la Bretagne à l’agroécologie alors que la région subventionne à coups de millions d’euros l’agro-industrie bretonne ; le dernier exemple scandaleux, ce sont les subventions accordées aux projets de poulaillers géants de Plaudren (180 000 poulets !) de Langoelan et d’autres… De quoi stimuler les importations de soja-OGM ! "


La Région Bretagne portera plainte


Les faucheurs volontaires ont été sortis dans le calme, près d'une heure plus tard par les policiers. 

Suite à cette intrusion, Loïg Chesnais-Girard, le président de la Région, a condamné fermement cet incident :

Je condamne avec fermeté l’intrusion violente, ce vendredi matin, d’une quinzaine d’individus dans l’enceinte du Conseil régional réuni en session. Ces personnes s’en sont pris à des agents de sécurité et à des conseillères et conseillers régionaux en les invectivant et en les bousculant. La réaction d’élus de tous les bancs a pu éviter leur intrusion dans l’hémicycle. Quel que soit le message, ces actes, en démocratie, sont inacceptables.

Loïg Chesnais-Girard, président de la Région Bretagne

Et d'ajouter : "La démocratie est faite de respect, seule condition pour établir un dialogue serein. Les services de la Région et les élus sont à disposition des citoyens au quotidien quand il y a des volontés d’interpellation, y compris critiques. Il n’était pas possible ou envisageable d’y répondre sous la menace. La Région Bretagne portera plainte, ainsi que Fanny Chappé, Conseillère régionale, qui a été violemment bousculée, et Olivier Allain, Vice-président à l’agriculture, qui a été menacé. J’adresse toute ma sympathie à celles et ceux que cette intrusion a choqués. Et je veux redire que je ne peux tolérer que la violence s’invite dans un hémicycle fait pour le débat."
Condamnation également du président de l'Assemblé nationale, Richard Ferrand, conseiller régional finistérien, retenu à Paris, qui s'est élevé sur Twitter contre cet "irruption violente" des faucheurs olontaires. " L’irruption de la violence dans une assemblée démocratique est intolérable. Les menaces et les actes à l’égard des élus placent leurs auteurs en marge de la République, de la Bretagne tolérante et ouverte que nous aimons ". 
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