Amiante : des employés municipaux de Tours espèrent que le tribunal va reconnaître leur préjudice d'anxiété

Exposés à l'amiante lors de travaux sur les stations d'eau sur l'île Aucard et l'Ile aux vaches entre 2000 et 2012, huit employés de la Métropole de Tours espèrent que le tribunal administratif d'Orléans reconnaisse leur statut de victime le 29 avril prochain. Leur mal : "le préjudice d'anxiété". 

Les huit employés municipaux de Tours seront entendus au tribunal administratif d'Orléans le 29 avril 2021
Les huit employés municipaux de Tours seront entendus au tribunal administratif d'Orléans le 29 avril 2021 © Alain Heudes-FranceTV

J'ai des problèmes de sommeil, de perte d'appétit, je surréagis pour des petits problèmes, j'angoisse à chaque examen médical

David Courant, employé de la Métropole de Tours exposé à l'amiante

 

Ces troubles, les employés municipaux de Tours exposés à l'amiante entre 2000 et 2012 alors qu'ils travaillaient sur les stations d'eau de l'Ile Aucard et de l'Ile aux vaches, les subissent depuis près de 10 ans. S'ils vont au tribunal le 29 avril, c'est pour être indemnisés au titre du préjudice d'anxiété. Mais pas seulement. 

"Nous attendons une réparation pour le préjudice d'anxiété, mais nous nous battons aussi pour faire prendre conscience aux gens que cette fibre tueuse est partout dans les maisons surtout les anciennes constructions. Il faut qu'ils se protègent", explique David Courant, agent du service de l'eau de la Métropole de Tours. Il est un des huit plaignants qui attendent réparation pour préjudice d'anxiété à l'audience du tribunal administratif d'Orléans du 29 avril. 

"Sur les quinze personnes exposées à l'amiante, nous ne sommes que huit à demander réparation. Certains voulaient tourner la page. D'autres avaient peur des représailles. Cette période a été très longue et difficile pour tout le monde", complète-t-il.  

Le cancer d'un collègue à l'origine des inquiétudes

En 2012, un de leurs collègues, décédé en septembre 2020, est diagnostiqué pour une forme rare de cancer. 

"C’est là qu’on a tiré la sonnette d’alarme auprès de la mairie. Notre collègue a déclaré un cancer broncho-pulmonaire en juin 2012. A l’époque, les médecins lui ont demandé s’il avait été en contact avec l’amiante. Il a répondu que non. En fait si, mais il ne le savait pas," explique Jean-Jacques Prodhomme, l'ex-secrétaire CGT des municipaux. Il accompagne ses agents depuis le début. 

Ce collègue était électricien à la station d’eau potable de la Ville de Tours sur l’Ile Aucard.  Il a travaillé quand les puits ont été refaits. Il a dû creuser des tranchées pour remettre en électricité ces puits réhabilités. C'est pendant ces travaux qu’il aurait été en contact avec l'amiante.

"La maladie de notre collègue décédé a bien été reconnue comme maladie professionnelle liée à l'amiante. Son épouse touche une indemnité pour cela", ajoute l'ancien secétaire CGT des municipaux de Tours.  

"La reconnaissance de sa maladie professionnelle a pris beaucoup de temps. D'ailleurs un autre collègue est décédé l'année précédente. Et là, la Métropole refuse d'entende parler de maladie professionnelle. Ce sera aussi au tribunal d'en décider," annonce David Courant. "Deux décès en peu de temps dans une équipe d'une vingtaine de personnes, tout le monde peut comprendre que nous pouvons nous inquiéter pour notre propre santé. " 

Des années exposées à la poussière d'amiante sans le savoir

De 2000 à 2009 sur l’Ile Aucard et de 2009 à 2012 sur l’Ile aux Vaches, une campagne de travaux est lancée sur les puits de captage. Un entreprise privée devait les réhabiliter. Pour ça, il a fallu concasser la fibre de ciment. 

David Courant intervenait comme électromécanicien sur l'Ile Aucard à cette époque. " Nous n'étions pas amenés à travailler directement dans les puits. En revanche, il y avait toujours beaucoup de poussière et nous y allions sans protection. Personne ne nous a jamais dit que c'était dangereux et surtout qu'il y avait de l'amiante. " 

Ensuite, les déchets amiantés auraient été laissés longtemps sur place." A l’Ile aux Vaches, ils auraient même servi à faire des remblais autour des nouveaux puits ", raconte Jean-Jacques Prodhomme. 

L'exposition à l'amiante reconnue en 2019 après un référé-expertise 

En 2016, la CGT (Municipaux, Métropole et Union départementale) ainsi que l'ADEVA Centre (Association régionale des victimes de l’amiante), décident de demander une expertise indépendante des deux sites.

En 2018, ils déposent un référé-expertise auprès du Tribunal administratif d'Orléans. Le rapport a été rendu début 2019 et a confirmé la présence de déchets contenant de l'amiante près des anciens puits de captage et d'exploitation d'eau potable sur l'Ile Aucard et sur l'Ile aux Vaches. 

"Cette expertise était essentielle pour prouver nos craintes. Ce sont les syndicats et l'ADEVA qui ont dû payer cette expertise. Le tribunal administratif de Poitiers doit se prononcer sur le remboursement de ces frais qui s'élèvent quand même à plus de 3000 euros," explique Jean-Jacques Prodhomme. 

 

Photo d'illustration Ile Aucard à Tours
Photo d'illustration Ile Aucard à Tours © Luc Pérot-FranceTV

Ville de Tours ou Métropole ? 

A l'époque des faits, le service de l'eau était sous la responsabilité de la Ville et non de la Métropole. Ce n'est que depuis 2017 que le service de l'eau est intégré à  la Métropole.

"Notre plainte a d'abord été tournée vers la Ville de Tours, puis vers la Métropole", explique David Courant. "C'est toute la difficulté de ce dossier. Tout le monde se renvoie la balle et personne ne prend ses responsabilités". Il ajoute : "Je n'ai jamais compris pourquoi la Ville et la Métropole ne se sont pas retournées contre l'entreprise privée qui avait fait les travaux. "  

Lorsque le Service de l'Eau a intégré la Métropole, une attestation d'exposition à l'amiante a été délivrée aux employés. "On peut au moins reconnaître ça à la Métropole. Alors que la Ville de Tours n'a jamais voulu reconnaître quoi que ce soit, quand nous avons intégré la Métrople, nous avons reçu ces attestaions qui prouvent bien notre exposition à l'amiante,"  concède le plaignant aussi élu au CHSCT. 

Dépollution réalisée à l'Ile Aucard mais pas encore à l'Ile aux Vaches

La dépollution des sites faisait partie des revendications des agents municipaux en 2019. Elle avait été estimée à 13 millions d’euros : 11 millions pour l'Ile aux Vaches et 2 millions pour l'Ile Aucard. 

L'Ile Aucard a été dépolluée l'été dernier et l'Ile aux Vaches devrait suivre dans quelques mois. 

"Aujourd'hui, la Métropole prend les choses à bras le corps. Mais nous, nous vivons dans la peur constante", conclut David Courant en attendant l'audience.

"Moi après l'audience quel que soit le jugement, j'aurai toujours l'épée de Damoclès au-dessus de la tête. Est-ce que je vais déclarer une pathologie liée à l'amiante dans six mois, dans un an, dans dix ans ? Personne ne le sait..."

Une plainte au pénal a aussi été déposée pour mise en danger d'autrui et enfouissement de déchets dangereux. Elle a été transmise au Pôle santé à Paris. 


 

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