"C’est la tristesse qui domine" : les politiques du Centre-Val de Loire rendent hommage à Jacques Chirac

Pierre angulaire de la Vème République et personnage aussi controversé qu'admiré, Jacques Chirac s'est éteint ce 26 septembre, à l'âge de 
Jacques Chirac à Saint-Tropez, en 2011.
Jacques Chirac à Saint-Tropez, en 2011. © SEBASTIEN NOGIER / AFP
Grâce aux Guignols, et à cette constante française qui veut qu'on aime d'avantage un homme qui quitte le pouvoir qu'un homme qui le détient, il avait fini par devenir "tonton Chirac". Maire, député, ministre, président... Il est peu de fonctions que Jacques Chirac n'aura pas occupé dans la Vème République. L'homme politique s'est éteint ce 26 septembre, "au milieu des siens, paisiblement", a annoncé sa famille à l'AFP.

Depuis, les personnalités du monde politique se relaient pour rendre un hommage, parfois contrasté, à l'ancien président, honoré d'une carrière politique de 40 ans. 
 

"Il avait serré tellement de mains" : nos élus se souviennent de Jacques Chirac

 
Jacques Chirac était un homme très chaleureux, comme je l’ai constaté lors de toutes mes rencontres avec lui. Je retiens de sa vie politique plusieurs événements. D’abord, quand j’étais député avec lui, en 1981, il a soutenu et voté l’abolition de la peine de mort. Deuxièmement, il a reconnu au Vel d’Hiv la faute de l’Etat Français sous le régime de Vichy, et il est venu à l’inauguration des nouveaux bâtiments du Cercil dans le même esprit. Il a été précurseur par rapport à l’écologie, en disant "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs". Et il a été un homme de culture, avec ce fabuleux musée des arts premiers, pour lesquels il était absolument passionné.

Sur le plan orléanais, je me souviens de sa venue aux fêtes de Jeanne d’Arc, en 1996. Je l’avais invité en tant que maire, il venait d’être élu, il m’avait dit : « Jean-Pierre, évidemment que je viens ». Il a fait un grand discours sur Jeanne D’Arc et la France, et il y a eu une grande ferveur populaire. Il a tellement serré de mains, le cortège n’a jamais pris autant de retard que quand il est venu.


 
Moi, Jacques Chirac, je l’ai rencontré à deux reprises. C’est un homme qui était extraordinaire d’humanisme, de sens de l’autre. Il était aussi une bête politique, il a fait de très belles choses pendant ses 11 ans de présidence, mais aussi localement. Mon mari est corrézien, et on se souviendra qu’il a beaucoup fait pour la Corrèze. C’est quelqu’un qui restera dans nos souvenirs comme un grand homme, et un grand homme d’Etat.

 
Jacques Chirac, ça m’évoque la proximité, la ruralité, des engagements internationaux : "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs"… Un homme à la fois de terrain, extrêmement sensible, et ouvert aux cultures du monde. Quelqu’un qui a œuvré pour une forme de réconciliation nationale. C’est un président important de notre Vème République, il y a beaucoup d’émotion et de tristesse à le voir partir. J’adresse bien sûr mes condoléances à sa famille, ses proches, et ses compagnons politiques.

Il incarne cet homme politique aux multiples facettes, capable de taper sur le cul d’une vache comme d’ériger le musée du quai Branly, c’est pas donné à tout le monde ! Je sais l’attachement du monde rural à son action, qui appréciait l’homme de terrain capable de boire une vingtaine de bières à l’ouverture du salon de l’agriculture. Un bon vivant, mais quelqu’un de cultivé et sensible… Quelqu’un de très riche, en définitive.

 
 
C’est la tristesse qui domine, même si ça faisait longtemps qu’on ne le voyait plus beaucoup, on savait qu’un jour il aurait cette triste nouvelle. Je me souviens surtout d’un échange téléphonique, qu’on a eu en 2001 lorsque j’ai été élu maire de Blois face à Jack Lang. C’était un appel qui m’avait fait très plaisir, c’est quelqu’un pour qui j’avais beaucoup de respect et d’estime, et il était ce soir-là très joyeux. J’avais trouvé quelqu’un de très simple, rieur et je garde cette image de lui.

Ce n’était pas seulement un grand homme politique français, mais un homme qui aimait la bonne chère, qui aimait rire, qui savait prendre les choses telles qu’elles étaient. Il était aussi empreint d’émotion, quand les événements étaient plus graves. Il avait cette capacité à incarner la France comme une grande nation qui méritait qu’on la respecte. On se souvient des salons de l’agriculture, de la coupe du monde 98 où il avait du mal à énoncer les noms des joueurs… C’était tout ça.

   
C’est une émotion, parce qu’il a été président de la République, et comme beaucoup de français je lui avais accordé ma confiance pour qu’il défende les valeurs de la République face au risque de l’extrême-droite. Aussi parce que j’étais à ses côtés lors de l’une de ses dernières sorties publiques, en 2011, en présence de Simone Weil, pour l’inauguration des locaux du Cercil. Je me souviens très bien de l’émotion que nous partagions à ce moment-là par rapport à cette tragédie. Il était là, silencieux, nous partagions cette conviction que la paix, que les valeurs fondamentales de notre société mériteraient toujours d’être défendues face à la barbarie.
 
Jacques Chirac a eu un certain nombre de ses engagements, comme cette campagne qu’il a menée où il mettait en avant la thématique de l’écologie, où de la fracture sociale. On doit certainement dire que les politiques mises en œuvre n’ont pas été à la hauteur des appels à la conscience qu’il lançait. Pour autant, ces sujets de la fracture sociale, du réchauffement climatique, sont tellement actuels et nécessitent tellement que nous nous rassemblions tous pour les porter… C’est un parcours politique à droite, mais c’est aussi le parcours d’un républicain.
 
C’est 40 ans d’histoire politique qui disparaissent avec lui. Je retiens un élu très ancré dans son territoire, son attachement à la Corrèze. Il restera aussi le Non à la guerre en Irak, cette voix, singulière à l’époque, qu’il avait fait entendre. Ce qu’il avait dit sur "notre maison qui brûle", et qui est terriblement actuel. C’était un lien très charnel, un mélange de force et de proximité.  
 


Des hommages et des réserves


Une partie de la classe politique et des citoyens ont tenu à nuancer les éloges qui affluent depuis la fin de la matinée. Si ces opposants saluent la carrière et l'action de l'ancien président de la République, ils refusent une forme d'évangélisation de Jacques Chirac. 

La députée Danièle Obono a notamment fait référence au Discours d'Orléans, prononcé en 1991. Jacques Chirac s'y prononce contre le regroupement familial, et tient des propos racistes contre les immigrés, qu'il dépeint comme des plygames profiteurs du système de protection social français, en précisant qu'il faut y ajouter "le bruit et l'odeur".  Jacques Chirac, c'est aussi celui qui est Premier ministre lorsque les "voltigeurs", ces policiers à moto et matraque chargés de mater la contestation étudiante de 1986, assassinent Malik Oussekine. Il est président de la République, en 2005, lors de la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré, deux adolescents électrocutés dans un transformateur, alors qu'ils sont poursuivis par la BAC. Cette tragédie entraînera un mois d'émeute dans les banlieuses françaises, alors que le gouvernement refuse de reconnaître la responsabilité des forces de l'ordre. 
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