Cars bondés, arrêts non desservis : le transport scolaire en forte tension

Publié le

Des cars trop pleins ou d'autres qui déposent des élèves loin de leur destination, ont attiré l'attention sur les problèmes du réseau Rémi en Centre-Val de Loire. En cause : un manque de chauffeurs au niveau national.

En rentrant chez elle depuis le lycée Ronsard de Vendôme, dans le Loir-et-Cher, une lycéenne ne s'attendait pas à être déposée à près de dix kilomètres de son domicile. "Sur le trajet, le car s'arrête au collège de Oucques pour prendre les collégiens", explique Jocelyne*, la mère de la jeune fille de 15 ans, qui réside à Marchenoir, petite commune de 700 habitants.

La chauffeuse dit à ma fille et à 3 autres enfants du lycée de descendre car il n'y a pas assez de place. Et comme il n'y avait encore pas assez de place les trois enfants ont pris leur frère et sœur plus jeunes avec eux. Sept enfants sont restés sur le trottoir et le car est parti avec les excuses de la chauffeuse. La belle affaire !

Jocelyne S.*, habitante de Marchenoir

Plusieurs cas à travers la région

Le cas de la fille de Jocelyne S.* ne semble pas isolé, ni dans l'espace ni dans le temps. Depuis plusieurs semaines, plusieurs cas de bus trop pleins ou même absents sont signalés. En Touraine, depuis le 25 avril, tous les deux jours, des cars scolaires  entre le village de Luzillé et le collège de Bléré sont purement et simplement supprimés, écrivent nos confrères de la Nouvelle République.

En fin d'année dernière, des parents d'élèves du collège d'Artenay, cette fois dans le Loiret, racontaient à France Bleu, photo à l'appui, comment leurs enfants étaient parfois obligés de s'assoir à même le sol dans des cars bondés.

Salaires bas, temps partiel : le transport n'attire pas

Le transport scolaire est une compétence du Conseil régional, déléguée, à travers la marque Rémi, à des entreprises spécialisées comme Transdev. Le problème, c'est que les métiers du transport en général sont sous tension. "Il y a un problème national de recrutement et de pérennisation des emplois dans le transport", explique Philippe Fournié, vice-président de la Région délégué à la mobilité et aux transports.

En cause, une "convention collective d'un autre siècle", qui autorise des salaires bas et des conditions de travail difficile. "Il y a aussi beaucoup de temps partiels", explique le vice-président régional. Dans ces conditions, forcément, difficile de recruter. Et c'est sans compter la crise du Covid-19 ou le conflit social qui a agité les entreprises de transport dans le Loiret et l'Eure-et-Loir fin 2021.

Les gens, quand vous leur proposez du temps partiel, dans des conditions compliquées à 700 ou 800 euros par mois, ils s'en vont, et quelque part on peut les comprendre.

Philippe Fournié, vice-président du Conseil régional délégué aux transports

Relever le défi de la formation

Même si la Région ne possède pas tous les leviers pour régler un problème national, et lié aux tensions entre employeurs et salariés, certaines mesures existent. 

Les initiatives de Développement de l'emploi par des formations inclusives (Défi) mises en place par la Région permettent de mettre en contact des travailleurs avec des organismes de formation et des entreprises volontaires pour les engager sur un CDD d'au moins six mois ou un CDI. "Nous avons organisé 178 Défis, avec 10 à 12 personnes par atelier, dont la moitié se sont déroulés dans le secteur du transport", indique Philippe Fournié.

Par ailleurs, dans le cadre d'une délégation de service public, la Région va demander aux transporteurs que "plus de 90% des contrats soient en temps plein". En revanche, si d'autres territoires ont fait appel à des chauffeurs venus de l'étranger, "ce n'est pas notre stratégie" assure le vice-président, qui préfère insister sur la formation et l'évolution des salaires. Chaque jour, 2700 circuits scolaires sont desservis par les cars Rémi en Centre-Val de Loire.

* : le prénom marqué d'un astérisque a été modifié pour préserver l'anonymat de la témoin