Centre-Val de Loire : comment lutter contre les déserts médicaux ?

© France 3 CVDL
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Comment lutter contre les déserts médicaux ? La question est complexe et surtout... urgente, notamment dans notre région car le Centre-Val de Loire est touché de plein fouet par ce phénomène. Les habitants attendent des avancées.

Par Isabelle Racine

La région Centre-Val de Loire est un désert médical : pas facile de se faire soigner, de consulter un spécialiste et même tout simplement d'avoir un médecin généraliste référant.
Dans sa lettre d'information "Comment lutter contre les déserts médicaux", la direction générale du Trésor met en avant un certain nombre de mesures (certaines apparaissent déjà dans la loi "Ma santé 2022") :
► la refonte des études en santé,
► le déploiement de 400 généralistes en zones sous-denses, 200 d'entre eux pourront combiner un exercice hospitalier et un exercice en ville
► création de 1000 communautés professionnelles territoriales de santé,
► la mise en place d’assistants médicaux pour "libérer" du temps pour le médecin qui se concentre sur les soins.

D’autres mesures pourraient renforcer la lutte contre les déserts médicaux :

► l’incitation à s’installer en zones sous-denses,
► l’adaptation des études à l’internat,
► la sensibilisation des internes aux stages en zones sous-denses.

Depuis les années 2000

La désertification médicale est un phénomène qui ne date pas d’hier. Il faut remonter au début des années 2000 : on commence à qualifier alors certains territoires français de "déserts médicaux". Ce sont des territoires qui ont des difficultés, variables selon les spécialités, à maintenir une offre suffisante de médecins. Cette situation va perdurer malgré la mise en place d'aides incitant les médecins à s'installer en zone sous-dense, une mesure dont l'efficacité reste à évaluer.
Le plan de transformation du système de santé "Ma santé 2022" propose des réponses à long terme au manque général de médecins :

► la suppression du Numérus clausus, qui limitait les effectifs de médecins à la fin de la première année d'études  
► le renforcement du nombre de consultations à nombre de médecins inchangé (via le déploiement d'assistants médicaux).
 
Evolution du numerus clausus depuis 1971 / © DG Trésor
Evolution du numerus clausus depuis 1971 / © DG Trésor


Par ailleurs, certaines mesures pourraient intervenir au moment des études de médecine :

► en fléchant des places à l'internat vers des installations dans ces zones ou en ouvrant des places supplémentaires pour les premiers étudiants réorientés au cours du premier cycle, à condition qu'ils s'installent en zone sous-dense
► en réallouant les places à l'internat dans les spécialités attractives vers les régions ayant des difficultés à attirer les nouveaux internes
► en sensibilisant les étudiants en médecine à la médecine générale en zone sous-dense.

Remise en cause de la liberté d’installation

La lettre d'information de la direction générale du Trésor note que l'augmentation à terme du nombre de médecins ne peut être une mesure suffisante. Pour régler l’adéquation entre offre et besoins dans les zones sous-denses, il faut apporter des réponses complémentaires aux déséquilibres territoriaux. Le principe de liberté d’installation, si cher aux médecins, pourrait être adapté… du moins temporairement dans certaines zones particulièrement sinistrées. L’objectif est d'éviter une accumulation de l'offre là où elle est déjà très forte et de tendre à une plus grande adéquation entre densité médicale et première installation. « Ceci ne pourrait être mis en place que de façon progressive et en étroite concertation avec les médecins, pour ne pas risquer d'affecter l'attractivité de l'exercice libéral. » Trésor Eco numéro 247

François Bonneau, le président de la région Centre-Val de Loire estime "qu'il est grand temps d'être un peu plus directif, que la seule incitation ne permet pas d'assurer l'égalité de l'accès aux soins.". En Centre-Val de Loire, 92 maisons de santé pluridisciplinaires ont été créées, financées par les pouvoirs publics, elles ont attiré des médecins mais l'effort n'est pas suffisant car le nombre de médecins qui va partir à la retraite en 2026 et 2027 va encore accentuer le déficit en médecins".
Il estime qu'il est nécessaire de mettre en place un conventionnement différencié entre le médecin dont on a besoin et celui qui serait plus utile ailleurs. "Il n'est pas normal que, sur la côte d'Azur, il y ait 40 fois plus de médecins psychiatres par habitant qu'en Centre-Val de Loire. Il ne voit pas d'inconvénient à ce qu'un acte soit valorisé de 20 % dans les zones dites "tendues".

Stéphanie Rist est députée LREM du Loiret. Médecin, elle a été co-rapporteur de la loi "Ma Santé 2022". Elle estime "qu'il serait contre-productif d'obliger les jeunes médecins à s'installer dans les zones sinistrées car il n'y a de toute façon pas assez de médecins formés. Les jeunes médecins iront prendre des postes de salariés car il y a 20 000 postes de médecins salariés disponibles et plus personne n'ira s'installer en libéral. Quand il y aura assez d'étudiants formés, on pourra peut-être imposer aux étudiants d'exercer pendant deux ans dans la région où ils auront été formés. Mais, le problème, c'est qu'en Centre-Val de Loire, il y a deux fois moins d'étudiants formés par rapport au nombre d'habitant que dans d'autres régions.

Selon la députée, en attendant les effets de la suppression du numerus clausus, les solutions sont ailleurs. A cours et moyen terme, il faut faire gagner "du temps médical" au médecin en transformant les métiers et en créant des professions intermédaires comme l'infirmière en pratique avancée, l'assistant médical. Des études ont montré que le temps libéré ainsi pour les médecins leur permet de voir 30 % de malades en plus.






 

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