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Déserts médicaux : pourquoi les jeunes médecins fuient-ils le milieu rural ?

La région Centre-Val de Loire reste l'un des plus grands déserts médicaux en France. Pourtant, de jeunes médecins sont formés chaque année par la faculté de Tours en Indre-et-Loire. Après leurs études, peu d'entre eux choisissent de rester malgré les sollicitations. 

Par Bertrand Mallen

La scène est fictive, mais l'image est parlante. Elle provient d'une caricature de Plantu. On y voit un maire accueillir un nouveau médecin dans son charmant petit village avec, en toile de fond, une école, un bureau de poste et un poste de police, tous fermés. "Allez mon pote ! Il faut montrer l'exemple !" lance l'édile. C'est un peu ce qu'on attendrait des jeunes diplômés, selon Morgan Caillault, vice-président du GRACE-IMG, le groupe représentatif des étudiants en médecine générale de la région Centre-Val de Loire. "Les déserts médicaux ne sont justement pas que médicaux", diagnostique cet interne installé à Châteaudun.

L'archétype du médecin de village, corvéable à merci, n'existe plus !

De fait, alors que la faculté de Tours se félicite d'accueillir 6 960 étudiants en médecine, les médecins généralistes nouvellement diplômés renâclent à s'installer dans les zones sous-dotées. Une situation qui s'explique notamment par le fait que ces médecins d'exercice libéral "arrivent sur le marché du travail entre 28 et 32 ans", avec déjà une vie de famille et, pour certains, des enfants. Après neuf à dix ans d'études, ils sont généralement plus attirés par la périphéries des villes moyennes, qui cumulent facilités économiques, accessibilité et qualité de vie.

 

Fuite des services, fuite des cerveaux

C'est le cas d'Éléonore : tout juste arrivée à la fin de sa sixième année d'étude, marquée par le concours national, elle doit encore effectuer entre trois et six ans d'études, selon la spécialité qui lui sera ouverte. Elle préférerait la recherche en génétique, qui l'obligerait à déménager, mais sait que les places en médecine générale sont plus accessibles. Et, pour son mari et elle,

il est inquiétant de voir "de moins en moins d'écoles, de commerces, de gares" dans les campagnes. 


Heureusement, il existe des aides à l'installation pour les médecins en zones sous-dotées. Si elle se dirige vers la médecine généraliste, Éléonore est prête à s'installer dans une maison de santé pluridisciplinaire dans le nord du Loir-et-Cher. "Le problème de ces aides, note Morgan Caillault, c'est qu'elles sont de courte durée. Au-delà de trois à cinq ans, les gens ont tendance à repartir dans des endroits qui les intéressent davantage."
 

Imposer l'installation, "ça ne marche pas"

Face à cette véritable fuite des cerveaux, les politiques sont tentés d'imposer l'implantation des jeunes médecins et des docteurs. Deux propositions du rapport de la mission ruralité, remis à Jacqueline Gourault le 26 juillet, vont d'ailleurs dans ce sens. La première prévoit ainsi de "rendre obligatoire les stages des internes en milieu rural, ce qui représenterait l’équivalent de 3000 médecins immédiatement disponibles", et la deuxième "d'accélérer le recrutement de 400 médecins salariés par le Gouvernement en zones sous-dotées et porter ce nombre à 600".

Des propositions battues unanimement en brèche par les carabins.

Il est impossible d'imposer des choses dans le domaine de la santé, ça ne marche pas,

tranche Morgan Caillault, qui regrette le manque de dialogue entre professionnels, politiques et étudiants sur le sujet. Imposer les stages en milieu rural, comme le fait déjà un amendement de la loi santé voté à une large majorité par les sénateurs en juin, serait dangereux. "Il ne faut pas oublier qu'un interne, au même titre que tout étudiant en médecine, est en formation. Si on le met à un endroit où il risque pour une raison ou une autre d'être moins bien formé, c'est prendre le risque qu'il y ait des erreurs de faites, qui ensuite vont se répercuter dans sa vie professionnelle."

Quant à l'augmentation du nombre de médecins salariés, ce n'est pas non plus une solution miracle. "Ça arrange l'État que cet exercice médical reste libéral", poursuit l'étudiant. Un médecin généraliste libéral "ne compte pas ses heures", et assure souvent d'autres fonctions : la comptabilité, la gestion des rendez-vous, la logistique. Autant de métiers qui nécessiteraient la création de postes salariés en plus, et augmenteraient le temps d'attente des patients.

 

Plus de dialogue et moins de fermetures

Le problème est-il insoluble ? Sans doute pas. Une première étape serait de sensibiliser le plus tôt possible les étudiants aux attraits de la ruralité. "Il ne faut pas cibler les internes, il faut toucher les étudiants beaucoup plus tôt. Ce qui nous aide à nous installer, ce sont les stages, qui nous font connaître le territoire où on a besoin de médecins." Et, par conséquent, il est également nécessaire d'enrayer la fermeture des services, notamment dans les hôpitaux. Car un service qui disparaît, c'est un terrain de stage en moins, et une opportunité d'implantation d'un nouveau médecin qui s'envole. "C'est un cercle vicieux", conclut Morgan Caillault.

Donner le plus tôt possible les clés du territoire aux futurs médecins et renforcer le dialogue entre responsables politiques, professionnels et étudiants sont donc deux clés essentielles pour enrayer la désertification médicale. Mais c'est aussi une affaire de choix politiques à long terme : toute décision prise en 2019 n'aura de conséquences, au mieux, que d'ici cinq à dix ans.

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