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Santé : Facebook, banderoles et bus pour lutter contre les déserts médicaux

Photo d'illustration / © Pixabay / Parentingupstream
Photo d'illustration / © Pixabay / Parentingupstream

La ville de Senonches a publié cette semaine sur Facebook une annonce pour trouver un médecin. Quelques mois plus tôt, c’était la mairie de Saint-Romain-sur-Cher qui, en quête de docteurs, déployait des banderoles géantes. Face aux déserts médicaux, les communes cherchent des solutions.
 

Par Julie Postollec

Y a-t-il un médecin dans la ville ? De plus en plus, la réponse tend vers le non, et les édiles de la région Centre-Val de Loire le savent bien.

Le secteur de Senonches (Eure-et-Loir) n’est pas un désert médical, en tout cas pas encore, et le maire Xavier Nicolas prend les devants pour enrayer le phénomène.

Il a décidé de publier sur son compte Facebook une annonce pour trouver un médecin généraliste, car l’un des cinq docteurs de la communauté de communes, pourtant loin de la retraite, veut arrêter à la fin de l’année.
 

"Il n'en peut plus"

"J’ai longuement discuté avec lui, confesse Xavier Nicolas, il n’en peut plus. Le nombre de rendez-vous, la pression d’un côté de la sécurité sociale, de l’autre des patients… Tout cela devient insupportable pour lui."

En accord avec ce praticien, l'édile a donc amorcé des recherches, par le bouche-à-oreille et "les cabinets de recrutement qui nous avaient donné satisfaction par le passé. Mais hélas, rien".

Après trois mois infructueux, il a donc décidé, en discutant avec ses équipes, d’utiliser les réseaux sociaux pour diffuser son annonce. Il attend pour l’instant des retours.


"Situation tendue"

"Il y a actuellement 5 médecins généralistes (4 à Senonches 1 à Le Ferté-Vidame) pour 10.000 habitants", tempère Xavier Nicolas. "Mais si ce médecin s’arrête et n’est pas remplacé, là on sera dans une situation tendue", d’autant que les autres praticiens sont proches de la retraite.

Si un autre "arrêtait à cause de l’âge, effectivement on serait dans une situation catastrophique", prédit le maire de Senonches.


4 banderoles de 7 mètres

Michel Trotignon, le maire de Saint-Romain-sur-Cher (Loir-et-Cher) est, lui, déjà confronté à cette situation catastrophique. Le cabinet de la ville comptait trois docteurs, aujourd’hui il n’y a plus de médecin actif.

L’édile a tout fait pour attirer des jeunes : "On a envoyé 150 lettres dans différents hôpitaux de la région parisienne, du grand Ouest, pour essayer d’avoir des internes qui terminent leurs études. On a sollicité une douzaine de facs de médecine". Mais ces démarches n’ont rien donné.

Alors il y a trois mois, la commune a installé quatre banderoles, de 7 mètres de long. Le message écrit en lettres géantes est clair : "la mairie de Saint-Romain recherche médecins généralistes", comme vous pouvez le voir sur cette photo.
Saint-Romain-sur-Cher a installé 4 banderoles géantes pour trouver des médecins. / © Bertrand Mallen / France 3 Centre-Val de Loire
Saint-Romain-sur-Cher a installé 4 banderoles géantes pour trouver des médecins. / © Bertrand Mallen / France 3 Centre-Val de Loire

Elles ont été mises à des endroits stratégiques, à l’entrée et à la sortie du village qui est sur la départementale qui mène au zoo de Beauval, et au carrefour de l’autoroute A85 "qui voit passer beaucoup de monde", précise le maire.

"Cette façon de procéder inédite dans notre secteur semble donner son petit effet", savoure l'édile, qui ne crie pas pour autant victoire.

 

"Le parcours du combattant"

Parmi les premières retombées, une jeune femme malgache. "A Madagascar, c’est le même cursus qu’en France, la validation ne posait donc pas de souci. Mais dans la mesure où Madagascar ne fait pas partie de l’Union Européenne, il fallait qu’elle fasse trois années d’internat supplémentaires. Or nous, on a besoin de médecins maintenant", souffle Michel Trotignon, et cela décourage les étrangers.

Mais le maire croit en une piste sérieuse. "Un médecin roumain semble vraiment intéressé pour s’installer à Saint-Romain, on est sur ce dossier depuis quelque temps."

Il sait que rien n’est gagné pour autant. "C’est le parcours du combattant. Rien n’est fait pour faciliter l’installation. Je ne dis pas qu’il faut installer n’importe qui n’importe comment, mais devant le problème énorme qu’est celui du manque de médecins dans nos zones rurales en particulier, il y a un réel effort à faire, qui d’après moi n’est pas fait."

Il s’appuie sur l’exemple de l’Allemagne où à sa connaissance, un médecin étranger peut valider ses diplômes et s’installer, sans avoir besoin de passer trois années d’études supplémentaires.

Je ne sais pas si nos décideurs prennent vraiment conscience du drame qui est en train de se jouer dans nos campagnes.


Un bus santé pour les 30.000 habitants de Dreux

Dans les campagnes mais aussi dans les villes. Dreux, deuxième ville d’Eure-et-Loir avec 30.000 habitants, souffre elle aussi d’un manque de médecins. La moitié d’entre eux est partie en cinq ans, il n’en reste aujourd’hui qu’une dizaine.
Les cabinets refusent désormais de nouveaux patients, faute de place.

La ville a donc décidé d’investir 80.000 euros dans un bus aménagé, baptisé Bus Santé. Depuis le 15 mai, il sillonne Dreux pour faire de la prévention, notamment pour dépister des maladies chroniques, car le taux de mortalité lié notamment au diabète ou à l'alcool dans la commune est largement supérieur à la moyenne régionale et nationale.

A l’origine de ce bus, Naïma M'Faddel-N'Tidam, adjointe au maire en charge de la santé et l'action sociale. "On n'attend pas que les gens viennent à nous, on va vers eux", dans des quartiers prioritaires mais aussi en centre ville. "On a sociologiquement deux populations différentes, et on a vu tout de suite l'engouement que ça suscitait", se réjouit l'élue.
 

La médecine itinérante interdite

A terme, Naïma M'Faddel-N'Tidam souhaiterait que ce bus puisse accueillir des consultations. Mais celles-ci ne peuvent être effectuées pour l'instant, car la médecine itinérante est interdite, et les exceptions très encadrées.
La ville monte actuellement avec l’hôpital de Dreux un dossier pour faire partie de ces exceptions.

"On travaille sur une convention pour cadrer les moyens d'intervention, sécuriser le dossier du patient", détaille Cécile Cabrita, directrice du Centre communal d'action sociale.
Le dossier sera examiné par le conseil de l'ordre des médecins en octobre prochain.

Le conseil régional, lui, se réunira en novembre au CHU de Tours pour une session dédiée au problème de la démographie médicale.
 

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