Coronavirus : les explications du Professeur Prazuck, chef de Service à l'hôpital d'Orléans

Le Professeur Thierry Prazuck est Chef de service des maladies infectieuses et tropicales, Chef du pôle des médecines à forte consultations Centre hospitalier régional d'Orléans. Il revient sur le développement du Covid-19, son origine, sa transmission.
© Drew Hays / Unsplash
Le point de départ se situe dans la région du Hubei, en Chine, probablement sur les marchés où la promiscuité entre les hommes et les animaux est forte. Les Chinois y consomment des animaux sauvages, type chauves-souris, chiens, pangolin, serpent, etc

Avec le développement du commerce international, du tourisme, les porteurs du virus vont d’un endroit à un autre et le "coronavirus" se propage très rapidement puisque une personne infectée contamine trois personnes. C’est davantage que la grippe saisonnière qui a une mortalité de 0,1 %. Pour la grippe saisonnière, on peut avoir plus de 100 000 nouveaux cas par semaine.

Le coronavirus est une nouvelle maladie. Aucun humain n’est immunisé. La mortalité se situe entre  2 et 5 %, peut-être 10 % en Chine.

Le laboratoire  P4 de Wuhan avec lequel on travaille possède des virus modifiés, les séquences du coronavirus que l'on voit en ce moment dans le monde ne correspondent pas à une manipulation génétique. Donc le virus actuel ne vient pas de ce laboratoire.

 Le SRAS vient de la civette, le H5N1 est lié à la présence de cochons, volailles et humains dans un même village, dans plusieurs maisons en Asie du sud-est. En clair, c'est toujours grâce à la promiscuité avec l'animal que le virus arrive à contaminer l’homme.

Concernant le Covid-19, les Chinois sont responsables. On ne peut pas manger n’importe quoi et avoir une organisation où les animaux sauvages sont en contact direct avec l’homme.

Il y a le monde sauvage, le monde humain et le monde domestique. Les animaux domestiques sont surveillés avec des règles sanitaires. Eux peuvent être mangés.
 Il y a des animaux sauvages qui sont porteurs de virus depuis des millions d’années. Ils ne sont pas contaminants dans le monde animal tant qu'ils ne sont pas en contact avec les humains. Mais dès que l’homme s’introduit dans le milieu de animal, le virus l’infecte.

L’exemple typique est celui du Sida et d'Ebola  qui viennent du singe et du gorille. En Afrique, certains hommes chassent ces deux espèces dans la nature puis les mangent. Les virus contaminent comme ça et l'épidémie se propage.

Il y a beaucoup de virus qui ne passe pas de l’animal à l’homme et vice versa, mais il suffit qu’un seul passe la barrière de l’homme. L’épidémie de trichinose est à l’origine de deux touristes français qui ont chassé l’ours au Canada. Ils ont tué l’animal puis ont mangé un steak d’ours saignant infecté par la trichinose.

On ne mange les animaux sauvages, il faut avoir un comportement alimentaire correct. Et le virus du covid-19 provient d’un comportement alimentaire déviant.

Le virus va se régaler...

Le système immunitaire n’a pas les armes pour développer des anticorps rapidement, ces armes qui sont fabriquées par le corps pour lutter contre le virus. On s’aperçoit sur l’étude menée actuellement, dans notre service, que les anticorps apparaissent en moyenne 13 jours après la contamination. Or le coronavirus tue à partir du huitième jour de contamination.

Attention à la deuxième vague

Une majorité de la population sera immunisée. Mais, dès la fin du confinement, on peut avoir des personnes qui seront infectées. Aujourd’hui, aucun scientifique ne connait la durée de la protection des anticorps.

Le confinement est la meilleure solution en France, car nous n’avons, pour le moment, pas assez de tests pour détecter les personnes malades. En Allemagne ils ont beaucoup plus de stocks que nous.

Le confinement permettra de casser la chaîne de l’épidémie si tout le monde reste chez soi.
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
covid-19 santé société