Coronavirus : “Il y aura beaucoup de morts”, les services psychiatriques sous tension

La crise sanitaire, dûe à l'épidémie de coronavirus, frappe de plein fouet le monde hospitalier. Alors que les services des urgences et de réanimation sont sur le front, les dommages collatéraux dans les autres services commencent à se faire ressentir.

Par Agathe Tournoux

Bien qu'encore épargnés par l'épidémie de Covid-19, les hôpitaux psychiatriques se préparent. Dans des services qui manquent de tout, l'inquiétude monte chez le personnel soignant qui craint une dégradation rapide de la situation. 
 

Fermeture de lits

Des aménagements spécifiques pour les personnes atteintes du Covid19 ont été mis en place dans les services psychiatriques. Des unités réservées aux patients malades, mais aussi des fermetures de lits pour faire face à l'urgence. 

"On est obligé de fermer des lits pour aménager des espaces de confinement et isoler les patients contaminés. On en a eu un hier, il a été placé dans une chambre seul." Pour le psychiatre Mathieu Bellahsen, chef de pôle à l'hôpital spécialisé Roger Prévot à Asnières-sur-Seine, "fermer des lits" signifie mettre des personnes fragiles et souvent marginalisées dehors.

Aujourd’hui, j’ai reçu une patiente encore délirante : elle a un domicile donc on a dû la renvoyer chez elle. Elle a accepté avec un traitement pour 15 jours, mais clairement elle avait encore besoin de 4 semaines d’hospitalisation. On les abandonne, eux et leurs proches !
 

Un suivi difficile 

Habituellement, les patients, une fois dehors, sont accompagnés et suivis. Avec les mesures prises pour endiguer l'épidémie, tous les centres de jour assurant ce suivi extra-hospitalier ont fermé leurs portes et de nombreux psychiatres ne reçoivent plus dans leur cabinet. Reste les permanences téléphoniques et la téléconsultation. 

En ces temps anxiogènes et avec le confinement imposé à la population, le risque de crises et de décompensations chez les personnes fragiles mentalement devient de plus en plus élevé chaque jour. Ne pouvant aller nulle part, elles se retrouveront aux urgences, lieu à haut risque de contamination. 

"Et après les urgences, ils seront envoyés dans nos services. Des lieux on l'on circule beaucoup, où les règles d'hygiène et de confinement sont difficiles à appliquer... Il suffit d'un cas pour que tout le service soit contaminé. C'est une poudrière !", s'inquiète Charlie, infirmier au service psychiatrique du CHU de Tours. 
 

"Une médecine à deux niveaux : une pour les fous, une pour les non-fous"

 
Mais ce qui inquiète le plus les soignants, c'est la prise en charge des personnes infectées présentant des complications. 

Mes pires craintes, c’est le tri des patients. Qu'on nous dise 'non, on ne les prend plus'. Nous n'avons aucun lit de réanimation. Les malades mentaux, comme on dit, passeront en dernier. Entre une personne saine d'esprit et un fou, vous prenez qui ?, confie Mathieu Bellahsen. A mon avis, il y aura beaucoup de morts en psychiatrie.

En effet, comme en Italie, de nombreux médecins et personnels soignants parlent d'une possibilité de faire le tri dans les patients, lorsque tous les services seront pleins.

La France compte 7000 lits de réanimation : 1297 sont occupés par des personnes atteintes du coronavirus, à la date du 20 mars. Et ce nombre croît chaque jour, alors que le pic épidémique n'est pas encore atteint. 
 

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