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Les documentaires de France 3 Centre-Val de Loire

Le lundi vers 23h00, un documentaire de 52 minutes raconte la vie des régions
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Documentaire. “Les vies secrètes des marionnettes”, à la recherche d'un trésor disparu…

L'univers des marionnettes de Temporal, un documentaire coproduit par France Télévisions et les Films du Hasard
L'univers des marionnettes de Temporal, un documentaire coproduit par France Télévisions et les Films du Hasard

Le documentaire diffusé sur France 3 Centre-Val de Loire nous emmène à la recherche d'un trésor, celui des marionnettes de Marcel Temporal. Un projet qui mène à une exposition qui a été présentée dans l'Est de la France et qui passera par le Loiret.

Par Nicolas Ricoud

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"Les vies secrètes des marionnettes", un film documentaire de Xavier Naizet, coproduit par Les Films du Hasard et France 3 Centre-Val de Loire. A voir le lundi 23 septembre 2019 à 23h00.

Dominique Temporal a passé sa vie parmi les marionnettes. Les premières qu’il a vues sont celles que fabriquait son grand-père Marcel qui, dans les années 30, brisa « l’ensecrètement », cette règle tacite du métier voulant qu’un marionnettiste ne dévoile jamais ses ficelles au public. Le livre qu’il a écrit pour révéler tous les secrets de fabrication et de manipulation a généré bien des vocations et est encore considéré aujourd’hui comme « la bible des marionnettistes. »
 
Marcel Temporal, précurseur de la pédagogie de la marionnette / © Archives famille Temporal
Marcel Temporal, précurseur de la pédagogie de la marionnette / © Archives famille Temporal


Le père de Dominique Temporal, Jean-Loup, a été l’un des grands marionnettistes de la deuxième moitié du XXe siècle avec ses spectacles d’avant-garde pour adultes (adaptations de Ionesco et d’Obaldia) et aussi ceux qu’il a conçus pour les écoles maternelles qui ont été vus par des centaines de milliers d’enfants.

Pendant près de 40 ans, Dominique Temporal a poursuivi le travail de son père, faisant le tour de France des écoles jusqu’à ce qu’il prenne sa retraite et remise ses marionnettes au grenier. Un jour, Renaud Robert, un marionnettiste qui a découvert cet art avec les livres du grand-père Marcel, est venu frapper à sa porte avec le projet de monter une exposition qui sera présentée au festival de marionnettes de Charleville-Mézières du 20 au 29 septembre 2019 et qui racontera l’histoire de la famille Temporal.
 

Pour cela, Dominique Temporal et Renaud Robert vont partir ensemble à la recherche d’un trésor disparu : les marionnettes du grand-père Marcel dont personne ne sait si elles ont été conservées.

Cette quête les mènera dans des greniers de maisons médiévales, des caves de châteaux, des réserves de musées du Loiret et de la région lyonnaise. Au fil de leurs découvertes, Dominique va retrouver l’envie de donner vie une nouvelle fois aux  marionnettes de son père et de son grand-père ainsi qu’aux siennes qui dormaient dans ses malles et qu’il va ressortir pour un ultime spectacle destiné à l’école maternelle de sa ville, Beaugency.
 
Dominique Temporal et Barnabé, le personnage vedette de ses spectacles. / © Jean-Michel Sicot
Dominique Temporal et Barnabé, le personnage vedette de ses spectacles. / © Jean-Michel Sicot


Regardez cet extrait du film. Dans un grenier, les deux explorateurs découvrent notamment les marionnettes qui ont servi à la télévision dans "Sido et Rémi" sur Antenne 2 :

 

Les personnages principaux du documentaire

♦ Marcel TEMPORAL, dit « Tempo l’Ancien » 1881 – 1964

Architecte de métier, il fut aussi décorateur, publiciste, graveur, sculpteur, dessinateur et journaliste. A côté de ces activités, il montra toute sa vie une passion pour la marionnette. Son influence est mondiale et la plupart des marionnettistes européens qui ont compté sont passés par ses « Compagnons de la marionnette » où l’on croisait aussi ses amis peintres, sculpteurs et musiciens comme Maurice Ravel ou Jules Romains. Il fut le premier à briser le secret lié à la fabrication des marionnettes dans un livre publié en 1936. Il créa aussi le 1er cours de manipulation la même année, ainsi que le premier festival international de la marionnette à Paris en 1937. En 1950, le nouveau média qu’est la télévision lui donne l’occasion d’être encore au plus près de l’innovation en animant une émission sur l’histoire des marionnettes.


♦ Jean-Loup TEMPORAL, dit « Tempo l’Ainé » 1921 – 1983

Fils de Marcel Temporal, Jean-Loup accompagne dès 8 ans son père au premier congrès de l’Union Internationale de la Marionnette en 1929. A partir de1936, il va connaître l’aventure des « Compagnons de la Marionnette. » Il continue sa formation en Allemagne auprès de la « Compagnie des Hohnsteiner » de Max Jacob au titre du STO. Après une douzaine d’années d’apprentissage, il fonde sa propre compagnie qu’il va diriger pendant 25 ans. Manipulateur remarquable, il met son ambition dans des spectacles pour adultes comme « Tueurs sans gages » d’Eugène Ionesco jouéé au théâtre de l’Odéon ou « Le Défunt » de René de Obaldia.  Il est aussi l’un des premiers artistes à avoir donné des représentations dans les écoles, écrivant lui-même des pièces pour le jeune public et créant Samba, célèbre marionnette de petit garçon africain/parisien, caractéristique d’une époque. Certains de ses textes pour enfants sont devenus des classiques de la marionnette, traduits en plusieurs langues (L’auto Boum, Le Prince de Siam, Le Petit Âne rouge...). Il a présidé l’union internationale des marionnettistes et participé à la création du premier festival de Charleville-Mézières.


♦ Dominique TEMPORAL, dit « Tempo le Jeune », né en 1947

Fils de Jean-Loup, il est d’abord photographe, puis rejoint la «Compagnie des Marionnettes Temporal » où son père lui apprend le métier sur le tas. Il fait alors de nombreuses tournées scolaires et se retrouve en Afrique où il tourne des émissions de marionnettes pour la télévision pédagogique de Côte d’Ivoire. Il prend un rôle important dans les réalisations pour adultes de son père puis fonde dans les années 70 sa propre compagnie « Les Marionnettes Dominique Temporal » et constitue son propre répertoire qu’il joue en solo dans les écoles. Pendant plusieurs années, ses personnages participent au programme Sido et Rémi dans l’émission Récré A2. Créateur du personnage Barnabé, il arête son activité en 2013.


♦ Renaud ROBERT

Né dans le chaudron de la marionnette, à Charleville-Mézières, il s’initie seul avec le livre de Marcel Temporal, puis intègre, dès onze ans, la troupe de Jacques Félix, fondateur du festival de Charleville.
En 1986, il fonde la Compagnie du Faux Col dont il devient le directeur artistique. En 1998, avec la Compagnie du Faux Col et la ville de Meung-sur-Loire, il organise la création du théâtre La Fabrique (Loiret). Depuis 2001, il dirige le festival de marionnettes Petites Formes Mouvantes et Émouvantes qui présente chaque année les plus grands créateurs de l’art de la marionnette.
 

3 questions à Xavier Naizet, l'auteur du documentaire

♦ Qu'est-ce qui vous a motivé à réaliser un film sur ce sujet ?

Je connais Dominique Temporal, le dernier de la lignée de cette grande famille de marionnettistes, depuis plusieurs années mais jusqu’à récemment, je ne l’avais jamais vu jouer. Il y a quelques mois, il est exceptionnellement sorti de sa retraite pour un spectacle caritatif et j’ai eu envie de filmer les coulisses et la préparation. Voir les secrets de fabrication des marionnettes, c’était un tabou dans ce milieu jusqu’aux années 30. Les « trucs » se transmettaient de maître à élève selon un principe qu’on appelait « l’ensecrètement » mais rien n’était révélé au public. Le grand-père de Dominique, Marcel Temporal, a été le premier à briser ce secret en écrivant le premier livre pédagogique sur le sujet. En me trouvant de l’autre côté du petit théâtre – que les spécialistes appellent le castelet – j’ai vu des choses que je n’imaginais pas. En passant du temps aux côtés de Dominique Temporal, j’ai compris l’importance qu’avaient eu son père et son grand-père pour cet art populaire.  J’ai voulu étudier comment une filiation, un héritage se transmettent d’une génération à l’autre, comme je l’avais fait dans mon film précédent « De l’Inde à Bobigny, Sikhs de pères en fils. » Il y avait aussi un enjeu qui m’intéressait. Beaucoup de spécialistes se demandaient où étaient passées les marionnettes créées par Marcel Temporal des années 30 aux années 50. C’était un trésor disparu car pendant longtemps les conservateurs de musées n’ont pas eu conscience de la nécessité de préserver les marionnettes comme on conserve des tableaux ou des sculptures. Pendant plusieurs mois, j’ai accompagné un marionnettiste passionné par la famille Temporal qui s’est lancé dans cette quête et a retrouvé quelques pièces rares dans des vieux greniers et des réserves de musées.


♦ Quel souvenir marquant gardez-vous de ce tournage ?

Il existait une archive passionnante pour moi. Un documentaire réalisé en 1971 par Jean-Daniel Simon qui montre Jean-Loup Temporal, le père de Dominique, en plein travail, pendant un spectacle dans une école maternelle. On y voyait la fascination que les marionnettes exerçaient sur les enfants de l’époque. Je me demandais si la fascination serait la même avec les enfants d’aujourd’hui. J’ai demandé à Dominique Temporal de remettre les mains dans les gants pour un dernier spectacle que je voulais filmer de la même manière que le film réalisé en 1971. Ni Dominique ni moi n’étions sûrs que la magie opèrerait encore. Mais elle était bien là. Comme si rien n’avait changé. Pour des enfants de cet âge, les marionnettes restent des objets fascinants. Les adolescents d’aujourd’hui sont peut-être très différents de ceux d’hier mais les très jeunes restent les mêmes.


♦ Est-ce que le spectacle de marionnette perdurera de générations en générations ?

Pour la famille Temporal, l’histoire va s’arrêter car le fils de Dominique n’a pas pris la suite. Son père se félicite d’ailleurs qu’il ait un métier stable car les conditions de vie des intermittents du spectacle sont devenues difficiles.
Mais l’art de la marionnette, lui, est plus vivant que jamais. Il n’est pas très exposé médiatiquement mais il suscite toujours des vocations. Le festival de Charleville-Mézières, tous les deux ans en septembre, attire des dizaines de milliers de spectateurs et il en existe bien d’autres. Il existe aussi plusieurs écoles où on peut apprendre cet art. Et en terme de créativité, il y a une grande diversité aujourd’hui qui va des spectacles populaires pour scolaires à l’avant-garde. Si pour beaucoup, la marionnette a un petit parfum d’autrefois, il faut se rappeler qu’il n’y a pas si longtemps une des émissions les plus importantes de la télévision française était « Les Guignols de l’Info. » La télévision a, depuis ses débuts, utilisé les marionnettes. Et elle continuera à le faire. Selon l’historien Leroi-Gourhan, la marionnette était l’une des premières formes de théâtre, elle a résisté à bien des changements.
 

Une exposition à découvrir autour des marionnettes des Temporal

L'exposition "Haut les bras ! Les Temporal et leurs marionnettes" sera présentée au musée municipal de Meung-sur-Loire du 18 octobre au 16 novembre 2019.



 

Reportage Fête de la lumière