Printemps Proustien : l'histoire du portrait de Marcel Proust, exposé à Illiers-Combray

Le Portrait de Marcel Proust prêté à la Maison de Tante Léonie à Illiers-Combray, pour le Printemps Proustien. / © Sylvestre/MAXPPP - France Télévisions
Le Portrait de Marcel Proust prêté à la Maison de Tante Léonie à Illiers-Combray, pour le Printemps Proustien. / © Sylvestre/MAXPPP - France Télévisions

Prêté par le Musée d’Orsay, le Portrait de Marcel Proust est visible jusqu’au 9 juin à la Maison de Tante Léonie à Illiers-Combray, dans le cadre du Printemps Proustien. Un tableau que l’écrivain regardait souvent et qu’il a conservé jusqu’à sa mort.

Par Julie Postollec

La pâleur de son teint se détachant du fond noir, ses moustaches fines, l’orchidée blanche à la boutonnière... Pas de doute, c’est Marcel Proust.
Le Portrait de Marcel Proust, par Jacques-Emile Blanche, 1892. / © Sylvestre/MAXPPP
Le Portrait de Marcel Proust, par Jacques-Emile Blanche, 1892. / © Sylvestre/MAXPPP


Prêté par le Musée d’Orsay, ce Portrait de Marcel Proust a été installé mardi 23 avril dans une salle de la Maison de Tante Léonie, à Illiers-Combray, où l’écrivain passait ses vacances quand il était enfant.
 

Comme l'évoque ce tweet du Musée d'Orsay, il est la pièce centrale d’une exposition intitulée "Marcel Proust, prix Goncourt 1919", dans le cadre du Printemps Proustien, un événement exceptionnel qui célèbre le centenaire du Prix Goncourt décerné à Proust pour A l'ombre des jeunes filles en fleurs.   
 

"On voit ce tableau partout"

Pour Luc Fraisse, président du Printemps Proustien justement, mais aussi professeur et critique littéraire en littérature française, ce prêt a été rendu possible par Jérôme Bastianelli, le président de la Société des Amis de Proust, et directeur général délégué du musée du Quai Branly. "Sa position de directeur d’un grand musée parisien fait qu’il avait toutes les ouvertures pour faire venir ce tableau, et il savait organiser tout cela", détaille Luc Fraisse.

Toutes les mesures de sécurité ont été prises et mises en place pour protéger ce tableau mythique. Luc Fraisse va même au-delà : 

C'est vraiment l’emblème de Proust. 

"On le voit sur les couvertures de livres, sur les biographies de Proust, on le voit partout. C’est une vraie émotion de le voir installé, apposé au mur de cette maison où Proust a passé son enfance." Un tweet de la Société des Amis de Marcel Proust montre d'ailleurs cette installation.
 


"Proust ne s'est jamais séparé de ce tableau"

Ce portrait avait été réalisé par Jacques-Emile Blanche en 1892, alors que le jeune dandy n’avait que 21 ans. "Proust ne s’est jamais séparé de ce tableau", souligne Luc Fraisse. "Il est resté chez lui jusqu’à sa mort, et c’est sa nièce qui en a fait don à l’Etat."

L’attachement de l’écrivain à son portrait était tel que "quand il parlait avec ses amis, très régulièrement, son regard montait et regardait ce tableau qui est l’image de sa jeunesse".

En effet, en 1892, Marcel Proust était encore chroniqueur mondain, et "il avait suffisamment de santé pour sortir", détaille le président du Printemps Proustien. Une santé qui se dégrade puisqu’un asthme extrêmement fort le clouera quelques années plus tard au lit. Donc derrière ce tableau sans doute y a-t-il "le regret de sa jeunesse".
 

Un regard ambigu sur lui-même

Ce portrait a un autre pouvoir d'évocation. Le peintre "Jacques-Emile Blanche avait, comme Marcel Proust, sa famille à Auteuil", révèle Luc Fraisse, "donc c’est toute sa jeunesse à Auteuil, dans la maison de la famille maternelle de Proust, qui est évoquée à travers ce tableau".

Mais le regard de l’écrivain sur ce portrait est sans doute plus ambigu qu'il n'y parait. A l’époque où Blanche peint Proust, ce dernier fréquente les réceptions mondaines. Une mondanité sur laquelle Proust portera un regard critique quelques années plus tard lorsqu'il écrira A la recherche du temps perdu, puisque "c’est quand même un des principaux ressorts du temps perdu, du temps que l’on perd", ajoute Luc Fraisse. "Donc il a pu réfléchir à cela", à cette époque où il faisait partie de ces cercles qui perdaient leur temps.

Peu importe que l’écrivain ait porté un regard nostalgique ou critique sur ce jeune dandy qu’il était, pour Luc Fraisse, "déjà, l’image de ce tableau était en train de fixer la postérité de Proust". Une postérité qui sera célébrée du 11 au 19 mai prochain.
 

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