Consommation d'alcool : comment la révolution des micro-brasseries a conquis les papilles de Français

Alors que le vin est en perte de vitesse, la bière maintient son niveau, surtout auprès des jeunes. Mais les modes de consommation ont évolué, et l'inflation pèse lourd sur les petites brasseries artisanales.

Ils peuvent être fiers, les Euréliens de la brasserie de Chandres, en Eure-et-Loir. Fondée en 2005, cette brasserie artisanale a reçu le prix d'excellence du Concours général agricole, sans compter deux autres médailles reçues ce 27 février. La preuve d'une régularité dans sa production, et d'un succès qui ne se dément pas dans une région pourtant pas spécialement connue pour sa bière.

Il faut dire que, depuis une quinzaine d'années, le succès des micro-brasseries (produisant une centaine d'hectolitres par an) et des brasseries artisanales (dont la production approche le millier d'hectolitres) ne se dément pas. Aujourd'hui, la région Centre-Val de Loire compte une cinquantaine de ces petites et moyennes entreprises.

Les Français boivent moins

Pourtant, le contexte n'est pas brillant pour les producteurs de boissons alcoolisées. De là à dire que le divorce entre les Français et l'alcool est consommé, il n'y a qu'un pas. Selon une étude de Santé publique France publiée en janvier 2024, 39% des Français buvaient de l'alcool toutes les semaines en 2021 contre 63% en 2000. En 2023, selon Sowine, les jeunes de 18 à 25 ans seraient même 23% à ne pas du tout consommer d'alcool, contre 15% dans la population générale.

Le vin, en particulier, semble être en perte de vitesse. Selon une autre étude parue fin décembre, cette fois réalisée par FranceAgriMer et le Cniv (Comité national des interprofessions des vins à appellation d'origine et à indication géographique), en 2022, seule 11% de la population consommait du vin tous les jours ou presque, soit cinq points de moins qu'en 2015.

Les jeunes, en particulier, préfèrent la bière au vin, expliquait Bernard Farges, le président du Cniv, à Franceinfo début janvier. "Chez les 25-35 ans, la bière occupe 32% des parts de marché, contre 27% pour le vin. Chaque nouvelle génération consomme moins que la précédente", détaille-t-il.

Ça sent la bière, de Londres à Berlin

Une perte de vitesse qui n'affecte pas la bière, semble-t-il. Nivelée au milieu du 20ème siècle par l'essor des brasseries industrielles, la bière signe son retour en force. Mais on ne la consomme plus tout à fait comme avant.

Autrefois, "il y avait une brasserie dans tous les cantons", raconte Vincent Crosnier, le fondateur de la brasserie de Chandres, "avec chacune sa spécificité". En produisant énormément à moindre coût, et en normalisant le goût de la bière pour convenir aux papilles d'un consommateur moyen, les brasseries industrielles et la grande distribution ont fait disparaître ces structures familiales.

Mais "entre 2000 et 2015, les gens ont un peu redécouvert la bière, il y a eu un renouveau des brasseries artisanales", poursuit le brasseur. "Jusque-là, on avait encore cette image de la bière de chantier, de la bière de soif." Aujourd'hui, la multiplicité des brasseries permet une bière "de dégustation".

Variété et convivialité 

De fait, renchérit Loïc Leroux, de la brasserie Beer' Berry à Déols près de Châteauroux, la fabrication de la bière autorise une grande variété. "On peut donc adapter son produit à tous les palais", explique le brasseur, installé depuis quatre ans. "Les toutes petites brasseries, qui produisent moins de bouteilles, ont encore plus de marge pour proposer des variétés originales."

Et la dimension conviviale de la bière est renforcée par les cours de brassage qu'il organise. "On brasse la bière ensemble, on revoit les bases, on se rend compte que la recette de base n'est pas si compliquée", poursuit le brasseur. "On a fait de la bière un produit festif, sympathique, qu'on peut apparier à des plats, on n'est plus sur de la bière de soif", résume Vincent Crosnier.

Pourtant, l'inflation fait aussi des ravages parmi ces petits producteurs, forcément plus sensible à la hausse du prix des matières premières et de l'énergie. Début 2023, le marché commençait déjà à se contracter. Reste à espérer qu'à force d'être sous pression, le secteur n'accouche pas d'une bulle.

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