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Nogent-le-Rotrou : les lycéens de Nermont tournent un film sur l'illettrisme

L'équipe de tournage du film sur l'illettrisme avec les secondes du lycée de Nermont à Nogent-le-Rotrou. / © Monique Rivier et Isabelle Panlout - LEAP de Nermont
L'équipe de tournage du film sur l'illettrisme avec les secondes du lycée de Nermont à Nogent-le-Rotrou. / © Monique Rivier et Isabelle Panlout - LEAP de Nermont

Depuis lundi 28 janvier et pendant une semaine, 12 élèves de seconde du lycée de Nermont à Nogent-le-Rotrou tournent un film sur l’illettrisme. Un handicap tabou qui touche, en France, près de 2,5 millions de personnes.

Par France 3 Centre-Val de Loire

7% de la population française ne maîtrise pas la lecture, l’écriture, le calcul, d'après l'agence nationale de lutte contre l'illettrisme. 

En clair, ces personnes sont incapables de gérer par elles-mêmes des situations simples de la vie courante, comme faire des courses, prendre un médicament, lire une notice, une consigne de sécurité, retirer de l'argent au distributeur, etc.

Pour sensibiliser les jeunes à ce handicap dont on parle peu, le lycée d'enseignement agricole privé (LEAP) de Nermont organise cette semaine du lundi 28 janvier au vendredi 1er février un tournage avec 12 élèves de seconde de la section « Services Aux Personnes et Aux Territoires ».
 

Des difficultés au lycée

L'idée est venue de Franck Ternier, le réalisateur et membre de l'association L'Astronef qui accompagne des projets et des ateliers, notamment d'éducation à l'image dans le cadre scolaire.

"C'est la 3e année que je travaille avec le lycée de Nermont. L'an dernier, j'ai constaté que certains élèves rencontraient de grosses difficultés, explique Franck Ternier. J'ai donc proposé ce projet de film au lycée qui a accepté."

Subventionné par la région Centre-Val de Loire dans le cadre de «Aux Arts Lycéens», ce projet a rapidement intéressé les élèves. Un intérêt qu'il explique par la connaissance de certains de ce handicap.

"J'avais demandé à des lycéens s'ils connaissaient quelqu'un avec ce problème d'illettrisme, et certains ont répondu timidement oui."

Ce sont les secondes qui gèrent tout de A à Z. "On a fait deux séances pour écrire le scénario, détaille le réalisateur. Cette phase d'écriture peut laisser certains élèves de côté, qui ne trouvent pas cela intéressant. Là, ce n'était pas le cas."
 

La honte du regard de l'autre

Ils ont alors créé l'histoire d'une lycéenne qui cache son illettrisme derrière une posture de rebelle. Ce scénario raconte ses difficultés au quotidien, mais aussi la honte du regard de l'autre.

Car celles et ceux qui y sont confrontés font tout pour cacher leur handicap et passer inaperçus dans la société et au travail.

Pour illustrer ce problème, une scène se déroule au restaurant. "Je joue le rôle d'un serveur, raconte Kilian, élève de seconde. J'arrive pour prendre la commande de la personne illettrée. Elle lit rapidement le menu, essaye de le comprendre et demande finalement un plat qui n'est pas sur la carte."

Franck Ternier, développe : "on travaille sur la gêne. La personne illettrée fantasme les réactions des personnages extérieurs, elle imagine que l'autre va être méchant", car elle a peur du regard des autres sur son handicap. Or c'est de son point de vue à elle que les scènes sont tournées. D'où un film qui se veut "sincère mais pas tout à fait réaliste".
 

Une ouverture aux autres

Les 12 lycéens qui participent au tournage se partagent le travail, entre ceux qui jouent, ceux qui apprennent à utiliser la caméra, à faire de la prise de son. Kilian et Isaline jouent dans ce court-métrage. Ils ne connaissaient pas du tout l'illettrisme. 

Au-delà de la prise de conscience, ce tournage a permis aux élèves d'oser davantage. "Je suis une personne assez réservée, avoue Isaline. Le tournage m'a davantage ouvert aux autres." Et Kilian de renchérir : "ça m'a permis de me libérer un peu, de parler plus aux autres, car c'est un travail d'équipe."

Pour leur enseignante, Monique Rivier, le pari est déjà réussi. "S'il y a une prise de conscience chez les jeunes, et des problèmes soulevés, c'est l'essentiel."
 

Une note d'espoir

L'équipe doit terminer le tournage ce jeudi, et attaquer le montage vendredi. Sans nous dévoiler la fin, Franck Ternier nous explique sa démarche : "je voulais les amener à traiter ce sujet sans que cela soit un drame, nuance le réalisateur. C'est surtout un film qui permet le débat."

"Le court-métrage ne donne pas de réponse mais finit sur une note d'espoir, qui passe par le fait de se livrer aux autres, d'être aidé par les autres."

Une fois monté, le film d'une quinzaine de minutes sera projeté aux lycées de Nermont et de Châteaudun, et visible sur Internet.

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