Indre-et-Loire : la Cour des Comptes se penche sur la gestion du château de Langeais par l'Institut de France

Créé en 1795, l'Institut de France possède un patrimoine immobilier remarquable. Mais la Cour des comptes dénonce la gestion de ces biens, parmi lesquels figure le château de Langeais. Une large partie de ce patrimoine culturel aurait été laissée à l’abandon pendant plusieurs décennies.
© F3 CVDL

La Cour des Comptes est censée s'assurer du bon emploi de l'argent public et informer les citoyens à ce sujet.  Elle vient d'examiner la gestion de l'Institut de France et l’utilisation de son patrimoine pendant les années 2014 à 2020. Un précédent rapport, rendu public en 2015, dressait déjà le constat d’une situation préoccupante

Créé en 1795, l’Institut de France a pour mission de permettre aux cinq Académies françaises de travailler au perfectionnement des lettres, des sciences et des arts, à titre non lucratif. Placé sous la protection du président de la République et installé sous la célèbre coupole du quai de Conti, à Paris, il est également le gardien d’un important patrimoine composé de demeures et collections qui lui ont été léguées depuis la fin du XIXe siècle.

Rapport thématique L'Institut de France et les cinq académies publié par france3centre

Dans son rapport daté du 15 juillet 2021, la Cour des Comptes note :

"L’Institut et les académies - l’Académie des beaux-arts et, dans une moindre mesure, l’Académie des sciences - détiennent un patrimoine culturel d’exception, essentiellement rassemblé dans dix-huit sites ouverts au public ou présentant un intérêt patrimonial. Parmi ces sites, figurent plusieurs musées possédant un attrait culturel et touristique élevé (musées Marmottant Monet et Jacquemart-André à Paris, musée Condé à Chantilly, jardins et maison de Claude Monet à Giverny), mais aussi des sites de moindre envergure. (...) Une large partie de ce patrimoine culturel a été laissé à l’abandon pendant plusieurs décennies et la situation d’un certain nombre de sites doit être réexaminée de toute urgence."

En Centre-Val de Loire, seul le Château de Langeais figure dans le patrimoine de l'Institut de France. Il fait partie, selon la Cour des Compte, des sites "exploités de manière satisfaisante", mais qui "ne disposent pas de ressources suffisantes pour mener à bien les travaux d’entretien et de restauration indispensables"

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Voici, dans son intégralité, le pragraphe consacré au Château de Langeais :

"La gestion du château de Langeais a été déléguée depuis 2005 à un concessionnaire, qui l’exploite sans que des difficultés particulières aient été relevées. Cependant, le château de Langeais n’a pas connu de travaux de gros œuvre pendant plusieurs décennies.

Ce n’est qu’en 2013 que l’Institut a entamé une campagne de travaux. Mais au total, seul un tiers du château a été ravalé. Il reste les deux tiers à ravaler (murs et toitures) ainsi que les murs d’enceinte du parc (plusieurs kilomètres de murs d’enceinte, qui n’ont pas fait l’objet de travaux depuis plusieurs décennies).

Faute pour l’Institut d’avoir mieux étalé la réalisation des travaux au cours des décennies passées et d’avoir mis en place une politique de mécénat au profit du château de Langeais, ce dernier doit aujourd’hui faire face, sans disposer des ressources nécessaires, à d’importants travaux de restauration. L’Institut doit donc prendre des décisions également sur ce site, en explorant toutes les options envisageables."

Directeur des services de l'Institut de france, David Teillet ne conteste pas le constat dressé par  la Cour des Comptes :

"Même si la fréquentation du château n'a pas connu d'érosion très importante, environ 100 000 visiteurs par an, on reste sur un budget déficitaire. Les coûts nécessaires à l'entretien et à la restauration du château représentent environ 200 000 euros tous les ans, nous ne disposons pas d'un tel revenu."

"Dire que ce château n'est pas entretenu serait totalement injuste"

La gestion du site a été confiée en 2005 à la société Kleber Rossillon, dont fait partie Mme Sandrine Durand, directrice du Château. Sur son site internet, cette société spécialisée dans la gestion de sites culturels met en avant notamment "la reconstitution de la scène du mariage d’Anne de Bretagne et de Charles III" dont la scénographie a été renouvelée en 2021 grâce à un spectacle immersif, animé par Stéphane Bern. Ou encore la reconstitution d'un échafaudage du moyen-âge ou les spectacles de fauconnerie pendant l'été.

Mais pour ce qui est des travaux de restauration, c'est bien le propriétaire, l'Institut de France, qui en a la charge. La directrice du Château en prend la défense :

Une étude a été faite sur l'ensemble du bâti il y a une dizaine d'années, des travaux par tranches sont entrepris et se poursuivent. Dire que ce château n'est pas entretenu serait totalement injuste.

Et, contrairement à ce que laisse entendre le rapport de la Cour des Comptes, la directrice du site dit n'avoir aucune inquétude sur la poursuite des travaux, jusqu'à la restauration complète du château :

"Actuellement les travaux concernent la restauration de la couverture du château, mais aussi menuiseries et maçonneries, nettoyage, traitement et changement des pierres, dans la foulée de tout ce qui a été entrepris ces dernières années. Cela doit se poursuivre jusqu'à la fin de l'année, et l'ensemble de la façade coté ville devrait être terminée à ce moment-là."

Ce que confirme David Teillet :

"Ce n'est pas une découverte de dire que nos caisses sont vides à Langeais...Mais l'Institut se doit de supporter ce qui lui appartient. Comme un parent avec ses enfants, nous avons un devoir de solidarité. Lors d'un conseil d'administration début juin, nous avons voté l'achèvement des travaux, par redéploiement de crédits. Comme tout propriétaire qui doit entretenir son patrimoine, c'est notre devoir", martèle le directeur des services.

Quant au mécénat également évoqué comme solution pour la Cour des Comptes, l'endroit ne s'y prète pas vraiment selon David Teillet :

"Je ne vois pas une grande marque française s'intéresser à des tranches de travaux de restauration sur le Château de Langeais. Au Louvres ou à Versailles, l'effet est immédiat. Mais sur ce monument?..C'est un très beau site et l'Institut est très fier de l'avoir en sa possession, mais les mécènes s'intéresseront d'abord à Chambord ou Chenonceau dans la région, nous devons réfléchir à d'autres options."
 

Il est exact que notre patrimoine a été laissé à l'abandon pendant des décennies. Mais le château de Langeais reste une priorité en terme de restauration patrimoniale pour l'Institut de France.

David Teillet, directeur des services Institut de France

 

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