Laissé à l'abandon, que va devenir le cinéma des années 30 d'Azay-le-Rideau ?

Fermé en 1997 par manque de rentabilité, le cinéma "Le Familia" d'Azay-le-Rideau porte encore les traces d'un passé glorieux. Malgré des projets de restauration et de nouvelle vie pour la salle, personne ne semble prêt ou capable de financer des travaux nécessaires à une remise aux normes.

Il y a ce patrimoine célébré de tous, visité, connu. Il y a aussi ce patrimoine en manque d'entretien, qui parvient à lever des fonds pour sa restauration. Et puis il y a ce patrimoine un peu oublié, voire complètement abandonné, tout en ayant pignon sur rue. C'est dans cette catégorie que tombe l'ancien cinéma "Le Familia", situé à Azay-le-Rideau, en Indre-et-Loire.

Sa façade tranche avec le traditionalisme environnant. De style art déco typique des années 30, elle est ancrée dans cette époque faste du cinéma, à l'aube du cinéma parlant. Son originalité parvient à pointer derrière une couche d'usure qui trahit l'état global de la bâtisse, tout en laissant quelques indices de l'existence, ici, d'un passé luxueux.

Âge d'or et planches de bois

La salle est à l'abandon depuis 1997, faute de rentabilité. Les affiches délavées des films de l'époque traînent dans l'entrée, les plâtres tombent au sol, les lambris s'effondrent et les moquettes se décollent. En 25 ans, Le Familia n'a pas reçu ne serait-ce qu'un coup de balai. "Ça me fait mal au cœur de voir ça, il faut absolument le conserver", réagit Bernard Michelet.

Habitant d'Azay-le-Rideau depuis 60 ans et ancien adjoint au maire, il a bien connu Le Familia dans sa jeunesse : "Ça me rappelle une époque où le cinéma faisait rêver. On allait voir un film, mais on allait aussi dans cette salle, avec son décor." Souvenirs d'un âge d'or du grand écran, les années 50 et 60, où le nombre de tickets vendus par an en France était presque deux fois plus important qu'au XXIe siècle.

Au début des années 60, le lieu sert également de résidence à une troupe théâtrale "qui faisait salle comble à chaque fois". Le Familia "permettait à tout le monde d'avoir une certaine culture", et "fait partie intégrante du patrimoine d'Azay-le-Rideau", au même titre que le château.

"Cette salle ne demande qu'à vivre"

D'abord lieu de culture, Le Familia est devenu un centre de loisirs de façon plus large. "Il y avait des conférences, des réunions, des manifestations du comice agricole, liste Bernard Michelet. C'était ouvert à toutes les classes, et il y en avait pour tout le monde."

Émilie Prolorenzo, responsable culture à la mairie, espère un jour le retour de cette ambiance : "Quand je vois cette salle, je vois un très fort potentiel, tant dans sa structure que dans ses possibilités d'accueil et d'évolution."

Il y a un pincement au cœur quand on voit l'état général. Mais cette salle ne demande qu'à vivre. Elle est porteuse d'histoire, c'est la première impression que tout le monde a en rentrant.

Émilie Prolorenzo, responsable culture à la mairie d'Azay-le-Rideau

La municipalité ne compte pas baisser les bras, mais des travaux de réhabilitation seraient bien trop élevés pour la ville seule. "Plus rien n'est aux normes, rien n'est ignifugé par exemple."

Dernières tentatives avant l'oubli ?

En 2015, une association – Les Réplicants – avait remué ciel et terre pour faire revenir Le Familia à la vie. Un projet a même été porté devant la communauté de communes, comme le racontait alors La Nouvelle République. La CC avait proposé de prendre en charge les travaux, et de laisser les charges annuelles aux communes. Une majorité de ces dernières ont refusé. Le projet est enterré.

À l'heure actuelle, rien ne laisse présager d'évolution pour ce patrimoine qui, comme tant d'édifices partout en France, classés ou non, est en péril. Pourtant, Le Familia a obtenu le label "Architecture contemporaine remarquable", décerné à un patrimoine un peu trop récent et un peu trop confidentiel pour être considéré comme un monument historique.

Ce label sert avant tout d'opération de communication, pour faire connaître ou reconnaître des édifices confidentiels, mais ne s'accompagne pas de règles de restauration, ou de promesses de subventions. Ne pouvant durer qu'un siècle après la construction d'un édifice, le label pourrait même être retiré au vieux cinéma d'ici une dizaine d'années. Tombera-t-il alors dans l'oubli ?

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