En partie rasé, comment le centre-ville d'Orléans s'est reconstruit après la Seconde Guerre mondiale

Après la Seconde Guerre mondiale, l'état du centre-ville d'Orléans a nécessité une importante opération de reconstruction. Les techniques employées sont uniques en France. Un patrimoine méconnu.

Ses rues tortueuses et ses immeubles de pierres ne le laissent pas forcément voir au premier coup d'œil, mais Orléans est une ville meurtrie. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le centre-ville a souffert. Les bombardements - allemands puis britanniques - y ont rasé environ 17 hectares, de la rue Bannier à la rue Royale. Des centaines d'immeubles sont rayées de la carte.

Résultat, dès la fin de la guerre, et comme dans de nombreuses villes ligériennes (Tours, Blois, Gien...), des plans de reconstruction se mettent en place. "L'idée, c'était de reconstruire en gardant la structuration des îlots de la ville", de conserver la forme approximative des rues médiévales, mais en "agrandissant les rues et les carrefours pour avoir plus d'aération et pour faire de la place pour la voiture", explique Elke Mittmann, directrice de la Maison de l'architecture du Centre-Val de Loire.

Rendre la ville salubre, le défi du 20e siècle

Orléans est donc reconstruit en suivant les principes hygiénistes. Autrement dit, une manière de rendre salubre la ville, en aérant, en tuant dans l'œuf toute possibilité de promiscuité pour éliminer l'un des grands fléaux de l'époque : la tuberculose. De plus, l'émergence du béton permet une industrialisation de la reconstruction.

Certains de ces plans de reconstruction sont pensés sous le gouvernement de Vichy, dès septembre 1940, sous occupation allemande. Malgré cela, à Orléans, rien ne voit le jour avant la fin de la guerre. L'héritage de Vichy se retrouve dans la création, par îlots d'habitations, d'associations de remembrement qui réunissent les habitants sinistrés. "Ça permet de ne pas les dédommager un par un, de le faire au mètre carré, et de reconstruire de manière continue", détaille Elke Mittmann.

(Légende de la carte ci-dessus, représentant les zones reconstruites en centre-ville d'Orléans. En orange, les îlots labélisés "Architecture contemporaine remarquable". En gris, les autres îlots reconstruits après la Seconde Guerre mondiale.)

La reconstruction est confiée à l'architecte Pol Abraham, réputé pour son utilisation de l'acier dès l'entre-deux-guerres. Pour ses îlots, il "garde une forme de néoclassicisme, pour ne pas être complètement hors du style architectural local", explique Elke Mittmann. Il réalise un îlot d'expérience, le premier d'Orléans. Il est aujourd'hui visible dans le coin nord-ouest de la place du Martroi, et est construit à partir d'un grand plateau de béton.

Un cas unique en France

Mais l'architecte fait varier, en façade, les gabarits des toitures et des fenêtres pour faire croire à plusieurs immeubles mitoyens. Toujours dans une optique d'aération, des ouvertures sont percées dans les murs sous les fenêtres des cuisines, technique démocratisée depuis. Les mesures des îlots sont standardisées : tous sont dimensionnés selon des modules de base rectangulaires qui découpent les façades, et à partir desquels les autres éléments (taille des fenêtres, des portes...) sont développés.

Presque tout est préfabriqué et standardisé, pour une reconstruction au moindre coût, rapide, et industrialisée. Et Pol Abraham est le premier (et le seul) à "associer standardisation et artisanat local", explique la directrice de la Maison de l'architecture. Les lignes de train ayant été, en majorité, détruites, il est impossible pour l'architecte de se reposer sur des matériaux venus de partout en Europe. Il se rabat sur "du bois de Sologne et de la pierre de taille locale". Les morceaux de façade, de cuisine et de salle de bains sont produits dans deux usines, spécialement construites dans les environs d'Orléans. Un système qui "n'a jamais été réutilisé ailleurs", et fait des îlots de la reconstruction d'Orléans un cas unique.

Les innovations de ces îlots ne sont pas seulement visibles côté rue, mais aussi côté cour. Au centre des îlots, de grands espaces ouverts remplacent la promiscuité des venelles médiévales et apportaient, à leur construction, de nouvelles possibilités d'aération, tant recherchée. Aujourd'hui, ces cours sont devenues de simples parkings. "Il y a une bonne dizaine de cours intérieures comme ça à Orléans, estime Elke Mittmann, directrice de la Maison de l'architecture. Ça mériterait bien une rénovation."

Ces îlots de la reconstruction, plus de 70 ans après leur construction, ne bénéficient pas d'un classement au titre des monuments historiques, mais simplement d'une labélisation "Architecture contemporaine remarquable" (ACR). Rien de contraignant, plus une opération de communication pour faire connaître ce patrimoine unique, et ne bénéficiant que rarement d'un regard appuyé par les touristes.

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