CARTE. Polluants éternels : où sont les territoires les plus touchés ?

Au lendemain du vote à l'unanimité d'une loi limitant l'utilisation des PFAS, ces "polluants éternels", que sait-on de ces substances et de l'étendue de la contamination dans la population française ? Où sont les territoires en France les plus touchés ?

La victoire des écologistes fera-t-elle long feu face aux fabricants de poêles ? Ce 4 avril, l'Assemblée nationale a voté un important texte proposé par EELV, visant à interdire l'utilisation des PFAS, ces "polluants éternels" que l'on retrouve dans de très nombreux produits du quotidien.

Cette fois, seuls les usages non essentiels de ces produits dans l'industrie ont été interdits à l'horizon 2026, mais les poêles Tefal et autres ustensiles de cuisines ont bénéficié d'une exception.

Les PFAS, qu'est-ce que c'est ?

Tout comme le réchauffement climatique, les milliers de molécules concernées par l'appellation PFAS (contaminants perfluoroalkylés et polyfluoroalkylés) font l'objet d'un consensus scientifique large.

D'origine uniquement humaine et industrielle, ces composants causent une augmentation des risques de cancer et ont un impact négatif sur la santé des nouveaux-nés. En outre, des recherches plus récentes les associent à une baisse de la fertilité et à des perturbations de la glande thyroïde, parmi d'autres pathologies.

Le scandale sanitaire des PFAS est comparable "à l'amiante, au chlordécone", énumère Émilie Rosso, journaliste à France 3 et finaliste du prix Albert-Londres pour son enquête au long cours sur les polluants éternels dans la région lyonnaise. "On parle de produits qui font partie de tous les usages du quotidien, on en produit énormément. Et parce qu'on en produit énormément, l'environnement est massivement contaminé."

Tous contaminés

L'origine des PFAS est en effet multiple : ils proviennent des sites industriels, mais aussi de terrains militaires, d'épandages agricoles et de centrales d'incinération, parmi de nombreuses autres sources possibles. Ils se retrouvent dans de nombreux composés chimiques. Ils sont dans nos téléphones, nos vêtements, nos emballages, et le teflon, ce revêtement antiadhésif utilisé pour les poêles, et passent dans notre eau potable et notre nourriture.

Une étude menée entre 2014 et 2016 par Santé publique France a ainsi montré que deux PFAS, baptisés PFOA et PFOS, ont été retrouvés chez 100% des 744 personnes de tous âges testées, y compris les enfants. Pour l'expérience, des militants anti-PFAS publient régulièrement leurs propres tests, qui affichent des taux importants de polluants pourtant interdits.

Le député Europe Ecologie Les Verts de Tours (EELV), Charles Fournier, a ainsi publié sur son compte X (anciennement Twitter), le 3 avril, les résultats de ses prélèvements : 1,06 picogramme/milligramme de PFOA (pourtant interdit depuis 202) et 3,01 pg/mg pour le PFOS, restreint quant à lui depuis 2009.

"On s'aperçoit que pendant qu'on est en train de parler de tout ça on est encore en train d'inventer de nouvelles molécules", se désole l'élu, contacté en amont du vote. "C'est une catastrophe, ça veut dire que les industriels continuent malgré toutes les alertes, c'est scandaleux."

Au sud de Lyon, dans la "vallée de la chimie", France 3 Rhône-Alpes a ainsi révélé plusieurs cas de pollution massive, qui mettent en danger les ouvriers, les habitants et l'environnement.

Après le géant Arkéma, le dernier cas en date est celui du groupe japonais Daikin, qui a rejeté une quantité d'une nouvelle substance polluante et cancérigène, équivalent à 1800 fois la norme tolérée, comme l'ont découvert France 3 et Médiacités.

Mais cette pollution ne s'arrête pas aux périmètres des grands sites industriels et chimiques. Les chiffres rassemblés par le Monde et le consortium Forever Pollution Project, qui font référence, sont éloquents. En Europe, un très grand nombre de sites et de cours d'eau révèlent une contamination plus ou moins fortes en PFAS. 

Si Arkéma garde la palme du plus gros pollueur malgré la réduction de ses émissions, et si l'Alsace, la vallée de la Seine et celle du Rhône restent les régions où le nombre de relevés positifs sont les plus nombreux, la commune de Châteaudun, en Eure-et-Loir, se détache nettement avec 10 000 nh/L.

Mise à jour du 8/04/2024 : 

Une erreur dans la base de données concernant la commune de Mazangé, dans le Loir-et-Cher, a conduit à lui attribuer une contamination aux PFAS extrêmement haute de 50 000 ng/L. Le point concernant cette commune a été supprimé en attendant que la bonne donnée soit connue.

Et maintenant ?

Du côté des industriels, on brandit la menace de la destruction des emplois si les fabricants sont obligés de ralentir leur pollution. Les mêmes emplois occupés d'ailleurs par les personnes les plus à risque de subir les effets nocifs des PFAS.

"Évidemment qu'on va continuer à fabriquer des poêles, d'ailleurs Tefal sait très bien en produire sans ces revêtements en teflon", affirme Charles Fournier. "Le chantage à l'emploi ne peut pas être une réponse acceptable. Il y a des industriels qui fabriquent des ustensiles de cuisine sans ces polluants éternels."

La réglementation doit faire en sorte que nous agissions maintenant. Il n'est pas possible de renvoyer à demain ce qui aurait dû être fait hier. On connaît ce sujet depuis la fin des années 90 aux Etats-Unis et on a déjà perdu tant de temps !

Charles Fournier, député EELV d'Indre-et-Loire

Seulement, l'attitude d'industriels pour lesquels ces composés chimiques sont extrêmement rentables a considérablement ralenti la prise de conscience sur un sujet déjà technique.

Au moment de lancer son enquête, Émilie Rosso se souvient ainsi avoir eu "beaucoup de mal à en parler, à faire parler" sur le sujet du côté des industriels et de leurs employés, "alors même que toute la communauté scientifique connaissait l'ampleur du problème. Nous aussi, journalistes, on a notre mea culpa à faire !"

En supprimant purement et simplement l'alinéa concernant les ustensiles de cuisines, la majorité n'aura cependant pas totalement vidé la loi de sa substance. Deux autres mesures-phares, l'application du principe de pollueur-payeur, qui inclut une taxe pour les industriels rejetant des PFAS, ou les contrôles obligatoires de ces polluants sur tout le territoire, font bien, quant à elles, route vers le Sénat.