Coronavirus : comment faire pour éviter de se toucher le visage, ce geste ancré dans notre inconscient ?

On se toucherait le visage en moyenne 500 fois par jour, et jusqu’à 3 000 fois pour certains ! Ce geste ancré en nous avant même notre naissance peut-il vraiment être évité ? Si oui, comment ? Des psychothérapeutes spécialistes du comportement en région Centre-Val de Loire nous répondent.
Les autorités sanitaires recommandent comme geste barrière contre le coronavirus de ne pas porter sa main au visage, un réflexe pourtant très ancré dans nos comportements. Photo d'illustration
Les autorités sanitaires recommandent comme geste barrière contre le coronavirus de ne pas porter sa main au visage, un réflexe pourtant très ancré dans nos comportements. Photo d'illustration © Julie Postollec / France Télévisions
Depuis début mars, les autorités sanitaires martèlent les mêmes messages dont celui d’éviter de se toucher le visage. Les muqueuses (yeux, nez, bouche) sont en effet des portes d’entrée pour le coronavirus.

Or, selon différentes études, ce geste est un réflexe inconscient profondément ancré. Une étude américaine de 2015 sur des étudiants en médecine révèle que ces derniers se portaient la main au visage 23 fois par heure, soit un peu plus de 500 fois par jour. Dans une publication de 2017, l’ARS indique qu’on le fait machinalement jusqu’à 3 000 fois par jour !

Un geste inscrit en nous depuis notre naissance et même avant. Florian Juchault, thérapeute spécialisé dans le comportement basé à Tours, souligne que d’après une étude in utero, "dès 6 ou 7 mois, le bébé commence à se toucher le visage".

Pourquoi agit-on de la sorte ?

"Il y a énormément de raisons, prévient le thérapeute. Cela peut-être un simple réflexe, inconscient la plupart du temps ; des allergies ; des habitudes pour gérer le stress." On partage par ailleurs ce réflexe avec des animaux comme les singes ou les chimpanzés, rappelle Anne-Sophie Dubois, psychothérapeute spécialisée en psychologie cognitive et comportementale basée à Tours et Bourgueil. Ce geste est "clairement du langage non verbal", et "il est difficilement contrôlable". De l’ordre de l’inconscient, il peut répondre "à un besoin psychologique comme une montée d’angoisse".

Elle explique que, lorsque l’on est anxieux, donc dans un état désagréable, ce réflexe par exemple de se toucher le nez "va activer dans le cerveau certaines zones de récompense et finalement apporter une réponse satisfaisante, agréable".

Peut-on éviter totalement ce réflexe ?

D’après Florian Juchault, "c’est impossible d’éviter 24/24h, 7/7j  de se toucher le visage. Il faut avoir des objectifs un peu plus réalistes. La première étape est donc d’être indulgent envers soi-même et de partir du principe qu’on ne pourra pas arrêter complètement."

L’injonction de ne pas se toucher le visage peut même entraîner l’inverse, comme lorsque l’on vous dit "ne pensez pas à un éléphant rose", vous pensez nécessairement à cela.

Pour Anne-Sophie Dubois, la crise sanitaire génère par ailleurs beaucoup d’angoisse chez certaines personnes qui seraient donc susceptibles de se toucher encore plus le visage : "Les démangeaisons sont beaucoup liées au stress et aux tensions. Et il y a de quoi être tendu en ce moment. "Chacun va devoir travailler sur soi-même, sortir de sa zone de confort, sans être dans une dynamique d’auto-contrôle, ni se rajouter du stress. Il va falloir y aller pas à pas", résume-t-elle.

Des astuces pour limiter les risques

Il est donc possible de se toucher un peu moins le visage. Quand il s’agit de tiraillements à cause d’une peau sèche, il est conseillé de s’hydrater le visage avec de la crème ou la bouche avec un baume à lèvres.

Si les yeux ou le nez grattent à cause des pollens de printemps, "il est intéressant de traiter ces allergies, de prendre des antihistaminiques [en suivant les conseils de votre médecin ou pharmacien, NDLR]", note Florian Juchault.

Il donne aussi quelques astuces comme jouer avec un élastique pour s’occuper au maximum les mains : "Cela peut être un artifice pendant que l’on fait les courses, entre les moments où l’on met des produits dans son caddie, pour être sûr de ne pas se toucher le visage". Un produit de supermarché peut en effet avoir le virus sur l’emballage si un client contaminé l’a touché auparavant ou a éternué dessus.

À l’inverse, quand l’on ressent l’envie de se frotter le nez ou les yeux, "on peut prendre l’habitude d’utiliser un stylo par exemple pour se gratter, et toujours avoir cet objet avec nous dans la poche", suggère Florian Juchault. Evidemment, il faut nettoyer cet objet régulièrement.

Prendre conscience et méditer

Quand le fait de porter sa main au visage répond à une angoisse, il propose pour se détendre de faire des exercices de respiration ou de la méditation de pleine conscience. "C’est une technique popularisée par Christophe André, un psychologue français. Cela aide vraiment à être à l’écoute de son corps et à être centré sur soi-même, sur ce qu’il se passe, sur les sensations physiques", explique-t-il.

Cela va permettre d’être plus conscient de ces automatismes qu’on a. En plus, c’est très efficace pour réduire le niveau de stress.

Faire un effort conscient pendant un temps déterminé pour remarquer que l’on se touche le visage, quand, à quelle fréquence, c’est le conseil avancé par les deux thérapeutes.

Une technique qu’utilise Anne-Sophie Dubois pour les personnes qui veulent arrêter de fumer : "Vous prenez un carnet et vous notez pendant un temps déterminé, à quel moment je vais utiliser mes mains, pourquoi ?"

"C'est comme changer notre façon de parler"

Elle apporte cependant quelques nuances : "cette tâche d’observation chez soi ne sera jamais la même situation que dehors, car on est dans un contexte particulier".

D’autre part, modifier un réflexe qui existe avant même la naissance n’est pas du même ordre que modifier un vice comme l’addiction au tabac, ou un handicap comme le bégaiement : "C’est comme si on changeait notre façon de parler".  Enfin si arrêter de fumer est une volonté personnelle, éviter de se toucher le visage est une injonction qui vient des autorités. Or "vouloir prendre le contrôle de ses gestes demande tellement d’efforts qu’il faut vraiment en avoir envie. Pourquoi ici ? Pourquoi maintenant ? C’est un vrai travail", rappelle Anne-Sophie Dubois.

Et le masque dans tout ça ?

Les deux spécialistes s’accordent sur l’intérêt d’avoir un masque pour éviter de se toucher le visage. "Comme la peau est recouverte, cela diminue forcément les sensations physiques et cela va permettre de moins toucher le visage", analyse Florian Juchault.

Pour Anne-Sophie Dubois, certaines personnes pourraient même être apaisées par ce masque : "Cela va les rassurer et générer moins de risque". Rassurées, elles se toucheront en effet beaucoup moins le visage.

Elle avertit cependant qu’il faut faire attention à bien porter le masque. Par exemple l’inconfort peut nous conduire à le bouger souvent et à porter donc régulièrement la main vers la tête.

Et pour ceux qui se sentent mal à l'aise avec un masque et préfèreraient opter pour autre chose ? Pour limiter notre réflexe inconscient, la meilleure règle à suivre d’après elle est surtout "que chacun évalue comment il se sent le mieux."
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