COVID-19 : une grande étape dans le traitement contre les formes graves franchie avec l'aide du CHRU de Tours

L'OMS vient de dévoiler les résultats très encourageants d'une méta-analyse regroupant 7 études sur le traitement par les corticoïdes de formes sévères de COVID-19.  CAPE-COVID, l'essai promu par le CHRU de Tours, en collaboration avec l'INSERM et l'AP-HP, fait partie des travaux retenus.
Dans le service de réanimation du CHRU de Tours
Dans le service de réanimation du CHRU de Tours © Guillaume Le Baube
Une grande étape vient d'être franchie dans la lutte contre le virus : l'OMS annonce qu'un traitement par corticoïdes diminue de 21% le risque de mortalité des formes sévères de COVID-19.

Il s'agit en tout cas des conclusions d'une "méta-analyse" regroupant 7 études menées dans des pays différents. Parmi elles, "CAPE-COVID", un essai français dirigé par le Professeur Pierre-François Dequin, chef du service de médecine intensive-réanimation du CHRU de Tours.

Avant l'arrivée du nouveau coronavirus, une étude incluant plus de 800 patients était en cours au centre hospitalier. Elle portait sur l'utilisation des corticoïdes dans le traitement des formes graves de pneumonie communautaire :

Une étude exceptionnelle dans un contexte épidémique


"Tout était en place, explique le Professeur Dequin, avec des centres d'investigation déjà ouverts, avec toutes les autorisations obtenues et avec un centre électronique pour recueillir les données. Mais surtout, avec le médicament et son placebo disponibles dans les centres. On a ainsi pu démarrer très rapidement une étude COVID-19 avec les placebos, ce qui est tout-à-fait exceptionnel dans un contexte épidémique."

Idéalement, en matière de recherche, en effet, le groupe ne recevant pas de corticoïdes doit recevoir un placebo. Mais pour une raison d'urgence c'est évidemment très compliqué à mettre en oeuvre en situation épidémique.

L'étude CAPE-COVID dirigée par le professeur tourangeau a inclu au printemps dernier 149 patients développant une forme grave de COVID-19, c'est à dire hospitalisés sous oxygène ou, a fortiori, sous ventilation artificielle (intubation). Ils ont reçu "en aveugle" (les équipes en charge du patient ignoraient quel traitement lui était administré) soit de l'hydro-cortisone (corticoïde naturel) soit un placebo. 21 jours plus tard ont été comparés dans chaque groupe le nombre de patients pour lesquels il était nécessaire de poursuivre la ventilation mécanique ainsi que le nombre de décès.

46% de décès en moins, mais une étude "neutre"


"La mortalité relative dans le groupe de patients soignés aux corticoïdes apparaissait diminuée de 46%, poursuit le Professeur Dequin. Mais du fait d'un effectif trop faible, la différence n'était pas statistiquement significative. On ne pouvait conclure sur notre seule étude à un bénéfice des corticoïdes. Quand on regarde cependant les résultats de la méta-analyse de l'OMS, on se dit qu'il ne nous a manqué que quelques patients pour avoir une différence significative."

Alors, une étude pour rien? Loin de là, car l'Organisation Mondiale de la Santé, qui avait constaté que plusieurs essais portant sur les corticoïdes était menés dans différents pays, avait anticipé une méta-analyse. 7 études ont été retenues, dont celle dirigée à Tours. 1703 patients (issus de 12 pays) ont reçu soit des soins standards, soit un corticoïde, soit un placebo associé aux soins standards.

Résultat : entre 3 et 4 semaines après le début du traitement, les patients traités par un corticoïde présentaient un risque relatif de mortalité inférieur à 21 % (et pas d'effets secondaires) par rapport aux autres patients.

 

C'est énorme! Ce que dit la méta-analyse, c'est que les corticoïdes sauvent des vies quand ils sont administrés chez des patients atteints de formes sévères. Une amélioration de survie de l'ordre de 20%, c'est considérable...Il est rare en médecine de trouver un traitement qui améliore autant les choses.

Pr Pierre-François Dequin, chef de service au CHRU de Tours


Ajoutons à cette bonne nouvelle le fait que les corticoïdes sont des médicaments très anciens, utilisés en thérapeutique depuis les années 50 et qui ne coûtent pratiquement rien. Ils pourront donc rapidement être utilisés à grande échelle, y compris dans des pays qui ne pourraient accéder à un traitement trop coûteux.

Dans les jours qui viennent, l'OMS va publier ses recommandations de traitement. Au CHRU de Tours, les travaux vont maintenant porter sur le suivi des patients, et, en laboratoire, sur la compréhension du mode d'action des corticoïdes contre le coronavirus.
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
covid-19 santé société recherche sciences