Face à la crise énergétique, les artisans boulangers dans le pétrin

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De nombreuses boulangeries risquent de fermer début 2023, à cause de la hausse des prix des matières premières, et plus récemment de l’électricité. À Tours, certains cherchent déjà des solutions alternatives.

Certains ont déjà mis la clef sous la porte. D'autres luttent encore. Le poids de la crise énergétique pèse lourd sur les boulangers, qui sont bien obligés de continuer à cuire le pain.

À Tours, sur le marché de la place de Strasbourg, Alain Moreau a pourtant le sourire. Boulanger, comme son père l'était avant lui, il réussit à maintenir ses prix : "Je ne souffre pas, car je travaille au bois. J'ai quelques machines qui tournent avec de l'électricité, mais je m'en sors."

Il a réduit ses sorties, afin de compenser les augmentations du gasoil. "C'est une mauvaise période", constate-t-il. "On a le contre- coup du Covid,. Les gens ont changé leur façon de manger, de faire leurs courses. Sur le marché, il n y a plus que des personnes âgées. Chez moi, à Tauxigny, mes voisins prennent leur pain sur leur trajet domicile-travail ; jamais ils n'entrent dans une boulangerie artisanale!"

Des factures d'électricité à 6000 euros par mois

Plus loin, près de la place Rabelais, la petite boulangerie a sorti ses décorations de Noël, mais à l'intérieur l'humeur de la clientèle est morose. L'inflation est devenue la question devant et derrière la caisse. Mathieu Pointhieu a repris la boutique il y a deux ans. Cet ancien parisien est artisan-boulanger depuis 20 ans. Jamais il n'avait vu cela.

Tout flambe de façon exagérée. J'ai de la chance, je bénéficie d'un blocage du prix de l'énergie jusqu'en 2024, mais certains de mes collègues pleurent. Ils ont des factures de 6 000 euros par mois. Comment vont-ils s'en sortir ?

Mathieu Pointhieu, boulanger à Tours

Dans la boutique, beaucoup de clients assument avoir changé leurs habitudes, prendre un pain plutôt qu'une baguette, ou diminuer leur consommation.

Malgré cela, Mathieu refuse d'augmenter à nouveau le prix de sa baguette. Elle est déjà passée de 1,10 à 1,20 euros en septembre dernier. "Depuis un an, l'augmentation des matières premières est affolante :+30% pour le sucre, 70 pour les levures" explique-t-il. "C'est 35 % de plus en moyenne, et si nous répercutons, nous perdrons des clients. J'ai pris 10 à 15 % sur ma marge. Nous nous restreignons également au niveau du personnel mais diminuer la qualité, ça, je ne m'y résoudrai pas !"

Dépité, Mathieu aimerait que le Syndicat de la Boulangerie trouve des solutions comme un blocage du prix de l'électricité et la création d'une centrale d'achat pour bénéficier de prix de gros comme à la Rochelle.

"Le beurre en 2021 était à 5,60 euros le kilo, là, il est à 10 euros," explique l'artisan. "Les industriels qui font de gros volumes et négocient mieux les matières premières payent leur farine deux fois moins cher que nous, comment résister dans ces conditions ?"

Fermetures en chaîne

Dans le Loiret, quatre boulangeries ont fermé, trois dans le Loir-et-Cher. Un certain nombre d’artisans a déjà prévenu qu’ils ne passeront pas l’hiver. Le 12 octobre, France 3 avait rencontré Kévin et Soline Robion dans leur village du Pithiverais. Les deux boulangers, après quinze ans de bons et loyaux service, ont annoncé du jour au lendemain la fermeture de leur boulangerie, qui ne pouvait faire face à une facture d'électricité de près de 4000 euros en 2023.

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La boulangerie du village a fermé ses portes dans la journée. En cause la hausse du prix de l' énergie et des matières premières. Impossible pour le couple de boulangers de continuer. ©France télévisions

Jean Comprido, vice-président de la Chambre patronale de la boulangerie du Loiret, préconise d’augmenter le prix de la baguette. "Je conseille également aux confrères de faire attention à ce qu'ils achètent et de boycotter les meuniers qui livrent les grandes surfaces."  En France, le nombre de petites boulangeries est passé de 55 000 en 1970 à 33 000 aujourd'hui selon la Confédération Nationale de la Boulangerie. Bon nombre d'artisans concurrencés par les grandes surfaces ont déjà dû se reconvertir.

Autres solutions, fermer deux jours par semaine, diminuer le nombre de farines utilisées pour fabriquer les pains spéciaux, qui demandent beaucoup plus de travail. Adieu pain viking, pain aux céréales, etc., place au gros pain d'un kilo. Alors que la baguette française vient de rentrer au Patrimoine Immatériel de l’UNESCO, les artisans boulangers vont-ils rejoindre la liste des espèces menacées ?

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