Grâce à des chercheurs de Tours, la baguette en lice pour être inscrite au patrimoine immatériel de l’Unesco

Après validation du ministère de la Culture, le dossier de la baguette pour faire partie du patrimoine immatériel de l’Unesco a été déposé au plus tard ce 31 mars. Un dossier monté en partie avec l’Institut européen d’histoire et des cultures de l’alimentation de Tours.

Le dossier de candidature de la baguette au patrimoine culturel immatériel de l'Unesco a pu être monté grâce à des chercheurs tourangeaux.
Le dossier de candidature de la baguette au patrimoine culturel immatériel de l'Unesco a pu être monté grâce à des chercheurs tourangeaux. © Nathanaël Lemaire / France Télévisions

C’est une telle évidence : la baguette est l’un des emblèmes de la France, c’est l’un des piliers de la gastronomie française.

Didier Gourreau, artisan boulanger

Pour Didier Gourreau, artisan boulanger à Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire) et ancien président du syndicat départemental de la profession, c’est presque étonnant que ce pain-là ne fasse pas encore partie du patrimoine immatériel de l’Unesco.

Mais cet oubli pourrait bien être corrigé. Vendredi 26 mars, le ministre de la Culture Roselyne Bachelot a annoncé sa décision de "présenter la candidature des savoir-faire et de la culture de la baguette de pain à l’inscription sur la liste représentative du patrimoine immatériel de l’Unesco", comme le montre ce tweet. 

La baguette a donc été préférée aux toits de zinc de Paris et au Biou d’Arbois, une fête du Jura.

Un 1er succès avec le repas gastronomique

Initié par la Confédération nationale des boulangers, le dossier a pu être monté notamment grâce à un comité scientifique présidé par Bruno Laurioux, président de l’Institut Européen d’Histoire et des Cultures de l’Alimentation de Tours (IEHCA).  

L'institut n'en est pas à son coup d'essai : il avait lancé l'idée d'inscrire le repas gastronomique des Français au patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'Unesco, idée qui avait abouti avec succès en 2010.

Ce dossier de candidature est le fruit d’une coopération”, abonde Loïc Bienassis, historien de l’alimentation et chargé de mission à l’IEHCA. “Dans ce conseil scientifique, il y avait des profils différents, chacun a apporté sa pierre à l’édifice, et l’institut de Tours a apporté la dimension scientifique, la réflexion sur la notion de patrimoine et sur l’approche historique de cette baguette.

Emblème depuis les années 1950

Une histoire qui n’est pas si ancienne, comme on pourrait l’imaginer. “Depuis le XVIIIe siècle, il y a une tradition des pains longs à Paris qui a évolué et donné au XXe siècle la baguette que l’on connaît tous aujourd’hui", raconte l’historien.

"Il y a aussi la façon dont la baguette s’est construite comme un emblème de la France, poursuit-il. Dès le XIXe siècle, les étrangers associaient la France au pain long, et vu que la baguette est devenue le pain français par excellence à partir des années 1950, une assimilation s’est opérée entre la baguette et la France, d’abord à l’étranger, puis aux yeux des Français eux-mêmes.

L’IEHCA a par ailleurs collaboré avec des professeurs et des étudiants de l’Université de Tours qui sont allés à la rencontre de plusieurs boulangers tourangeaux. “On a procédé à des enquêtes de terrain pour cerner au plus près la place de cette baguette dans les pratiques de consommation et les représentations des Français d’aujourd’hui”, explique Loïc Bienassis.

Une reconnaissance pour les boulangers

Parmi les boulangeries visitées par les étudiants, celle de Didier Gourreau justement. Participer à cette enquête lui a permis de penser davantage à son rôle de “proximité” et de “lien” social : “On a des personnes âgées qui viennent acheter une demi-baguette le matin, et une demi l’après-midi”, assure-t-il.

Il se dit “satisfait” et “fier” que la candidature de la baguette ait été retenue, qu’il vit comme “une reconnaissance vis-à-vis de notre produit et de notre métier”.

Un regard que partage Loïc Bienassis : “Ce sont les savoir-faire artisanaux, l’expertise des boulangers, la tradition boulangère qui est incarnée par la baguette, ce n’est pas juste la baguette en tant que produit qui est en lice, loin de là." La décision finale, qui appartient à l’Unesco, ne sera pas connue avant l’automne 2022.

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