Indre-et-Loire : mis à prix à 1 million €, un tableau de Claude Monet ne trouve pas preneur aux enchères

Annoncé en grande pompe dans les médias, le tableau Dieppe de Claude Monet était mis aux enchères au château d’Artigny, au sud de Tours, ce dimanche 6 juin. Il a été retiré de la vente, faute d’acheteur. Une déception pour les commissaires-priseurs.

Ce tableau de Claude Monet représente l'entrée de la ville de Dieppe. Il l'a peinte en février 1882.
Ce tableau de Claude Monet représente l'entrée de la ville de Dieppe. Il l'a peinte en février 1882. © Luc Pérot / France Télévisions

Nous allons maintenant vous présenter le tableau que vous attendez tous.” C’est par ces mots que les deux commissaires-priseurs Rouillac, père et fils, responsables de cette vente aux enchères, ont annoncé le lot 70 : un tableau de Claude Monet. Il représente la ville de Dieppe, et s’intitule d’ailleurs tout simplement Dieppe

Alors que les assistants vérifient que les potentiels acheteurs sont bien connectés en ligne sur le site interencheres.com ou répondent au téléphone, Aymeric Rouillac pose le contexte. “Lorsque Claude Monet peint cette toile en février 1882, il n’est pas encore devenu l’artiste recherché, chéri par les collectionneurs, il n’a jamais vendu une toile plus de 50 francs”, raconte-t-il.

Sa situation est même plus que délicate : “il a 42 ans, son épouse est décédée, il vit avec la femme de son mécène qui du coup ne lui achète plus de tableau. Il est poursuivi par les huissiers, il quitte Poissy.”

"Symphonie végétale"

Le commissaire priseur poursuit : “Monet décide de peindre pour oublier ses soucis. Après avoir manqué une correspondance, il arrive à Dieppe. Il ne recherche pas la compagnie des provinciaux le soir, il se plaint de la solitude. Il ne livre que deux toiles de Dieppe, une représentant le port, et cette autre toile.”

Philippe Rouillac prend la suite et poursuit sur ce courant pictural révolutionnaire qu’est l’impressionnisme, avant de décrire cette oeuvre qu’il qualifie de “symphonie végétale

Ce tableau appartient aujourd’hui à un amateur d’art japonais qui souhaite donc le vendre. “Présenter un tableau de Monet, c’est pour nous un honneur”, souffle Aymeric Rouillac.

"Il croyait que c'était 100.000 €"

Après cette longue introduction, les enchères s’ouvrent enfin avec la mise à prix à un million d'euros. De longues secondes s’écoulent. Le silence de la salle est entrecoupé des voix des commissaires priseurs qui patientent, annoncent une première enchère à 1.050.000 €, puis quelques instants plus tard 1.100.000 €. 

Après un moment de confusion, Aymeric Rouillac annonce mi-amusé, mi-dépité : “On a un message de l’acheteur d’Interenchères qui croyait que c’était 100.000 €”.

Le compteur est remis à zéro. Philippe Rouillac déclare enfin “un million une fois, un million deux fois, un million… Nous le retirons faute d’amateur !

Que s’est-il passé ?

Ce dernier enchaîne alors et tente de comprendre pourquoi l’oeuvre n’a pas trouvé preneur. Car le peintre français séduit : “les Américains sont amoureux de Monet”. Les Chinois aussi : “C’était les plus chauds, avoue-t-il. Monet devient leur peintre coqueluche”.

D’autre part, la mise à prix était d’après eux “extrêmement attractive” : “Franchement un tableau de Monet à un million d'euros, c’est un cadeau. Quand vous regardez les prix d'adjudication (des enchères, NDLR) des derniers Monet à New York il y a 15 jours, [...] c'était 5, 10, 15 millions !

Pour Philippe Rouillac, la cause de cette non-vente est la crise sanitaire : les acheteurs anglais, américains et chinois intéressés n’ont pas pu se déplacer pour voir le tableau à cause des restrictions de déplacement international, et n’ont donc pas osé investir.

“Achèteriez-vous un bien immobilier simplement avec des photos et un plan ? Non ! vous voudriez le visiter, peut-être même plusieurs fois, pour voir quel est son environnement quels seront les travaux à faire.” Il en va de même pour l’art. 

"Il y aura des rebondissements"

C’est la première fois depuis 33 ans que nous ne comptons pas un étranger”, regrette Philippe Rouillac. Il tente d’ailleurs d’émoustiller l’intérêt des personnes présentes. En vain. 

C’est une déception que le marché français ne l’absorbe pas et que nous devions attendre l’étranger. C’est ainsi, philosophe-t-il avant de conclure : Il y aura des rebondissements pour ce tableau, vous verrez car c’est un bien qui est rare et qui n’est plus vendu sur le marché français.

Retiré de la vente, le tableau de Monet ne va pas disparaître de la circulation. Les commissaires priseurs ont évoqué trois possibilités : proposer à la ville de Dieppe et à la région Normandie de l’acquérir via une opération de mécénat ou de financement participatif ; aller le montrer aux acheteurs potentiels à l’étranger ; ou le remettre aux enchères, une fois que les restrictions sanitaires seront levées. 

 

Vous pouvez retrouver l'intégralité de la vente aux enchères ici :

 

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