L’avion du futur fait une escale à l’aéroport de Tours

Le Cassio 1, premier avion électrique volant dans le monde avec une capacité de 10 places, a entamé son tour de France, avec une escale à Tours. Grâce à cette démonstration, la société Edeis, compte ouvrir la voie d’une nouvelle aviation qui allie écologie et désenclavement des territoires.
© Mehdi Fedouach - AFP

"C’est une première mondiale ! C’est le début d’une nouvelle révolution de l’aérien", s’enthousiasme Olivier Galzi, vice-président d’Edeis, gestionnaire de 19 aéroports régionaux dont celui de Tours. Et pour cause : le Cassio 1 est le premier avion électrique pouvant accueillir 10 personnes à son bord. Il est le fruit de la collaboration d’Edeis et de VoltAero, permettant de mettre au point une technologie hybride afin de voler grâce à la seule énergie électrique ou alors aidé d’un moteur thermique. Ce "tour de pionniers" reliera 11 villes dans toute la France pour se terminer à Rochefort le 11 juillet. 

Une autre "vision de l'aérien"

Ces derniers mois, à la suite de l’apparition de la pandémie de Covid-19, le secteur de l’aéronautique a traversé une zone de turbulence. Le projet de loi "Climat et résilience", adopté en avril dernier à l’Assemblée nationale et fin juin par le Sénat, interdit les vols intérieurs quand un trajet de moins de 2h30 est possible autrement, et limite toute extension ou création d’aéroport. Le sujet a longuement fait parler et donné lieu à quelques polémiques. Dans ce climat, le vice-président d’Edeis veut montrer qu’une autre vision est possible. Une vision alliant écologie et désenclavement des territoires. "Avec les progrès technologiques que l’on fait, on peut faire les choses autrement, et ce tour de France en est un exemple. Tout le monde a une vision assez arrêtée de l’aviation, et notre but est donc de convaincre - les acteurs de l’aéronautique en tête - que l’on peut aborder cela en prenant en compte toutes les problématiques", argumente Olivier Galzi. 

À l'arrivée du Cassio 1 sur le tarmac de l'aéroport de Tours - Val de Loire. Nicolas Destouches, directeur de l'aéroport, Jean Botti, président-directeur général de VoltAero, Olivier Galzi, vice-président d'Edeis et Didier Esteyne, directeur technique de VoltAero et pilote du Cassio 1, posent ensemble (de gauche à droite) devant l'appareil.
À l'arrivée du Cassio 1 sur le tarmac de l'aéroport de Tours - Val de Loire. Nicolas Destouches, directeur de l'aéroport, Jean Botti, président-directeur général de VoltAero, Olivier Galzi, vice-président d'Edeis et Didier Esteyne, directeur technique de VoltAero et pilote du Cassio 1, posent ensemble (de gauche à droite) devant l'appareil. © Edeis

Cette initiative s’adresse donc aux aéroports régionaux, pour des trajets qu’il est impossible de faire directement en train, et difficilement en voiture. "Notre démarche est de discuter avec tous les acteurs locaux, et leur montrer toutes les liaisons possibles à faible émission, dans un rayon de 300 km. Plus l’aérien a évolué, moins les territoires en ont profité, il faut rétablir cela", ajoute Olivier Galzi. 

Mais avec un avion de 10 places, peut-on révolutionner totalement le transport intérieur ? Pas tout de suite, selon Olivier Galzi, mais cela ne saurait tarder : "Il y a 5 ans, nous travaillions sur des moteurs électriques dix fois moins puissants, tout va très vite avec les progrès que nous faisons. En comparaison un projet de ligne de train à grande vitesse met 20 ans à se mettre en place.

Faire profiter les entreprises locales

Actuellement, le Cassio 1 peut faire de 200 à 300 km uniquement grâce à l’énergie électrique, mais les ingénieurs travaillent déjà sur la suite. "On espère que notre avion de 10 place sera homologué d’ici 2026. Par la suite, cela peut aller très vite. On peut imaginer rapidement des avions électriques de 20 à 50 places dans les années suivantes", avance le vice-président d’Edeis. En attendant, la commercialisation d’engins de 2 à 4 places débutera en 2023. 

Des appareils trop petits pour viser le grand public, mais qui toucheront d’abord les entreprises qui ont besoin de se déplacer rapidement d’un territoire à l’autre. Olivier Galzi en est persuadé et l’argumente : "Si vous prenez l’entreprise Michelin à Clermont, par exemple, les salariés ont souvent besoin d’aller à Paris, c’est aussi pour ça que la ligne Paris-Clermont existe. Cependant, l’avion d’une capacité de 50 personnes n’est jamais plein, un appareil plus petit suffirait.

D’autant plus que les destinations choisies ne seraient pas faisables par un autre mode de transport. Si l’avion électrique met un peu plus de temps de trajet que l’avion thermique, "ce n’est pas notre sujet", balaye Olivier Galzi. L’accent est mis sur une meilleure liaison des territoires enclavés, en respectant les problématiques écologiques. Mais tout cela est encore tôt. Comme un test grandeur nature, le Cassio 1 va d’abord essayer de boucler son tour de France sans accroc. Avec peut-être à la clé cette "révolution" du secteur aérien qui profiterait aux territoires. 

 

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