CARTE. Paris-Tours, une ligne TGV hors de prix ? Les usagers demandent des comptes

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Écrit par Thomas Hermans
Un TGV en gare de Lyon à Paris.
Un TGV en gare de Lyon à Paris. © Stéphane de Sakutin/AFP

Les usagers du TGV Paris-Tours dénoncent des prix exorbitants et bien supérieurs à la moyenne nationale, prix que la SNCF juge très rares. Le député d'Indre-et-Loire Philippe Chalumeau doit rencontrer le ministre des Transports à ce sujet le 26 octobre.

Des billets de TGV entre Paris et Tours à 90 euros, c'est rare, mais ça existe. C'est en tout cas ce qu'ont pu constater des utilisateurs réguliers de la ligne. Des prix qu'ils jugent exorbitants, et qui seraient parmi les plus chers du réseau à grande vitesse français. Chaque jour, ils seraient environ 2 000 à prendre le Paris-Tours, à en croire Le Parisien.

David Charretier est tourangeau, et est un usager très fréquent du TGV. Travaillant à Paris comme directeur digital pour un grand groupe international, il fait la navette "plusieurs fois par semaine" depuis des années, et connait bien la situation. Depuis 2004, il est le président de l'association TGV Paris-Tours, qui revendique 950 adhérents, passagers réguliers de la ligne. Une ligne sur laquelle il avait déjà pu "constaté des flambée des prix du ticket à 80 ou 85 euros". Pour ses filles étudiantes à Paris, il souhaite réserver des billets pour vendredi 15 au soir, et tombe sur une offre à 90 euros en seconde classe. "C'est une première depuis 30 ans", affirme-t-il.

La ligne la plus chère de France ?

Une première, mais pas tellement une surprise pour lui. Selon une étude de 2017 de l'UFC-Que choisir, qui avait calculé le prix moyen au km d'un trajet en TGV sur de nombreux itinéraires, le Paris-Tours serait l'une des lignes les plus chères de France, seulement dépassé par la liaison Toulon-Aix en Provence et par le cas particulier des Eurostar vers Londres.

Pour obtenir ces moyennes, l'UFC-Que choisir a retenu un train par trajet étudié. Nous avons choisi de vérifier ces chiffres avec des données plus nombreuses (voir la méthodologie en fin d'article), réparties sur six trajets ciblés :
- Paris-Tours,
- Paris-Le Mans, qui utilise les mêmes rails que le Paris-Tours sur les trois quarts de son itinéraire,
- Paris-Lille, même nombre de kilomètres que le Paris-Tours,
- Paris-Lyon, première LGV ouverte et la plus fréquentée de France,
- Paris-Reims,
- Reims-Strasbourg.

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Les liaisons de Paris à Tours, Le Mans et Reims tournent toutes, selon nos moyennes, autour des 26 centimes du km. Paris-Lyon et Reims-Strasbourg semblent légèrement moins chères, avec respectivement 20 et 23 centimes. Et bien que sa longueur soit égale à Paris-Tours, Paris-Lille revient bien moins cher avec 16 centimes du km. Selon l'UFC-Que choisir, la moyenne nationale pour les trajets de une à deux heures est de 18 centimes le km. Conséquence de ces différences : pour un vendredi de départs en vacances (ce 22 octobre), le billet vers le Nord est en moyenne de 38 euros, contre 60 euros pour Tours. Il arrive même que des billets Ouigo (supposé low-cost) atteignent les 65 euros entre Paris et l'Indre-et-Loire.  

On the road again

Le billet à 90 euros a en tout cas dissuadé David Charretier de faire voyager ses filles par le train le week-end dernier, préférant aller les chercher en voiture. "La SNCF est un service public, ce n'est pas normal avec tous les enjeux écologiques, et complètement inadapté", insiste-t-il.

Ces tarifs, le député LREM de Tours Philippe Chalumeau ne les juge "pas très justes" non plus, et dit "ne pas comprendre pourquoi" les prix varient autant d'une ligne à une autre. Il affirme suivre le dossier depuis plusieurs années, étant lui-même un usager très fréquent du Paris-Tours. C'est d'ailleurs depuis la plateforme du train à grande vitesse qu'il explique, par téléphone, que "le TGV doit être un meilleur atout pour Tours, pour l'Indre-et-Loire, pour Vendôme", en devenant plus "compétitif face aux autres modes de transport". Il estime qu'il n'est pas normal de "mettre des véhicules gazole sur les routes parce que le train est trop cher" alors que "des efforts doivent être faits vers la transition écologique", et souhaite que le TGV soit "accessible à tous".

À bord du Paris-Tours limité

Contactée, la SNCF explique de son côté que les billets à 90 euros "restent très rares" et font en général suite à "un afflux massif de gens dans nos trains à cause d'évènements ponctuels comme un salon à Bordeaux", ou une journée de départs en vacances par exemple.

La société nationale reconnaît malgré tout que, structurellement, "les billets sur Paris-Tours sont un petit peu plus chers que sur Paris-Lille". En cause selon elle : une série de petites difficultés qui, combinées, aboutissent à des charges plus importantes. Elle cite notamment la différence majeure entre les deux, à savoir le profil des dessertes : "Sur Paris-Lille, les TGV partent de Paris et arrivent à Lille, parfois ils s'arrêtent à Arras. Point. Pour Paris-Tours, Tours peut être un terminus avec des arrêts à Massy ou à Vendôme, ou le train peut simplement s'arrêter à Saint-Pierre et continuer vers Bordeaux." En résulte un nombre de sièges "occupés simplement entre Paris et Vendôme ou complètement entre Paris et Bordeaux" qui mécaniquement "ne reviennent pas aux Tourangeaux". 

Le résultat, selon la SNCF, est simple :

Les places sont moins nombreuses, donc l'offre est inférieure, donc les prix augmentent.

SNCF

Un mécanisme constaté, selon nos chiffres, sur le Paris-Le Mans et le Paris-Reims, qui se situent dans des configurations similaires en courte distance.

Le train ne fait que passer, sur la route de Biarritz

"La logique de la SNCF, c'est de mettre moins de TGV pour faire des économies, de ne pas gérer en fonction de la demande et de se dire que les motivés paieront 90 euros", tonne David Charretier de l'association Paris-Tours. La SNCF, elle, pointe du doigt une saturation de la gare Montparnasse à Paris. Dans la situation actuelle, avec "un départ toutes les 4 minutes en heure de pointe à Montparnasse, on ne peut pas rajouter des trains pour des raisons de sécurité", assure la compagnie publique. En somme, "on a la demande qui augmente, mais l'offre ne peut pas suivre", assume-t-elle.

Pas sûr, donc, que la desserte puisse augmenter d'une simple décision venue d'en haut. Le député Philippe Chalumeau espère néanmoins que l'ouverture du réseau ferroviaire à la concurrence en 2023 serve de levier dans les prochaines années. S'il se décrit "pour le service public", il se dit "sûr que la concurrence va jouer sur les prix, en basculant sur une offre européenne". Puisque "Tours est sur la route de Biarritz, de l'Espagne, du Portugal", la liaison avec Paris pourrait profiter d'offres plus attractives que celles de la SNCF. La compagnie pourrait être contrainte à baisser ses tarifs. Des hypothèses impossibles à vérifier à l'heure actuelle, alors que l'ouverture à la concurrence du réseau en 2023 reste un sujet très critiqué et débattu (Alternatives économiques, réservé aux abonnés). 

Pour l'instant, la SNCF redirige vers les offres d'abonnement mensuel, ou vers la carte Avantages à 49 euros, dévoilée le 1er juin dernier et qui plafonne le prix des billets à 39 euros pour les trajets de moins d'1h30. Des "efforts tarifaires" pour "qu'on arrête de dire que le train est trop cher", plaide la SNCF.

On avance, c'est une évidence (ou pas)

David Charretier salue "de bonnes initiatives" pour faire baisser les tarifs de façon globale, mais regrette le prix de l'abonnement mensuel. Ce dernier, qui concernerait environ 4 000 personnes sur le Paris-Tours, coûte 565,30 euros en seconde classe, et permet aux abonnés de réserver un billet pour 1 euro 50. "Quand on est obligé de débourser un demi SMIC pour prendre le TGV, c'est du luxe. Le TGV, c'est le Vuitton des transports", ironise-t-il. La SNCF note que l'employeur prend, en général, à sa charge 50% de l'abonnement en question, et que la région peut verser une aide de 108,70 euros mensuelle, sans autre condition que de résider en Centre-Val de Loire.

Et en attendant l'ouverture à la concurrence, il affirme que seule "une vraie mobilisation des élus locaux tourangeaux" pourrait aboutir à une réduction des prix. À l'instar des pressions récurrentes de la maire de la cité nordiste Martine Aubry, pour faire baisser les prix des TGV Paris-Lille. Le président de l'association TGV Paris-Tours souhaiterais que "l'État impose un plafonnement autour de 55 ou 60 euros en seconde classe". 

Alerté sur le sujet depuis le début de son mandat en  2017, Philippe Chalumeau a déjà signalé le problème à Elisabeth Borne lorsque celle-ci était encore ministre des Transports, visiblement sans succès. Il promet néanmoins d'aborder le sujet avec Jean-Baptiste Djebbari, successeur d'Elisabeth Borne, lors d'une réunion prévue ce mardi avec "des élus du pays lochois pour parler de la ligne Tours-Loches". "Je vais me battre", assure-t-il, espérant "une négociation" entre État et SNCF sur une baisse des tarifs. Il doit d'ailleurs transmettre une missive, écrite par David Charretier, au ministre pour résumer les réclamations des usagers. "Le ministre a du poids", assène, optimiste, le député. Comme pour se convaincre du succès salutaire d'une croisade qui, pourtant, n'en finit plus d'échouer.

Méthodologie de nos chiffres

Pour calculer nos prix au kilomètre, nous avons relevé les tarifs seconde classe de tous les TGV et Ouigo disponibles sur les six itinéraires, dans les deux sens, aux dates des vendredi 22, dimanche 24, mardi 26 et vendredi 29 octobre, à partir d'un même ordinateur dans la matinée du jeudi 21 octobre. Nous en avons tiré une moyenne du ticket par jour et par trajet, et une moyenne du ticket sur les quatre jours, divisé par le nombre de kilomètres parcourus.

Nous avons pu relever les tarifs de :
- 111 trains entre Paris et Tours,
- 118 trains entre Paris et Le Mans,
- 165 trains entre Paris et Lille,
- 185 trains entre Paris et Lyon,
- 108 trains entre Paris et Reims,
- 51 trains entre Reims et Strasbourg,
soit un total de 738 TGV.

Plusieurs gares ont été retenues pour chaque terminus :
- À Paris, les gares Montparnasse pour Tours et Le Mans, du Nord pour Lille, de Lyon pour Lyon et de l'Est pour Reims,
- À Tours, les gares de Tours et de Saint-Pierre-des-Corps,
- À Reims, les gares de Reims et de Champagne-Ardenne TGV pour Paris, et uniquement Champagne-Ardenne TGV pour Strasbourg,
- À Lille, les gares de Lille-Flandres et Lille-Europe,
- À Lyon, les gares de Perrache, Part-Dieu et de l'aéroport Saint-Exupéry,
- Au Mans et à Strasbourg, les gares de ville uniquement.

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