Présidentielle 2022 : le programme de Valérie Pécresse sur la justice manque l’essentiel selon les magistrats

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En visite à Tours ce 25 janvier, la candidate Les Républicains Valérie Pécresse a déroulé son programme pour la justice, insistant sur la construction de nouvelles prisons et l'attribution de nouveaux moyens aux tribunaux.

La candidate des Républicains Valérie Pécresse était à Tours ce mardi 25 janvier pour présenter son programme pour la justice. Depuis plusieurs mois, le malaise est bien présent dans le monde judiciaire, et a culminé le 17 décembre dans une grève "historique" des magistrats, avocats et greffiers. La justice réclamait plus de moyens, et Valérie Pécresse s'est donnée pour mission de montrer que cette demande avait été entendue.

5 milliards d'euros et 20 000 places de prison

"Je veux faire de ma présidence celle de l'impunité zéro en mettant en place un plan de modernisation et de sauvetage de la justice" a annoncé la candidate de droite. Au programme, 5 milliards d'euros d'investissement, et 16 000 recrutements sur l'ensemble du quinquennat, parmi lesquels "des magistrats, des greffiers, des agents de probation, des agents de l'administration pénitentiaire, des assistants de justice". Valérie Pécresse a également promis 20 000 places de prison supplémentaires, qui s'ajouteront aux quelque 70 000 déjà existantes selon les chiffres du ministère de la Justice.

Si l'augmentation des effectifs est plutôt bien reçue sur le terrain, bon nombre de magistrats regrettent déjà que l'accent soit une fois de plus mise sur l'administration pénitenciaire et la justice pénale. "L'augmentation des moyens de la justice c'est un bon signe, mais on craint un petit peu les effets d'annonce", juge l'avocat tourangeau Vincent Brault-Jamin. "Valérie Pécresse ne parle que de délinquance, alors que la justice ce n'est pas le pénal. Bien sûr le sujet de la délinquance est important et il faut en parler, mais toute une partie de la justice est oubliée."

Les failles du tout-sécuritaire et tout-répressif

Pour les magistrats, la prestation de la candidate de droite laisse aussi à désirer. "On ne cesse de dire que la justice est laxiste, alors que la France est l'un des pays qui condamne le plus, et où les peines se sont encore aggravées ces dernières années", dénonce Cécile Mamelin, vice-présidente de l'Union syndicale des magistrats (USM).

Chaque fait divers devient une loi. On ne réfléchit plus à la justice depuis très longtemps, on est dans l'émotion, le législateur travaille sur le ressenti et les lois sont votées en réaction à des faits divers.

Cécile Mamelin, vice-présidente de l'USM

La magistrate reste aussi de marbre face à "l'explosion de la délinquance" invoquée par Valérie Pécresse pour justifier le slogan de l'impunité zéro. "Même moi je ne comprend pas ce que ça veut dire ! C'est du niveau 'Qui vole un œuf vole un bœuf', on enfonce des portes ouvertes", s'indigne Cécile Mamelin, qui voit dans les propositions les plus dures de la candidate l'arme d'un "État répressif et sécuritaire". "Croire que la justice c'est avant tout la justice pénale, il n'y a rien de plus faux."

En effet, dans les tribunaux, "les trois quarts des affaires sont des affaires civiles", mais le temps et le personnel nécessaire pour les juger dans de bonnes conditions n'est tout simplement pas là. "A l'heure actuelle, la justice qu'on rend est très dégradée, j'allais dire clochardisée", lâche Cécile Mamelin, "mais ce dont on a besoin c'est simplement des moyens de faire notre travail correctement. Le vrai combat, il est là !"

Sous le mandat d'Emmanuel Macron, le budget de la Justice a connu deux augmentations successives en 2021 et 2022. Mais là encore, la majeure partie de cet argent, qui porte le budget du ministère à 9 milliards d'euros en 2022, a été dirigée vers l'institution pénitentiaire, avec des progrès encore insuffisants du côté des tribunaux selon les magistrats.