Tours : comment la ville mise sur le vélo ?

Avec la crise sanitaire, le vélo prend chaque jour un peu plus de place dans nos vies et dans nos villes. A Tours, sa pratique est même fortement encouragée par la nouvelle équipe municipale. Avec, à la clé, des mesures qui ne font pas toujours l’unanimité.

Avant confinement, le Collectif Cycliste 37 "Tous à vélo !" à Tours
Avant confinement, le Collectif Cycliste 37 "Tous à vélo !" à Tours © France Télévisions / Luc Perot
Embouteillages, pollution : dans nos villes, le tout voiture commence à se conjuguer au passé. Aux côtés des transports en commun, le piéton retrouve peu à peu ses droits. Et le vélo soigne son retour.

A Tours comme dans les villes de taille analogue, 7 % de la population l’utilise désormais pour ses déplacements quotidiens. Un chiffre en constante augmentation, encore renforcé par la crise sanitaire que nous traversons.Mais comment les villes s’adaptent-elles aujourd’hui pour offrir au vélo toute sa place ? Comment concilier, ou plutôt réconcilier les différents modes de transports ? Quelle stratégie les militants de la cause vélo mettent-ils en place pour imposer peu à peu un moyen de locomotion qui retrouve aujourd’hui une seconde jeunesse ?

Exemple avec la métropole tourangelle, où rues et usages vivent une mutation.

Grande séductrice, la petite reine s’est invitée aux municipales

Cette sacrée petite reine s’est même invitée dans la campagne des dernières élections municipales, au point de devenir, pour chacun des candidats, un véritable enjeu politique. Défenseurs de toujours ou partisans plus récents, impossible pour les candidats de débattre sans évoquer le sort réservé au vélo dans chacun des projets. Tous ont senti la demande grandissante de la part de la population… et se sont attachés à y répondre, chacun à sa façon.  

Déjà, au sortir du déconfinement, des mesures – provisoires – avaient été prises pour favoriser la pratique du vélo, avec notamment l’instauration de pistes dédiées sur de grands axes de la ville. La victoire du candidat écologiste Emmanuel Denis a produit un effet d’accélération. La nouvelle équipe municipale a pris, depuis le début de l’été, plusieurs mesures fortes : sanctuarisation de pistes provisoires, fermeture du pont Wilson à la circulation automobile, décision de subventionner l’achat de vélos pour les habitants. Les conséquences de ces multiples encouragements ne se sont pas fait attendre. D’après un récent comptage opéré par la Métropole tourangelle, entre les mois de juin et d’août 2020, la pratique du vélo se serait accrue de 10% dans la métropole par rapport à la même période en 2019.

Des modèles capables de rivaliser avec l’automobile

C’est aussi l’image même du deux roues qui s’est transformée au cours de ces dernières année. Dans son entreprise de séduction, le vélo ne cesse de se montrer sous son meilleur jour. Vélos à assistance électrique, rallongés, pousseurs, biporteurs, triporteurs : l’offre s’est considérablement diversifiée. Benoît Bourdache est un spécialiste de ces nouveaux modèles.

Selon lui, on assiste à un grand renouveau des utilitaires, qui proposent à présent une véritable alternative à l’automobile.

Coiffeuse à domicile ou paysagiste des vélos-cargo à tout faire

Une alternative à la voiture, c’est clairement ce que cherchait Sonia. Elle a choisi, pour ses déplacements, d’investir dans un vélo-cargo à assistance électrique. Sa journée commence par un premier voyage d’une vingtaine de minutes, qui lui permet d’emmener ses deux enfants à la crèche. Pour la suite de sa journée, son cargo se transforme en outil professionnel. Coiffeuse à domicile, elle enchaîne les rendez-vous chez ses clientes à travers rues et ruelles du centre-ville. Plus agile, plus facile pour se garer, et plus en accord avec les idées écologistes qu’elle souhaite défendre dans l’exercice quotidien de son métier.Matthieu est quant à lui jardinier-paysagiste. Premier défi, pour lui : charger son véhicule. Échelles, bèches, sécateurs et même broyeur électrique, chacun de ses outils trouve sa place. Et pour rien au monde il voudrait revenir en arrière. Ce mode de transport lui a permis de repenser son métier. Et ce qu’il apprécie par-dessus tout, c’est la possibilité de se trouver aujourd’hui en contact direct avec le monde qui l’entoure.

Une capitainerie du vélo en plein centre-ville

Pour aider au développement du vélo, la métropole de Tours s’est dotée depuis quelques années d’une maison du vélo, un outil particulièrement apprécié des cyclistes. A deux tours de roue de la gare, on trouve ici tout le nécessaire pour réparer sa monture, prendre une douche ou se restaurer. C’est l’une des toutes premières à avoir été créée en France. D’abord imaginée à destination des cyclo-touristes, elle a rapidement été investie par les cyclistes tourangeaux.

Longtemps hésitants, les pouvoirs publics semblent aujourd’hui avoir pris conscience que le vélo nécessite des aménagements particuliers pour lui permettre de trouver sa place dans la cité. La métropole de Tours a ainsi multiplié des espaces – bandes ou pistes cyclables, doubles sens, bornes de stationnement - qui lui sont plus ou moins spécifiquement dédiés.

Le vélo, dopé par ses militants

Reste que le ressenti des cyclistes n’est pas toujours au rendez-vous. Et la puissante fédération des usagers de la bicyclette livre de bien mauvais résultats dans son baromètre annuel, livré l’hiver dernier. Problèmes de stationnement sur les pistes cyclables, manque d’efforts de la ville : le constat est extrêmement sévère, bien loin du satisfecit claironné par les élus d’alors.

David alias Dadavidov est un authentique militant de la cause vélo. Sans relâche, il parcourt les rues de la ville, traque et dénonce la moindre embûche sur les réseaux sociaux. Sa démarche, il la veut avant tout citoyenne. Il n’est pas seul à défendre cette cause ; il appartient aussi au collectif cycliste 37. Un collectif qui, fort de ses 1000 membres, a entrepris un véritable travail de lobbying auprès des élus locaux. Parmi leurs objectifs, mettre au point et aider à la mise en place d’un "réseau express vélo". Il s’agit d’un ensemble d’itinéraires totalement dédiés permettant aux cyclistes de traverser la ville à grande vitesse tout en se sentant protégés des automobiles.

Un atelier pour recycler et réparer

Mettre au point et proposer des itinéraires dédiés permettant de concurrencer la voiture dans ses déplacements urbains peut inciter des citadins à laisser leur voiture au garage. Reste un frein au développement du vélo dans la ville, et pas des moindre : acquérir et entretenir sa monture coûte assez cher. Le collectif cycliste met à la disposition des usagers et de ses bénévoles un grand atelier où ils se retrouvent, plusieurs fois par semaine, pour partager savoir-faire et matériel permettant de réparer leurs vélos.

C’est aussi dans ce lieu que l’on démonte de vieux engins pour récupérer des pièces détachées qui serviront ensuite à reconstituer des vélos comme neufs. Une contribution à l’économie circulaire en somme. Plusieurs centaines de vélos retrouvent ainsi chaque année une seconde vie et sont revendus à prix abordable.

Une école du vélo pour se mettre en selle

Acquérir un vélo bon marché, c’est bien. S’en servir en toute sécurité n’est pas simple pour tout le monde. Apprendre l’équilibre, adopter les bons réflexes : une école du vélo a été créée il y a une douzaine d’années. Cette école met en selle des débutants de tous âges. Les premiers tours de roue de Pauline sont un peu hésitants. Avec l’aide bienveillante de son moniteur, elle prend peu à peu confiance.

Dans quelques temps, son apprentissage se poursuivra dans la circulation. Et pour elle, c’est un vrai défi. Le vélo, pour elle, deviendra alors un outil de liberté. Pour se déplacer à son rythme, pour ses loisirs, mais aussi pour l’aider à trouver un travail. Et ils sont nombreux, ces nouveaux cyclistes à se faire aider pour se remettre en selle en toute sécurité.

A Tours, les adeptes de la petite reine ont retrouvé le sourire. Dopés par les mesures mises en œuvres par la nouvelle municipalité, ils semblent aujourd’hui trouver enfin une réelle  place dans la ville. Mais Tours n’est pas Amsterdam, et le gros défi reste cet équilibre qu’il faut trouver entre les différents modes de transports. Alors seulement on pourra parler de mobilité "apaisée" pour la métropole tourangelle.
 
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