VIDEO. Le chanteur Mighty rassemble les jeunes d'un quartier populaire de Tours autour du rap

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Nous sommes à Tours, dans un des terroirs du hip-hop français. Mighty, ancien chanteur de Dance Hall, s’occupe ici d’un studio de musique, dans lequel où il reçoit tous les jeunes du quartier Sanitas qui veulent faire de la musique. Sa petite pièce de quelques mètres carrés et son enthousiasme permettent surtout d’entretenir la vie culturelle et la créativité de toute une population.

Le quartier du Sanitas n’est peut-être pas encore le centre du monde, mais c’est au moins le centre de Tours. Si les cités ont l’habitude en effet de border le centre des villes, ici les bâtiments HLM du quartier ont la particularité de s’ériger en plein milieu de la plus grande commune de la région Centre Val de Loire. "C’est ça, exactement. Ici c’est nous les gars du centre-ville."

Mighty nous reçoit juste devant son Ti'studio. L’accent dans l’appellation fait référence aux origines antillaises du travailleur social, et les dreadlocks témoignent d’une belle carrière de chanteur de Dance Hall. "Ce studio de musique, je l’utilisais pour faire mon propre son, à la base, nous explique Mighty. J’ai chanté pendant très longtemps, puis je me suis mis petit à petit à recevoir les jeunes du quartier qui venaient poser leur texte. Il y avait une ambiance superbe, sauf qu’à un moment donné on avait plus les fonds pour l’entretenir donc on a failli le perdre."

L’association Pluriel(le)s avait eu vent du succès de ce studio, devenu une vraie institution dans le quartier. Elle avait proposé à Mighty de poursuivre son activité, en la faisant basculer au centre social de la ville. Au grand bonheur des jeunes artistes.

Tous ceux qui veulent faire de la musique et qui habitent dans le coin viennent ici. Ce studio permet surtout d’entretenir toute une émulation positive, artistique dans le quartier.

Syrius, rappeur de Tours.

"Et puis Mighty a une grande expérience de musicien, il ne le dira pas parce qu’il est modeste, mais ses chansons ont cartonné pour ceux qui s’y connaissent en Dance Hall. Il nous donne son expertise, il réalise aussi nos clips, il nous fait profiter de ses contacts. Moi j’ai fait un album ici comme si j’étais dans un vrai label."

Rap « écolo »

Mighty ne fait pas qu’enregistrer la musique, il évacue surtout la colère en faisant un truc inhabituel dans les quartiers : donner la parole. "Je ne considère pas cet endroit comme un simple studio de musique, décrit Mighty. Ce n’est qu’un prétexte ça. Ici, c’est surtout un endroit où les jeunes viennent échanger, parler, raconter, écouter. C’est un vrai espace de vie."

Parce que c’est vrai que le rap à la base c’est ça. On l’a oublié, parce qu’aujourd’hui cette musique est en tête de toutes les plateformes de streaming et que la France entière chantonne les derniers refrains Hip-Hop, mais à la base ce mouvement vient quand même des jeunes qui ont commencé à vouloir faire rimer leurs douleurs et les violences qu’ils vivaient.

C’est peut-être une des inventions les plus écologiques de ces dernières années. Évacuer la pollution et les ordures d’injustices qu’ils reçoivent en écrivant des rimes et en faisant de la musique. Ce n’est pas écolo ça ?

Mighty

Un mouvement qui fait danser le monde entier est né au pied des grands ensembles. Une fleur qui a poussé dans la boue des bidonvilles.

Mouvement social ou genre musical ?

Depuis un moment déjà, Anna-Maria vient enregistrer ici ses chansons de Cumbia, un style de musique colombien pratiqué par les chanteurs issus des classes sociales défavorisées en Amérique latine. "Le seul endroit où je n’ai jamais été jugée pour ce que je suis, c’est dans ce studio, raconte-t-elle. Je suis ici comme dans une famille parce que la musique est universelle. J’ai commencé à me nourrir de mes camarades et de leurs créations artistiques et j’ai appris que peu importe le style, le cri était le même. Le cri de douleur colombien se dit peut-être sur un autre rythme, mais il est le même. Quand j’écoute mes amis faire de la drill (style de rap contemporain, ndlr), je reconnais leur douleur."

Alors dans tout ça, dans toutes ces chansons de divertissements que proposent les musiques hip-hop actuelles, on peut légitimement se demander si le rap est toujours un mouvement social ou s’il est devenu un simple genre musical. "Vous savez, continue Anna Maria, même s’il est noyé sous les chansons mainstream, le cri de révolte trouvera toujours une nouvelle manière de se dire. Tant qu’il y aura de la précarité, le mouvement social existera toujours, et il trouvera chaque fois une nouvelle manière de s’habiller."