Travaux routiers : une association dénonce "l'inflation routière" et demande des moyens pour des projets écologiquement plus vertueux

En s'appuyant sur deux exemples dans le département d'Indre-et-Loire (D 943 et autoroute A10), l'ADTT, qui milite pour le développement des transports en commun, constate que, malgré l'urgence climatique, des sommes considérables sont encore consacrées en 2023 aux aménagements routiers.

Alors que le projet d'A69 entre Castres et Toulouse suscite une très vive controverse, la Déroute des routes (qui regroupe plus de 50 collectifs en France) demande un moratoire sur l'ensemble des projets routiers dans le pays.

Moratoire que réclament également une dizaine d'associations, parmi lesquels France Nature Environnement, Greenpeace, les Amis de la terre ou le Réseau Action Climat. Toutes dénoncent un gaspillage de 18 milliards d'argent public (sur 55 projets recensés), engagés dans le fret routier et l'artificialisation de terres agricoles et naturelles.

640 millions pour L'A10 et la D943

L'Indre-et-Loire n'est pas en reste et l'Association pour le Développement des Transports en commun en Touraine (ADTT) vient de publier un communiqué (2023 : Toujours trop d'argent pour la route) évoquant les 640 millions d'€ que coûteraient les projets d'élargissement de l'A10, entre Sainte-Maure de Touraine et Poitiers, et de la D943, entre Cormery et Chambourg sur Indre (route Tours-Loches).

"On est toujours dans la même logique de l'inflation routière, constate Vincent Degeorge, président de l'ADTT. Le contribuable et l'usager ne se rendent absolument pas compte de ce que coûte une infrastructure routière. Ce sont bien les contribuables qui payent, or ils sont de plus en plus nombreux à moins utiliser la voiture, comme on le leur demande. Pour autant, on continue à dépenser des fortunes pour ces aménagements routiers ou autoroutiers."

Élargissement, plus de fluidité ou plus de voitures ?

À titre d'exemple, l'association évoque le passage envisagé à deux fois trois voies de l'autoroute A10 jusqu'à Poitiers. Alors que l'élargissement vient tout juste d'être réalisé entre Tours et Sainte-Maure de Touraine, ces 70 kilomètres supplémentaires coûteraient 606 millions d'Euros.

"On sait qu'il faut arrêter de donner de l'argent aux concessionnaires, arrêter de pousser à ce qu'il y ait toujours plus de véhicules sur les routes, et pourtant on rajoute des voies qui vont forcément attirer davantage de voitures, se désole Vincent Degeorge. Après, on nous dira qu'il faut continuer jusqu'à Niort, puis jusqu'à Saintes, c'est un puits sans fond et cela représente des sommes astronomiques."

Sur ce projet d'élargissement entre Tours (Veigné, plus précisément) et Poitiers, Vinci Autoroutes rappelle que la déclaration d'utilité publique a été signée en 2018 par les préfectures d'Indre-et-Loire et de la Vienne :

"La DUP est valable pour l'ensemble du périmètre Veigné-Poitiers, mais, dans un premier temps, l'État a missionné Cofiroute-Vinci Autoroutes uniquement pour l'élargissement entre Veigné et Sainte-Maure de Touraine, explique Cécile Pinard, responsable communication chez Vinci Autoroutes. Pour l'instant, il ne nous est pas demandé de réaliser l'élargissement au-delà de Sainte-Maure. C'est en cours de discussion avec les services de l'État, mais nous ne sommes pas mandatés pour l'instant."

Autoroutes bas carbone ou autoroutes sans camions

Sans surprise, plutôt que d'envisager un arrêt des constructions ou élargissements d'autoroutes, le concessionnaire préfère évoquer la "décarbonation" :

"Le constat aujourd'hui est que 9 déplacements sur 10 se font sur route ou autoroute dans notre pays. Les accords de Paris imposent une baisse de 50% de nos émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2030, cela ne peut passer que par la décarbonation. Nous sommes mobilisés sur l'autoroute bas carbone et refusons d'opposer les modes de transport. Dans nos projets, il y a par exemple la création de pôles d'échanges multimodaux qui émailleraient l'autoroute A10 pour mettre des transports en commun sur l'autoroute."

Un argument qui ne risque guère de convaincre l'ADTT. L'association espère plutôt un sursaut avec les négociations en cours entre l'Etat et les régions sur le plan mobilités :

Au niveau législatif, il faut mettre les choses en place pour obliger les camions qui ne font que traverser la France à monter sur les trains, comme la Suisse le fait depuis des décennies. S'il y a moins de camions, il n'y a plus de raisons d'augmenter la capacité des autoroutes.

Vincent Degeorge, président de l'ADTT

"Il va s'agir, pour l'essentiel, de financer le ferroviaire, à tous les niveaux : RER métropolitains, fret ferroviaire et ferroutage, c'est-à-dire les camions sur les trains, explique Vincent Degeorge. On attend impatiemment que l'Etat se décide à investir sérieusement sur le fret ferroviaire, qui est dans une situation catastrophique et atteint son plus bas niveau historique."

Tours-Loches, la route contre le rail

Autre chantier en Indre-et-Loire, et même logique, selon l'ADTT : l'élargissement de la route D943 (entre Tours et Loches), où 14 kilomètres entre Cormery et Chambourg sur Indre vont passer à deux fois deux voies.

"Le Conseil Départemental nous dit qu'il ne s'agit pas d'améliorer la vitesse de trajet, mais plutôt de sécuriser les dépassements et les intersections. On peut certes s'en féliciter, mais cela entraînera une augmentation du nombre de véhicules et de leur vitesse, qui passe à 110 km/h. Donc une hausse des gaz à effet de serre, sans parler de l'artificialisation des terres agricoles", reprend Vincent Degeorge.

Ici encore, le ferroviaire est à la traîne et l'argent public devrait permettre de financer des projets de mobilités plus durables :

"La Région peine à trouver quelques dizaines de millions d'Euros pour améliorer le fonctionnement de la ligne Tours-Loches, pour l'électrification et la réduction du temps de trajet. Le car, nettement moins vertueux, en bénéficie, et cette différence va sans doute s'accroître à l'issue des travaux sur la D943."

Dans un monde où l'on aurait enfin "changé de logiciel" et pris en compte l'urgence climatique, l'ADTT s'est amusée à calculer à quoi pourraient servir les 640 millions d'Euros consacrés à ces deux projets en Indre-et-Loire :

"Par comparaison, avec un tel budget, on pourrait par exemple financer à la fois : une branche de tramway vers Saint-Pierre-des-Corps (200 M€), la régénération de Loches-Buzançais pour relier Tours et Châteauroux (70 M€), l’électrification de la ligne Tours-Le Mans (120 M€), l’achat de 10 nouvelles rames de TER (200 M€), et l’équipement de batteries électriques pour 10 rames TER au diesel, ceci pour les lignes de courte distance (60 M€) comme Tours-Chinon et Tours-Loches."

Malheureusement, pour l'association, les chantiers routiers démontrent que "la bascule n’est pas encore faite pour privilégier les transports collectifs et le fret ferroviaire sur les grandes et moyennes distances, malgré tous les discours, se voulant écologiques, tenus par nos édiles."

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