Indre : Rosobren crée un plastique végétal écologique et biodégradable fait à partir de roseau

Issues du roseau, les poudres et granulats produits par l’entreprise Rosobren installée à Pouligny-Saint-Pierre se définissent comme des alternatives au plastique dérivé du pétrole. Un produit écologique et biodégradable qui commence à séduire.

L’idée a germé en Brenne, quatrième zone humide de France, où les roselières, pourtant emblématiques du paysage sont menacées de disparition. Leur récolte nécessaire à un bon équilibre écologique a peu à peu été abandonnée au cours du XXe siècle. C’est Sébastien Illovic, ingénieur en environnement, issu du territoire, Directeur du bureau d’études ADEV environnement au Blanc, qui lance en 2015 un programme de recherches du nom de Rosobren.

Une plateforme de transformation dédiée au roseau installée en Brenne

En 2019 ce programme de recherches débouche sur la création d’une plateforme de transformation à Pouligny-Saint-Pierre, avec notamment l’appui de la communauté de communes et du Parc de la Brenne. Aujourd’hui la matière première le roseau, provient de la Brenne, mais aussi d’autres régions françaises, nous confie Sébastien Illovic, PDG de Rosobren. "On va parler de la Camargue, de la Brière, du secteur du Bordelais. Il nous reste aujourd’hui, et on a déjà identifié, la Somme et l’Alsace".

Le ramassage des roseaux a lieu l’hiver, à partir de mois de Novembre. En Camargue, où il y a toujours une activité de fabrication de toitures de chaume, la Société récupère les déchets de roseaux non utilisables pour la confection des toits. De même certains territoires ont une activité d’entretien des zones humides. Là aussi Rosobren récupère et transforme ce qui avant était laissé à composter. La ressource est très importante et c’est aussi pour ça que le roseau a été choisi.

On n’est pas dans la notion de prendre des terres pour pouvoir cultiver du végétal, on est sur une ressource qui est présente autour de nous, qui est en adéquation avec le développement et l’évolution du climat.

Sébastien Illovic, ingénieur en environnement

Le Roseau ressource inépuisable et écologiquement positive

Le roseau, présent à l’état naturel, ne nécessite aucune culture, et n’empiète pas sur les sols disponibles. C’est ce souci de préservation de protection des ressources de notre planète qui a guidé cette étude. "Tous les ans le roseau pousse en moyenne sur 2m 50, on est sur une ressource renouvelable annuelle, c’est très important. On veut nous faire croire que le bois est une ressource renouvelable, sauf que le temps de renouvellement est sur une échelle de cinquante ans", Rosobren ne se tournera pas vers l’utilisation du roseau  comme alternative au bois, mais bien comme alternative au plastique.

"Remplacer des plastiques pétroles par du plastique végétal à base de roseaux, valoriser d’autres secteurs comme la cosmétique, il y a des agents brunissants ou colorants dans le roseau qui méritent d’être développés". D’autres développements de produits comme les isolants pour la construction sont aussi en cours d’étude. Donc Rosobren fabrique des poudres et granulats dont les domaines d’application sont extrêmement variés. Un brevet a été déposé pour mettre en place cette filière et le fait de transformer le roseau.

Les débouchés de la transformation du roseau

Des partenariats se sont établis avec d’autres entreprises pour créer des produits issus de ces matières premières transformées (poudre et granulats) Si la fabrication dure toute l’année, la cueillette du roseau se fait en hiver "le roseau est à un stade végétatif et c’est un rhizome, donc une fois qu’elle a accompli son stade végétatif la plante va repartir. Nous on intervient pendant ce stade de novembre à février". La transformation du roseau est une opération exclusivement mécanique. Il y a plusieurs procédés : broyage, micronisation, calibrage, tamisage pour aboutir à cette transformation. On obtient "grain de roseau" c’est son nom commercial, de la poudre utilisée dans le monde de la plasturgie, et "paille de roseau" des granulats de différents calibres utilisés dans le béton, enduits, isolants.

La tonne de plastique conventionnel coûte entre 1500 et 2000 euros, le grain de roseau lui coûte entre 6 à 8000 euro

Pour l’heure, Rosobren est un fabricant de matières premières, mais va développer dans les prochains mois une gamme de produits finis qu’elle devrait commercialiser sous le nom de « By Rosobren », et qui s’adressera à la fois aux particuliers, mais surtout aux professionnels. "Le but n’est pas que Rosobren soit assimilé à un vendeur de gobelets ou d’assiettes, le but c’est d’être créateur de matière et d’accompagner les lanceurs de projets vers leur transformation de nos matières premières" explique Sébastien Illovic qui ajoute "ce serait une hérésie de se dire qu’on n’ aura plus de plastique dans les années à venir, ça serait ridicule d’ailleurs, c’est sur le fond qu’il faut réfléchir : d’où vient le plastique ? Le plastique c’est une déformation de matières, ce n’est pas du pétrole. Mais face à la demande de matières, il n’y a que le pétrole qui a pu répondre à cet enjeu-là. Gardons donc l’industrie de la plasturgie, parce qu’elle est nécessaire et très importante dans notre quotidien, par contre faisons-le autrement qu’avec du pétrole". Un cheminement qui ne va pas se faire en un jour.

Actuellement la tonne de plastique conventionnel se situe entre 1500 et 2000 euros, le grain de roseau lui coûte entre 6 à 8000 euros. La durabilité des produits dépend elle du consommateur. Même si "grain de roseau" est un produit bio dégradable, il peut être utilisé plusieurs fois dans de nombreux cas, une notion défendue par l’entreprise pour les produits de grande consommation.

Jusqu’à aujourd’hui la filière de plastique végétal tel que la conçoit Sébastien Illovic, c’est-à-dire sans cultures spécifiques sur des terres dédiées, et en utilisant plutôt des ressources qui se régénèrent  annuellement est  quasi inexistante, les quelques exemples, chanvre, lin, pommes de terre ou céréales ne répondent pas aux exigences éthiques développées par Rosobren. Sébastien Illovic est confiant : les capacités de récolte du roseau en France dépassent de loin l’utilisation qui en est faite actuellement. Il faut laisser le temps au temps pour que ce matériau soit mieux connu de ceux qui entendent l’utiliser comme un substitut au plastique pétrole.

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