Les trésors vivants de la Région Centre-Val de Loire, races et variétés locales, sont aujourd'hui à portée de clic

Grâce à l'URGC (Union pour les Ressources Génétiques du Centre-Val de Loire), la biodiversité domestique -très riche- de la Région s'affiche désormais sur Internet. Animaux, légumes, fruits ou cépages, tous les "trésors vivants" spécifiques à notre territoire y sont recensés.

Ensemble des légumes, "trésors vivants" de la région Centre-Val de Loire
Ensemble des légumes, "trésors vivants" de la région Centre-Val de Loire © URGC

L'intérêt pour la biodiversité domestique, races et variétés locales, s'est développé dans les années 80, avec la création d'associations pour sauvegarder des variétés fruitières (les Croqueurs de pommes, la Société pomologique du Berry...) ou des races animales (l'âne Grand-Noir du Berry).

L'URGB (B pour Berry) est née en 2001 de l'envie de travailler ensemble pour protéger les trésors vivants de l'Indre et du Cher. Dix ans plus tard est née l'URGC, avec la même volonté de préserver la biodiversité historique, mais sur l'ensemble du territoire régional.

"Pour ce qui est des animaux, explique Agathe Lang, référente de l'URGC, la Région est particulièrement riche en races avicoles. Mais, contrairement à beaucoup d'autres territoires, on relève l'absence de races bovines ou porcines spécifiques, même s'il y en a peut-être eu par le passé. Grâce au Val de Loire et en particulier à la Touraine, la région est très riche en légumes. Et il existe aussi de nombreuses variétés fruitières, bien sauvegardées dans les vergers conservatoires plantés par les associations."

Des trésors en péril

Certaines de ces races ou variétés sont ou ont été menacées d'extinction. Parmi ces trésors en péril, Agathe Lang cite la chèvre Cou-Clair du Berry :

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"Contrairement à d'autres races, comme le mouton solognot ou le berrichon de l'Indre, on reste sur des effectifs fragiles. On recense aujourd'hui environ 150 chèvres Cou-Clair avec une génétique intéressante, il faut encore travailler pour augmenter la population. Pour les éleveurs, il s'agit d'un engagement un peu contraignant, on leur demande une grande rigueur sur la reproduction, les déclarations de naissances, etc. Mais ça progresse, doucement, plusieurs éleveurs se sont installés l'année dernière."

Trésors du passé, enjeu pour l'avenir

Le recensement, la sauvegarde et la valorisation des races et variétés de pays représentent un enjeu majeur pour l'avenir. Le réservoir génétique que constitue la biodiversité domestique permet de répondre aux changements sociétaux et environnementaux, actuels ou à venir.

L'intérêt patrimonial est évident : il est légitime de conserver et de transmettre cette part de l'identité de notre territoire, de son histoire. Races et variétés sont le fruit de centaines d'années de sélection et de transmission.

Mais l'enjeu est aussi économique et environnemental, relève Agathe Lang : "ces races et variétés sont adaptées au territoire où elles ont été sélectionnées, elles s'intègrent parfaitement à l'agriculture paysanne, à un système agricole plus respectueux de l'environnement et de l'humain. Et il y a une forte augmentation de la demande des consommateurs pour ces produits ancrés dans le territoire. Les acteurs du tourisme, les restaurateurs, sont bien sûr concernés. En contribuant à l'identité d'une région, la biodiversité domestique compte pour son rayonnement touristique et gastronomique."

Tout aussi important est le potentiel d'adaptation aux changements futurs :

La biodiversité domestique représente un réservoir génétique où l'on peut puiser pour faire face à des problèmes sanitaires, des évolutions climatiques ou même une modification du goût des consommateurs. En réduisant le nombre de races et de variétés, on perd cette faculté d'adaptation, cette capacité de résilience.

Agathe Lang, référente URGC

L'intérêt hédonique, enfin, est loin d'être négligeable, puisque cette biodiversité régionale permet de lutter contre l'uniformisation, en conservant une richesse dans les formes, les couleurs, les goûts et les saveurs de nos assiettes !

De la sauvegarde à la valorisation

Pour parvenir à réintégrer toutes ces richesses, ces trésors vivants dans le paysage agricole et alimentaire de notre Région, le travail de l'URGC ne se limite évidemment pas à l'inventaire (répertorier et décrire les races et variétés) ou à la conservation (collecter semences et greffons, raisonner les accouplements) :

"Il faut certes conserver ce qui existe, retrouver des semences, explique Agathe Lang, mais il faut ensuite évaluer le potentiel économique, gustatif, écologique d'une race ou d'une variété. On mène des essais, des expérimentations, avec les producteurs et les éleveurs. On ne peut pas tout valoriser, il faut que ce soit rentable et que cela puisse correspondre au goût des consommateurs."

Pour les essais de légumes, par exemple, les maraîchers travaillent en binôme avec un restaurateur : "Nous leur envoyons des semences, ils cultivent cette variété et vendent leur production aux restaurateurs qui vont ensuite les tester en cuisine. Et cela fonctionne très bien, nous avions 12 maraîchers l'an dernier, cette année ils seront 26! Juste avec le bouche-à-oreille, ce qui prouve un intérêt croissant pour les variétés anciennes."

Dans le Sud du Cher, la ferme de Céline et Siegfried, en grande partie consacrée aux "trésors vivants"
Dans le Sud du Cher, la ferme de Céline et Siegfried, en grande partie consacrée aux "trésors vivants" © C. et S. Gerbeaud

Installé à Charenton-du-Cher, Siegfried et Céline Gerbeaud sont de ces maraîchers qui aiment à cultiver des variétés anciennes et locales. Sur leur petite exploitation (4000 m2, dont 1200 de tunnels) en maraîchage bio, ils font pousser, entre autres, la tomate charbonnière du Berry, le chou-navet d'Aubigny, ou encore la courge sucrière du Berry. Et ils s'en félicitent :

"Tout est commercialisé en vente directe, explique Siegfried, en AMAP, sur les marchés et ou dans un magasin de producteurs. Cela nous permet de discuter avec les clients, leur faire découvrir certains produits et présenter leur intérêt."

Il faudra patienter jusqu'en juillet pour déguster une Charbonnière du Berry
Il faudra patienter jusqu'en juillet pour déguster une Charbonnière du Berry © C. et S. Gerbeaud

Et les consommateurs, apparemment, en redemandent : alors qu'ils ne travaillaient jusqu'à présent qu'avec des saisonniers, occasionnellement, les maraîchers viennent d'embaucher un salarié en CDI, pour faire face à la demande !

Siegfried s'en réjouit, bien sûr, mais cette évolution ne le surprend guère : "Les légumes anciens ont une texture différentes, ils ont souvent plus de goût que les variétés modernes que l'on nous a imposées. Une charbonnière, c'est tout autre chose que la tomate rouge basique! Ces variétés sont un héritage du travail de générations de paysans et de jardiniers, elles sont adaptées au terroir, elles font partie de notre patrimoine. On est dans une démarche opposée, même philosophiquement, à l'agriculture industrielle. Tant pis si l'on n'atteint pas les mêmes rendements!"

Si les citoyens montrent un intérêt croissant pour une agriculture plus respectueuse de l'environnement et de la santé, pour des produits sains et locaux, la notion de biodiversité domestique est encore mal connue. Le terme même de biodiversité est plus facilement associé à la nature sauvage. C'est sur ce constat que l'équipe de l'URGC a voulu mettre ses données à la disposition du grand public, avec de nombreuses explications sur ce qu'est la biodiversité domestique, et des fiches détaillées et illustrées sur les races et variétés de notre territoire. Un outil précieux, qui va jusqu'à proposer des recettes élaborées avec les produits du Centre-Val de Loire !

© Linda Louis/Elèves de l'Académie Orléans-Tours

 

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