Fermeture du site de production Boiron à Montrichard : " On a été sacrifié par un grand groupe qui a de l'argent"

Les 69 salariés du site de production Boiron de Montrichard ont appris hier qu'ils seraient licenciés le 31 décembre 2021. Le groupe Boiron, spécialiste des produits homéopathiques ferme 13 sites en France et va licencier 645 personnes. Les salariés ont le sentiment d'être sacrifiés. Réactions. 

    On est une famille. On nous a demandé de faire des efforts et on les a faits. Maintenant c'est fini. Il va falloir rebondir mais pour faire quoi ? Rien du tout. 

Christine Lévêque a les yeux rougis. Elle a du mal à cacher sa colère et se tristesse. Après 13 ans d'ancienneté chez Boiron, elle ne se voit pas retrouver une motivation pour recommencer à zéro. Cette technicienne de production a un scotch noir sur sa blouse à la place du nom de l'entreprise.
" C'est pour montrer qu'on est en deuil. On tient beaucoup à notre entreprise. On est en colère, vraiment. "
 

Le résultat d'une politique de dénigrement contre l'homéopathie


Entre colère et sentiment d'injustice, ce matin, les salariés étaient encore sous le choc de l'annonce de la direction : " Nous avons l'impression d'être des marionnettes dans une stratégie d'entreprise", nous confie Jean-François Marinier, 41 ans d'ancienneté, responsable technique des lignes de production.
" Ce qui nous énerve c'est qu'on a subi des attaques depuis un an et demi des politiques et des médias sur notre métier, un métier qu'on sait faire depuis près de 40 ans. Ces gens-là ont pensé que nous étions incapables de faire des produits de qualité. Face à ça, on a perdu des parts de marché. La demande a baissé. Et le groupe nous sacrifie. "
Et d'ajouter : " Ici ce sont des gens motivés et compétents qui travaillent. Notre site on l'aime, on l'a développé ensemble avec un super savoir-faire et des équipes motivées. C'est un vrai gâchis.
 


" De toute façon Boiron ne voulait pas de nous depuis le début" 

Pour certains, la baisse du nombre de commandes et le projet de déremboursement ne sont qu'une excuse utilisée par le groupe Boiron pour fermer le site de Montrichard. " On a été racheté en 2005, et on savait bien que le groupe ne voulait pas nous garder."
Véronique Meunier, employée qualifiée, a 30 ans d'ancienneté.


" On a l'impresion que c'est un licenciement pas totalement dû au déremboursement ( prévu à parir du 1er janvier 2021). 
Ils nous liquident parce qu'ils ne voulaient pas de nous au départ.  Ils avaient un accord avec le gouvernement pour nous garder un maximum de temps. Mais là, ils en profitent. La preuve, ils nous ont toujours dit qu'on était bons et du jour au lendemain on nous dit que c'est fini. On a été sacrifié.
Je suis en colère et je trouve ça injuste. On a fait tout ce qu'il fallait pour maintenir le site. Ils ont profité de la situation avec la baisse de la demande pour se débarrasser de Montrichard. " 

 


 

 

Un plan de réorganisation pour sauver le groupe selon la direction du site

Karine Jaubertie, la directrice du site de Montrichard depuis 16 ans a annoncé la décision du groupe aux salariés hier.
" Je comprends la colère des salariés. Il s'agit aussi de mon outil de travail. Nous aimons notre entreprise. Mais voilà, la fermeture de Montrichard est un plan économique.
Avec la campagne de dénigrement que nos produits subissent depuis deux ans et le projet de déremboursement, nous avons déjà vu une baisse de 20% de la demande. Avec le déremboursement total au 1er janvier 2021 des produits homéopathiques, le groupe prévoit une baisse de la production de 45 à 50 %. Il est donc malheureusement nécessaire de fermer des sites pour assurer la pérenité du groupe et lui permettre de continuer à se développer. " 

 
 

"L'excuse du déremboursement on n'y croit pas"
 

Christelle Landerouin est employée qualifiée et élue CSE Force ouvrière. "On ne fait pas que des produits remboursés. Nous avons des cosmétiques, des produits vétérinaires, des compléments alimenataires, des extraits de plantes. Qu'on nous dise pas qu'on ferme le site à cause du projet de déremboursement, c'est faux. C'est juste pour récupérer nos machines et les envoyer à Lyon. C'est inadmissible. On va se battre pour que les salariés partent avec de belles enveloppes. Cela ne remplacera pas leur emploi mais c'est la moindre des choses. Ce groupe a de l'argent". 



Reportage de Marine Rondonnier et Sanaa Hasnaoui :