Loiret : l'art musical des sonneurs de trompe classé au patrimoine mondial immatériel par l'Unesco

L'Unesco vient d'ajouter ce jeudi 17 décembre l'art musical des sonneurs de trompe de chasse à sa liste du patrimoine culturel immatériel. Une reconnaissance pour ces musiciens, très présents dans le Loiret.

La Saint-Hubert à Brasschaat en Belgique en 2009, photo d'illustration.
La Saint-Hubert à Brasschaat en Belgique en 2009, photo d'illustration. © Philippe Clément/MaxPPP

Les trompettes de la renommée sont bien embouchées pour les sonneurs de trompe de chasse. Leur art musical est officiellement inscrit depuis ce 17 décembre sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité, aux côtés de 31 autres ajouts pour cette session 2020.

Une reconnaissance grâce à un dossier mené conjointement par la France, la Belgique, le Luxembourg et l'Italie, avec notamment le concours de la Fédération internationale des trompes de France, basée à Orléans.

Pour Guyaume Vollet, quintuple champion international et sonneur, résident de Saint-Denis-de-l'Hôtel dans le Loiret, il est "très plaisant d'être reconnus par l'Unesco". D'après lui, la trompe "reste un instrument relativement peu connu", et cette inscription peut permettre à l'instrument de "sortir de son cadre hexagonal".

"Des riches et des moins riches"

Car, si le dossier était international, c'est bien la France qui compte le plus de sonneurs. Des sonneurs qui, trouvant leur origine dans les chasses médiévales, sont devenus depuis les témoins privilégiés de la convivialité rurale. Et si leur image reste attachée à la chasse, notamment à courre, la trompe s'est démocratisée lors de fêtes de villages et autres célébrations festives de la Saint-Hubert

Vidéo accompagnant la candidature, postée par l'Unesco :

Pour Rodrigue Léveillé, président des Jeunes chasseurs du Loiret et responsable communication de la Fête de la Sange, la trompe est un instrument moteur de la mixite sociale et de la convivialité, "qui fait se rassembler des riches et des moins riches, des jeunes et des moins jeunes, des gens de partout". 

A la Fête de la Sange, organisée chaque année à Sully-sur-Loire, les fanfares de sonneurs rassemblent un public hétéroclite, amateur de la convivialité initiée par l'instrument. C'est d'ailleurs à la Fête de la Sange 2015 que Guyaume Vollet a gagné sont deuxième titre de champion international de trompe, huit ans après sa première victoire.

"Cohésion et convivialité"

Cette "très grande mixité sociale", l'Unesco la reconnaît comme "un des marqueurs de la pratique actuelle de la trompe", qui a permis à l'art musical des sonneurs de tirer son épingle du jeu lors de la dernière session d'inscriptions sur la liste du patrimoine immatériel.

D'autant que la trompe ne nécessite pas une technique instrumentale à proprement dite au cordeau : il se compose d'un tube conique enroulé sur lui-même, dont les notes ne dépendent ni de touches, de trous ou d'un clavier, mais bien de la voix du sonneur. Jouer de la trompe demande ainsi une gestion du souffle et du vibrato, et une capacité à créer des polyphonies complexes avec les autres sonneurs.

"Partie intégrante de l’art de la trompe, le chant permet au musicien de développer la cohésion et la convivialité", note l'Unesco. 

Professionnaliser l'enseignement 

Alors pour Guyaume Vollet, cette inscription au patrimoine immatériel de l'Unesco "va permettre à la trompe de retrouver sa place parmi les grands instruments à vent, [...] à cuivre et d'être enseignée dans les conservatoires partout en France".

Lui-même a ainsi fait renaître de ses cendres l'école de sonneurs de Gien en 2019, en plus d'enseigner la trompe au conservatoire de Fontainebleau, en Seine-et-Marne. "Mes deux classes sont pleines", note-t-il avec satisfaction. La professionnalisation de l'enseignement de la trompe n'est pas un phénomène très ancien, et reste encore "oral, parce qu'on a peu d'écrits et de méthode" inscrite dans la pierre.

Guyaume Vollet ne se fait pas d'illusion : "L'inscription par l'Unesco, c'est un label, ça n'apportera pas de subventions." Il espère cependant que cela pourra changer l'image de la pratique de la trompe auprès de "certaines personnes, et qu'elles se disent : "Ce n'est pas trois débiles au fond des bois"."

Retrouvez le reportage de Théophile Mbaka et Xavier Naizet sur Guyaume Vollet en 2019 :

 

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