Conflit entre la SNCF et un ex-cheminot autour d'un dispositif pour sécuriser les passages à niveau

Publié le Mis à jour le
Écrit par ML

Michel Guérin, ancien maire de Saran, expérimente un dispositif pour sécuriser davantage les passages à niveaux... mais qui pourrait bien responsabiliser la SNCF en cas d'incident. 

"Je ne veux pas, en allumant la télévision, qu’on me remontre un car éventré." Michel Guérin fulmine. En janvier dernier, l’ancien maire de Saran (Loiret), a déposé un brevet pour un "dispositif de double sécurité des passages à niveau", baptisé DSPN.

Il souhaitait le tester jeudi dernier à Saint-Denis–L’Hôtel (Loiret), mais les essais ont tourné court. Le passage du train sur lequel ils reposaient a eu lieu prématurément, annulant de fait l’opération.

Une double vigilance 


Son invention repose sur la complémentarité entre deux installations. Côté automobilistes, des panneaux lumineux sont mis en place 300m avant le passage à niveau et des lampes clignotantes sont montées sur les barrières.

Mais l’innovation réside dans l’idée de fixer des caméras (trois ou quatre selon le site) au niveau de la traversée, qui captent l’image dans un rayon de 50m.
 
En amont, le conducteur de train approchant la route peut les consulter grâce à une liaison satellitaire. "Par l’application, il aura la vision sur les barrières via les caméras installées sur les passages à niveau, développe Emeuric Gleizes, président de la société Jacques Vaucanson, qui a développé le système. Il verra donc le nombre de voitures qui sont aux alentours du passage à niveau et il verra surtout si les barrières se ferment."
 
Selon ses développeurs, la technique présente de nombreux avantage, en tête desquelles son faible coût. "Une installation de passages inférieur ou supérieur (qui permettent la suppression de passages à niveau dangereux, ndlr), ça coûte 6 millions d’euros à chaque endroit, appuie Michel Guérin. Nous, l’ensemble de la ligne Chateauneuf-Orléans, c’est un million d’euros. Et ça ne défigure pas du tout le paysage."
 


Tensions avec la SNCF


Pourtant, l’inventeur pointe du doigt l’absence de suites données par l’entreprise ferroviaire à ses sollicitations. "La SNCF aurait pu être plus présente et plus attentive à ce projet, parce que c’est une sécurisation des passages à niveau innovante", abondait jeudi Jean-Pierre Garnier, maire de Saint-Denis-de-l'Hôtel.

Dans un courrier en réponse à une sollicitation du ministère des Transports, mi-juin, le groupe ferroviaire juge l’invention "inapropriée", notamment au sujet des distances de freinage. Des arguments que Michel Guérin réfute.

Quelques jours après les tests avortés, l’ex-cheminot a reçu un courrier de SNCF Réseau, filiale chargée de l’exploitation des voies, daté du lendemain. Le groupe lui reproche notamment d’avoir tenté de déclencher l’abaissement des barrières du passage à niveau, une "action contraire aux règles élémentaires de la sécurité ferroviaire".

"La pénétration dans les emprises et la manipulation des installations ferroviaires par une personne non habilitée sont strictement interdites", développe la missive. La lettre, qui évoque d’éventuelles "suites", revient également sur des insultes proférées par Michel Guérin au cours d’une altercation avec un agent dépêché sur place.
 
Des faits que l’ancien élu assume sans ciller. Il souligne avoir invité la SNCF à la session et s’y être vu opposer un refus "Si, dans les deux mois qui suivent, il y a un grave accident à un passage à niveau où il y aurait des victimes, je porterai plainte pour non-assistance à personne en danger, tempête-t-il. Depuis presque un an qu’on est en contact, il y a longtemps qu’on aurait pu expérimenter quelque chose. Je les tiens pour responsable. "

Mais Michel Guérin ne compte pas s’arrêter là. L’ancien projette déjà l’organisation d’une réunion publique d’information pour présenter son invention à la population à la rentrée. Il compte y inviter de nouveau la SNCF.
 
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