Histoire et confinement : la vie quotidienne lors du siège d'Orléans de 1429, entre l'angoisse et la faim

L'an de grâce 2020 n'a pas inventé les épidémies ni le confinement. Comment nos ancêtres ont-ils vécu l'enfermement et l'isolation ? En 1429, toute la population d'Orléans s'est retrouvée enfermée dans la ville, et pour cause : en pleine guerre de Cent Ans, les Anglais tentaient de s'en emparer.

Le siège d'Orléans, pendant la guerre de Cents Ans, a duré du 12 octobre 1428 au 8 mai 1429
Le siège d'Orléans, pendant la guerre de Cents Ans, a duré du 12 octobre 1428 au 8 mai 1429 © Bibliothèque Nationale de France
Vous ne sortez plus, vous regardez vos voisins de travers quand vous les apercevez et vous craignez de tomber à court de nourriture ou d'être frappé par une mystérieuse épidémie ? Vous avez donc des points commun avec la population d'Orléans du début du XVe siècle. En octobre 1428, les Britanniques, qui tiennent la moitié nord du pays et convoitent ce point stratégique sur la Loire, encerclent la ville et construisent ou occupent des forts positionnés sur les principales voies de communication. C'est le début d'un siège qui durera sept longs mois.

Sur le plan militaire, les Anglais et leurs alliés Bourguignons possèdent environ 6000 soldats, comme le raconte Olivier Bouzy, historien médiéviste et directeur adjoint du Centre Jeanne d'Arc. "Mais le duc de Bourgogne se fâche avec ses alliés pendant les négociations sur la reddition de la ville, et retire ses troupes, environ 1200 hommes". De son côté, la garnison orléanaise est commandée par Jean de Dunois, le "bâtard d'Orléans". En effet, capturé à Azincourt en 1415, son demi-frère le duc Charles d'Orléans est quant à lui confiné... en Angleterre !

Le siège se poursuit jusqu'au mois de mai 1429, avec l'arrivée de Jeanne d'Arc et de l'armée française, qui équilibre les forces. Dès lors les Français, qui font face à des Britanniques dispersés tout autour de la ville, reprennent les forts les uns après les autres.
 
© Milo tatch / Wikipedia


La population, "partie prenante" de la défense

Mais au-delà du bras de fer qui se joue derrière leurs murs, comment vivent les Orléanais, qui subissent pendant plusieurs mois l'encerclement britannique ? "On le vit mal !" tranche l'historien. "La population, y compris les femmes, est partie prenante dans la défense de la ville, elle vit dans l'angoisse d'un assaut." Les habitants d'Orléans s'arment donc, et participent à la garde des murailles face à l'envahisseur.

Pour les Orléanais, cette angoisse s'explique par la crainte de violences commises par l'envahisseur, mais pas seulement. En effet, au Moyen Âge, "on ne massacre normalement pas tous les habitants d'une ville que l'on veut conquérir" explique Olivier Bouzy. Les Anglais espèrent s'emparer d'une ville aussi intacte que possible. "Mais il y a souvent beaucoup de morts lorsqu'un assaillant parvient à entrer, sans compter les viols, les extorsions. Par ailleurs, si la ville est prise, elle va devoir payer les frais d'occupation des Anglais."


   

La guerre des nerfs

Mais l'autre ennemi des assiégés, c'est la faim. Très vite, une guerre des nerfs s'installe entre les Anglais, qui tentent de couper toute voie de ravitaillement vers la ville mais manquent d'effectifs pour verrouiller tous les accès, et les habitants. De leur côté, les Orléanais peuvent compter sur des celliers dans lesquels on peut conserver quelque temps du jambon, du fromage et du grain, ainsi que sur le fleuve pour faciliter l'arrivée de provisions. Ils continuent également à s'occuper des vignes situées entre la ville et les positions anglaises, même si l'attaquant s'évertue à les en empêcher.
 

Le siège d'Orléans n'est pas complétement fermé : il faut imaginer un front de plusieurs kilomètres de long. Concrètement il y a des passages fortifiés, et on essaie de verrouiller les routes, les carrefours. L'idée est d'empêcher les tentatives de ravitaillement, et on ne parle pas de faire entrer un ou deux sacs de grain dans la ville, mais plutôt des chariots entiers, ou alors un troupeau d'une centaine de cochons. Donc pour permettre à ce ravitaillement d'arriver, les Français se lancent dans des raids, des expéditions pour forcer le blocus, que les Anglais vont tenter de contrecarrer. C'est précisément ce qu'il se passe lors de l'opération militaire qui permet à Jeanne d'Arc et à son ravitaillement d'arriver par le fleuve !
Olivier Bouzy, historien


Mais lors de ces expéditions risquées, le succès n'est pas toujours au rendez-vous. Au début de l'année 1429, pendant le Carême, 300 chariots de victuailles (et notamment du poisson salé) quittent Chartres. Destinés à ravitailler les Anglais, ils sont escortés par 1500 soldats et dirigés par le célèbre commandant anglais John Fastolf et le prévôt de Paris, Simon Morhier.

Jean de Dunois sort de la ville avec plusieurs milliers d'hommes et doit être rejoint par le connétable d'Écosse John Stuart de Darnley et le comte de Clermont, Charles de Bourbon. Forte de 4000 hommes entraînés et bien équipés, l'armée française intercepte le convoi anglais le 12 février à Rouvray-Saint-Denis, aujourd'hui dans l'Eure-et-Loir. L'effet de surprise échoue à cause du retard pris par les Auvergnats, et les Anglais ont le temps de disposer les chariots en cercle pour repousser l'assaut.
 

Les Français et les Ecossais, quant à eux, se disputent sur la tactique à adopter, et mènent finalement un assaut désordonné qui échoue lamentablement. Sans leur laisser le temps de se regrouper, les Britanniques contre-attaquent et mettent leurs adversaires en déroute, tuant au passage Jean Stuart et son frère Guillaume ainsi que plusieurs capitaines français. Restée célèbre sous le nom de "Journée des Harengs", cette bataille porte un rude coup au moral des Orléanais lorsque Jean de Dunois rentre en ville, les mains vides.
 
Face à l'échec de l'assaut franco-écossais à Rouvray, les Britanniques contre-attaquent, mettant leurs adversaires en déroute
Face à l'échec de l'assaut franco-écossais à Rouvray, les Britanniques contre-attaquent, mettant leurs adversaires en déroute © Bibliothèque numérique Gallica / BNF

Le spectre de la Peste noire

Et les épidémies dans tout ça ? En l'absence d'antibiotiques et des siècles avant la moindre ébauche d'une théorie des germes, les maladies tuent quotidiennement, et le fonctionnement des épidémies est mal connu. "A l'époque, on n'a aucune idée de la manière dont se transmettent les maladies : ça leur tombe dessus et ils en meurent", résume Olivier Bouzy. A partir de 1347, la Peste noire se répand à travers une Europe surpeuplée et traumatise durablement les populations. Jusqu'à 25 millions de personnes, soit un tiers de la population de l'époque en Europe, succombe à la maladie en cinq ans. "Si on transpose la mortalité de la Peste noire aujourd'hui, il faudrait imaginer 200 000 morts chaque semaine en France !"

Heureusement pour Orléans, la pandémie est terminée depuis longtemps lorsque le siège a lieu. Le 29 avril 1429, Jeane d'Arc, accompagnée de 500 soldats et d'un nouveau convoi de ravitaillement, atteint Orléans. Dans les jours qui suivent, Dunois part rassembler de nouveaux renforts à Blois et d'autres convois arrivent de Gien et de Montargis. Du 4 au 8 mai, plusieurs forts anglais sont pris d'assaut et submergés, dont celui des Tourelles, qui commandait la rive sud. Les Britanniques sont contraints d'abandonner le siège.

Enfin libres, les habitants peuvent souffler un peu, comme le rappelle Olivier Bouzy : "Les Orléanais ont été extraordinairement soulagés par la fin du siège. Il suffit de voir à quel point ils tiennent, depuis près de 600 ans, aux célébrations liées à Jeanne d'Arc !"

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